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La scène se passe dans le cabinet du Psy...
Mr. OGIER est un homme de média. Pour lui, l'actualité
comme le temps n'attendent pas
Une Thérapie Express
à la sauce Auracan lui sera donc appliquée
Le Psy : (
)Vous étiez en train de me raconter
votre enfance
Jean-Christophe OGIER : Oui
Je suis donc
né un 14 mai 1956 à Oran (Algérie).
A l'école primaire, mon père avait décidé
de m'offrir un Tintin à chaque fois que je finissais
le trimestre parmi les trois premiers de la classe. Motivé
de la sorte, j'ai très vite eu toute la collection.
Une fois le dernier Tintin obtenu, je suis devenu très
cancre !
J'ai quand même obtenu, quelques années plus
tard, mon Bac et après des études en Géopolitique
à Grenoble, j'ai rejoint le Centre de Formation de
Journalistes à Paris.
Le Psy : Continuez
Jean-Christophe OGIER : J'ai commencé ma carrière
sur une antenne locale de Radio France à Périgueux
puis j'ai fait dix ans de France Culture avant de me retrouver
sur France Info où j'occupe aujourd'hui des fonctions
à la rédaction en chef.
Jeune journaliste, j'ai claqué un pognon fou dans les
librairies de BD. J'aimais particulièrement lire tout
ce que réalisait Hugo Pratt, Hermann
et Jean Van Hamme.
C'est ce qui fait, qu'au fil de mon parcours professionnel,
j'ai toujours essayé de voir si je pouvais parler de
bande dessinée.
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Le Psy : Je vois
Votre métier fait que
vous avez à traiter d'événements plus
ou moins graves qui secouent quotidiennement les quatre coins
de la planète
la bande dessinée est pour
vous une sorte de récréation
Jean-Christophe OGIER : Le neuvième
art ne se limite heureusement pas à cette seule fonction
! Parmi tous les thèmes que peut aborder cette forme
d'expression, prenons l'exemple de celles qui livrent une
réflexion sur des évènements liés
à l'actualité : des BD comme « Déogratias
» de Stassens ou « Persépolis
» de Satrapi, respectivement prix France Info
2001 et 2002.
Le jury décisionnaire est composé de journalistes
pas forcément bédéphiles mais qui au
final ont été touchés voire troublés
par l'évolution de la bande dessinée. Certains,
même, pensent qu'il serait judicieux d'inclure ces BD
aux programmes scolaires, cela permettrait aux plus jeunes
de mieux comprendre l'histoire contemporaine
Ça
me fait d'ailleurs penser que j'ai eu mon diplôme de
Sciences-Po grâce à la bande dessinée
!
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Le Psy :??!
Jean-Christophe OGIER : Quand on passe le grand oral,
on tire au sort une enveloppe parmi un tas d'autres. En ouvrant
la mienne, je tombe sur une planche comprenant trois strips
en noir et blanc signés René Pétillon
!
Les trois professeurs qui composaient le Jury étaient
très gênés parce qu'ils ont vu de loin
que je ne prenais pratiquement pas de notes durant la demi-heure
qui m'était impartie pour préparer ma soutenance.
Ils avaient voulu innover dans les sujets et étaient
tombés sur quelqu'un qui leur a finalement fait un
cours sur cet art auquel ils ne connaissaient rien !
J'ai plus tard, en tant que journaliste, eu l'occasion de
rencontrer Pétillon : c'était l'année
où il était Grand Prix d'Angoulême (1989).
Après ce que j'appellerais une traque mémorable
où l'on ne s'est jamais trouvé en se donnant
dix rendez-vous dans Angoulême, l'interview s'est faite
le dernier jour du festival
sur le quai de la gare en
partance pour Paris !
Le Psy : Vous évoquiez les prix décernés
par le jury de journalistes dont vous faites partie. Il s'agit
là d'une décision de groupe mais qu'en est-il
de vos goûts personnels ?
Jean-Christophe OGIER : C'est monstrueux ce que vous
me demandez de faire. Mon boulot fait que je reçois
à peu près tout ce qui se fait. Je suis même
obligé d'en refuser pour ne pas être submergé
par les BD ! J'en ai chez moi des piles entières !
Alors me demander de choisir
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Le Psy : Faîtes un effort
Jean-Christophe OGIER : Bon
S'il le faut
vraiment
je dirais qu'aujourd'hui, à cette heure-ci,
à cette minute même où l'on parle, j'aime
beaucoup Joann Sfar pour l'ensemble de son uvre.
Pour ce qu'il représente, pour sa démarche,
pour sa grande exigence sur ses récits en même
temps qu'une grande liberté de ton.
J'aime « Les Mondes d'Aldébaran »
imaginés par Léo mais suis également
attentif à des garçons comme Lapière
et puis David B, Christophe Menu, en passant par Matt
Konture. Je suis preneur de tout ce que publie l'Association,
en général.
A part la BD, je lis aussi pas mal de journaux et d'essais
sur la politique. Je suis aussi un amateur de polars : je
lis en ce moment « Les aventures de Napoléon
Bonaparte ». Rien à voir avec le personnage
historique puisqu'il s'agit d'un commissaire de police qui
enquête dans les bas-fonds australiens
En musique, j'adore les Beatles.
Enfin et au cinéma, mon film préféré
au monde reste « l'ami américain »
de Wim Wenders parce que ça correspond tout
à fait à l'esprit des années 70 telles
que j'ai pu les vivre : une sorte de romantisme un peu gris.
Immédiatement derrière viennent « Les
aventuriers de l'Arche Perdue » de Steven Spielberg
parce que, dans cette formule ô combien galvaudée
et irritante qui fait qu'on dit souvent d'un film d'action
ou un peu rigolo que c'est de la bd (ce qui est complètement
stupide quand on sait ce qu'est vraiment la bd), je dirais
que si quelqu'un a réussi à faire Tintin au
cinéma, c'est bien Spielberg avec ce film.
Plus récemment, j'ai vu « Sur mes lèvres
» avec Vincent Cassel, une merveille que ce film !
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Le Psy : Quel bilan tirez-vous de toutes ces années
où travail a rimé avec passion ?
Jean-Christophe OGIER : Je suis à chaque
fois agréablement surpris, et ce depuis le tout début,
par ce qui sort en bande dessinée. Malgré la
sur-production dans ce domaine, ne serait-ce que parce que
les murs d'une librairie ne sont pas extensibles à
l'infini, il n'y a pas eu une année où je me
suis dit que la chair était triste et que j'avais fait
le tour de la question
Ce qui est génial c'est
qu'il y a toujours des choses magnifiques à venir
Un grand merci à notre illustre confrère
pour sa patience et sa disponibilité.
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