Le Musée Jijé en sursis
François Deneyer est un
collectionneur acharné. Il y a quelques années
les murs de sa maison étaient tapissés de planches
originales. « Plus de 200 » annonce-t-il. Tant
et si bien que lorsqu’un ami collectionneur lui lance
: « Tu pourrais ouvrir un Musée ! », il
le prend au mot et entreprend de relever ce défi un
peu fou.
Passionné par l’école de Marcinelle et
Jijé en particulier, il imagine de monter un Musée
autour de cet artiste. Le projet Musée Jijé est
lancé !
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Il demande d’abord l’accord des cinq enfants
de Joseph Gillain sur le principe de bâtir un projet
sur le nom de leur père. Ils acceptent de bons cœurs.
Mais qui dit Musée, dit locaux. Il propose son entreprise
au Centre Belge de la Bande Dessinée. Mais on lui
répond que, malheureusement, il n’y a pas d’espace
suffisant pour y abriter une telle exposition permanente.
Du côté de la région bruxelloise, aucune
commune ne peut lui mettre gracieusement à disposition
des locaux. Qu’à cela ne tienne ! Notre homme
ne se décourage pas et trouve un immeuble dans la
rue du Houblon, une petite rue du centre de Bruxelles, qu’il
acquiert pour la modique somme de cinq cents mille euros.
Par ailleurs, la Communauté Française, compétente
dans le domaine des Musées, lui assure que son projet
peut être en partie subsidié via les dispositions
décrites dans un arrêté royal datant
d’avril 1958. Les travaux d’aménagement
des lieux débutent en janvier 2003. Les 1000 m² sont
découpés en une brasserie, une librairie BD
et un très bel espace d’exposition. Coût
de l’opération : 750.000 euros. L’ensemble
est inauguré en mai 2003. Le lieu est décomposé en plusieurs espaces
d’exposition. On entre d’abord dans un couloir
qui retrace la vie de Joseph Gillain. Sur une ligne du temps
agrémentée de photos, de documents d’époque
et de dessins, on suit le parcours de celui qui deviendra
le chef de file de l’école de Marcinelle. Un
deuxième espace, disposé en mezzanine autour
d’un escalier, présente des dessins, illustrations
et de nombreuses planches du Maître. Plusieurs vitrines
mettent en valeur divers objets en trois dimensions (boîtes
de jeu, figurines, etc.). Lorsqu’on descend le large
escalier métallique sous l’œil bienveillant
de Jerry Spring, on découvre une reconstitution de
l’atelier de Jijé : une table à dessin,
un canapé rouge, une table basse, quelques tableaux.
En face, Blondin et Cirage nous accueillent avec bonne humeur
dans un décor en 3D. Quelques planches terminent de
compléter l’endroit.
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En direction de la sortie, le visiteur passe dans la galerie
d’hommages où sont exposés une soixantaine
d’œuvres signées par des auteurs contemporains
qui rendent hommage à Jijé. Toutes ces illustrations
ont été achetées par le Musée
ou son fondateur.
Un dernier espace est réservé aux expositions
temporaires. Après une rétrospective sur le
travail de la sculptrice Marie Leblon (de la célèbre
Maison Leblon-Delienne), on se prépare à y
exposer, à partir du 17 octobre, des dessins de Derib extraits
du deuxième recueil de nouvelles policières
du romancier Bruno Senny. On y trouvera aussi des planches
et illustrations provenant de Yakari et Buddy
Longway. Si le Musée Jijé est, comme son nom l’indique,
principalement tourné vers cet auteur, François
Deneyer souhaite faire découvrir également
les auteurs issus de sa mouvance graphique. On trouve d’ailleurs
déjà quelques travaux de Franquin et Will exposés.
Il ne manque que Morris pour que "la bande des quatre" soit
au complet. Des tractations sont en cours avec les cinq exécuteurs
testamentaires du père de Lucky Luke pour permettre
d’ajouter de ses planches à celles de ses trois
compères.
Pour permettre au visiteur régulier de découvrir
de nouvelles choses à chaque passage, il est prévu
de renouveler annuellement les planches exposées.
Actuellement, seul un tiers de la collection est visible.
Les planches des auteurs « invités » devraient également être
changées périodiquement. D’autres artistes
issus de l’école de Marcinelle devraient aussi
les rejoindre. Parallèlement, quatre expositions temporaires,
par an, devraient être montées. Les projets
pour fidéliser le public ne manquent donc pas.
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Mais, après trois mois d’exploitation, le
bilan est néanmoins amer. L’été caniculaire
n’a pas poussé le public à venir visiter
en masse ce nouvel endroit dédié au neuvième
art. Seules 3000 personnes se sont présentées,
soit 50% de moins que les chiffres planifiés pour
la première année. Les subsides espérés
semblent inexorablement gelés à cause d’une
nouvelle loi votée en 2002, mais pas encore entrée
en application. Et malgré tous les courriers et toutes
les démarches entreprises par le directeur du Musée,
les politiques ne semblent pas vouloir s’attacher à solutionner
les problèmes financiers liés à ce très
beau projet. Son promoteur y a investi tout ce qu’il
possédait et faute de solution pour combler le trou
de 250.000 euros, il est probable que le Musée fermera
ses portes d’ici la fin de l’année. En
désespoir de cause, le responsable du Musée
a lancé sur Internet un
appel à tous les amoureux
de l’œuvre de Jijé et de la bande dessinée
en général pour que l’on essaie de sensibiliser
les autorités compétentes sur les problèmes
qu’il rencontre. N’hésitez pas à y
réagir !
On remarquera que la Bande Dessinée a encore très
difficile à se faire reconnaître par les politiques
comme un art majeur. Dans une ville qui se veut la capitale
de la BD, c’est un comble !
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