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Les BD choisies de Virginie François

Virginie François

De Tintin à Titeuf, en passant par Batman, Snoopy ou Astérix, Virginie François fait entrer la bande dessinée dans la prestigieuse collection « Tableaux choisis » des éditions Scala. Le 9 ème art traité avec la même rigueur que la peinture, nous pouvions tomber plus mal en cette fin d'année ! Afin d'en savoir plus, nous avons rencontré l'auteur de cette copieuse et fort élégante étude qui nous offre l'occasion de mieux appréhender l'univers de la bande dessinée à travers la sélection d'une douzaine d'œuvres incontournables. Virginie François, notamment journaliste au Figaro et Virgin Hebdo, membre de l'ACBD, nous explique ses choix et ses partis pris. Rencontre…

Comment est donc née l'idée de cet ouvrage publié aux éditions Scala, au sein d'une collection où l'on ne s'attendait à voir la bande dessinée prendre place ?
La décision de Scala de publier un livre sur la BD témoigne, à mon avis, d'un changement de mentalité important ! Créées il y a 25 ans, les éditions Scala publient en effet de nombreux ouvrages dédiés aux collections des grands musées ou au patrimoine. Il y a une dizaine d'années, elles ont imaginé la collection « Tableaux Choisis » dans laquelle s'inscrit mon livre. Le principe : faire comprendre un art à travers un parcours en douze oeuvres sélectionnées par l'auteur. Dans cette collection, Scala avait déjà édité des ouvrages sur la photo, l'architecture, l'art contemporain, l'art brut, le design... bref des disciplines incontestées par le monde culturel traditionnel. Or depuis quelque temps déjà la BD jouit d'une meilleure image comme le montre l'intérêt que lui témoignent des éditeurs comme Grasset, Gallimard ou Seuil. La BD n'est plus considérée comme une forme d'expression bâtarde destinée aux enfants ou aux classes populaires, c'est un art singulier et complet qui possède ses propres règles. Et cela, Chantal Desmazieres, la directrice de Scala, en a pris aussi conscience. C'est ainsi qu'en janvier 2004, elle m'a proposé d'écrire ce livre. Et je suis aujourd'hui très fière que la BD et ses auteurs côtoient Pablo Picasso, Daniel Buren ou Jean Nouvel. 

Quelle a été votre méthode pour sélectionner douze oeuvres ? Difficile à mon avis de se cantonner à seulement douze albums pour parler de toutes les BD ?…
Effectivement, cela a été un vrai casse-tête dans la mesure où le livre devait aborder le 9ème art en général (NB : après ce coup d'essai l'éditrice envisage de faire La BD contemporaine , Hergé ou Le manga toujours dans la collection « Tableaux Choisis »). Pour choisir les douze oeuvres, j'ai bien sûr privilégié mes goûts mais aussi les récits fondateurs de la BD d'un point de vue graphique et littéraire. En gros j'ai toujours essayé de prendre des oeuvres qui marquent une étape décisive dans l'évolution du 9 ème art. Il a cependant fallu faire des sacrifices : Je regrette par exemple de n'avoir pu, dans la partie franco-belge, consacrer un chapitre entier à une grande série d'aventure réaliste mais je ne me voyais pas non plus me passer d' Astérix ou de Gaston . Heureusement, à la fin de chacun des douze chapitres, on trouve un élargissement du propos illustré par d'autres oeuvres du même style ou de la même époque que l'album étudié. En fait, il ne s'agissait pas d'être exhaustif mais de donner des balises pour faire comprendre à un public cultivé mais non initié à la BD à lire et regarder cet art que l'on dédaigne encore un peu trop.

La Bande Dessinée

Accepteriez-vous de nous présenter en quelques mots chacun de vos douze choix ? Vous débutez par les grands classiques franco-belges du 20 ème siècle…
Oui, bien sûr : Tintin d'Hergé, l'oeuvre qui offre à la bande dessinée européenne sa forme la plus aboutie tout en permettant d'introduire des notions comme la ligne claire ou l'art de l'ellipse. Ensuite, Gaston d'André Franquin pour parler du mouvement et du son dans la BD ou encore de la naissance du personnage de l'anti-héros. Puis Astérix de René Goscinny et Albert Uderzo, une oeuvre qui met au premier plan le travail de scénariste, mésestimé jusque dans les années 1960. Astérix c'est aussi la première BD "universelle", celle qui plait à tout le monde par ses différents niveaux de lecture. Voilà pour la partie franco-belge.

Et pour la suite ?
Pour le chapitre sur la BD adulte, j'ai choisi Arzach de Mœbius pour son scénario muet SF et psychédélique et aussi pour sa dimension picturale puisqu'il s'agit d'une des premières oeuvres réalisées en couleurs directes. Avec Arzach , la BD ne s'adresse qu'aux adultes et rejoint le monde des arts. J'ai ensuite sélectionné Gros dégueulasse de Reiser…

Pourquoi lui ?
Parce que son trait déjeté va durablement décomplexer les dessinateurs mais aussi pour son talent de chroniqueur qui anticipe les BD reportages d'aujourd'hui. Enfin, Corto Maltese en Sibérie de Hugo Pratt pour l'utilisation très graphique qu'il fait du noir et blanc et aussi pour ses scénarios très littéraires.

Et pour ce qui est des titres d'aujourd'hui ?
Concernant la BD contemporaine, j'ai privilégié La Femme piège d'Enki Bilal qui innove dans les années 1980 avec une approche graphique proche de la peinture et un scénario qui mêle fantastique et géopolitique. Il y a ensuite 120 rue de la Gare  de Jacques Tardi qui permet d'évoquer les liens qui unissent la littérature à la BD. Enfin, Régis Loisel et Serge Le Tendre, artistes qui introduisent, avec La Quête de l'oiseau du temps , l'école "héroïco-fantaisiste" qui cartonne depuis le début des années 1990 tout en renouant avec une sorte d'artisanat de la BD.

Mais votre ouvrage ne se cantonne pas qu'au territoire européen…
En effet, pour parler de la BD américaine, c'est Will Eisner et son Spirit qui m'ont parus l'auteur et l'ouvrage les plus emblématiques car ils permettent de parler des super-héros mais aussi d'ouvrir le propos vers la BD alternative et surtout la naissance des "graphic novels". On ne pouvait pas non plus oublier les Japonais et là j'ai pas mal hésité entre Otomo et Akira qui font connaître le manga en Europe et Tezuka. J'ai choisi ce dernier car il résume à lui seul l'histoire du manga moderne et Ayako , son chef d'oeuvre, mêle tradition pour le dessin et avant-garde avec un scénario adulte et complexe.

Le mot de la fin ? Car comme tous les ouvrages, notre entretien en a également une…
Comme tous les ouvrages de la collection, le livre se termine sur « l'Analyse Guidée » d'une oeuvre qui permet de revoir tous les concepts abordés dans l'ouvrage. J'ai retenu  Le Chat du Rabbin de Joann Sfar, qui me donnait l'occasion d'aborder "la nouvelle BD". J'aurais pu aussi choisir David B., mais j'ai pris Sfar dans un souci didactique : c'est en effet l'auteur actuel le plus connu des lecteurs qui, d'ordinaire, ne lisent pas de BD. 

Virginie, merci !

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Brieg F. Haslé
Propos recueillis par Brieg Haslé en décembre 2005 .
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Photo de Virginie François © Laurent Mélikian
21/12/2005 - source : auracan.com