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Quelques heures de lectures

Pour occuper votre hiver, Auracan.com a sélectionné pour vous quelques titres appartenant à la collection [les intégrales] commémorant les 40 ans des éditions Glénat. Bonnes lectures !

D’après le Bilan annuel 2009 de Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD, les intégrales – compilations d’albums réédités pour l’occasion – continuent de se développer sur le marché du neuvième art. L’an passé, 319 intégrales ont été publiées. Le rapport ne souligne pas l’essor de ces intégrales en petits formats, une tendance démarrée en 2008 et qui s’intensifie notamment chez Glénat, Vents d’Ouest, Casterman, Dupuis, Dargaud ou Delcourt. Voici une petite sélection tout à fait subjective d’intégrales parues en 2009 chez Glénat-Vents d’Ouest.

toussaint
© Dermaut - Convard / Glénat
Souvenirs de Toussaint de François Dermaut et Didier Convard

Toussaint est devenu photographe itinérant. Élevé dans un orphelinat, il a en fait perdu sa mère quelques semaines après sa naissance dans un incendie. Le beau jeune homme a la qualité de son art, une remarquable capacité à comprendre les événements, à saisir la vérité d’un regard, un don de l’observation en somme…

L’intégrale petit format parue chez Glénat regroupe les trois premiers épisodes superbement dessinés par François Dermaut. Ils se déroulent dans la France profonde de la fin du 19e siècle. Dans le premier, Gobe-mouche va faire rencontrer le héros avec les quatre hommes dont un pourrait être son père. Le deuxième le mène dans un village où trois hommes ne se remettent pas du suicide d’Hélène. Enfin le troisième lui fait retrouver son compagnon d’orphelinat Rémy Cendrars, dit le Loriot, disparu après le décès d’un condisciple Julien Bosquet.

Écrites entre 1989 et 1995, ces trois histoires policières content trois étranges histoires d’amour : une femme avec quatre hommes, une autre amoureuse de deux hommes partis à la Guerre de 1870 et deux garçons amoureux de leur professeur. Les scénarios parfaitement construits et dénoués de manière originale par Didier convard semblent sortis des légendes racontées dans les campagnes.

sorel
© Sorel - Mosdi / Vents d'Ouest
L’Île des morts de Guillaume Sorel et Thomas Mosdi

L’Île des morts est une variation sur le thème du tableau éponyme d’Arnold Böcklin sur le thème de l’au-delà mystérieux et fantastique. Tout commence par un jeune peintre vivotant à Paris et trouvant auprès de son vieux propriétaire Crosier un mécène inattendu. Celui-ci lui confie de peindre un cimetière. Faisant fi d’un avertissement d'un étrange prêtre, le jeune peintre s'installe chez son propriétaire pour réaliser cette vue. La spirale infernale va commencer…

Il s’agit d’un véritable opéra dessiné en cinq actes où le dessinateur Guillaume Sorel sublime le scénario de Thomas Mosdi. Cette œuvre est exceptionnelle, envoutante, dérangeante, complexe, étrange. Elle ne suit pas les codes classiques de la bande dessinée. Elle lie la peinture, la scène et la bande dessinée dans une fresque aux confins de l’esprit. L’aventure en cinq tomes reprise dans cette intégrale est étonnamment lisible malgré son petit format.

purgatoire
© Chabouté / Vents d'Ouest
Purgatoire de Christophe Chabouté

Purgatoire est l’histoire de Benjamin Tartouche, un jeune homme égoïste qui démarre dans la vie active dans une activité free-lance. Juste après s’être assuré chez Robert Trusquin, sa maison brûle. L’assureur véreux fait traîner l’indemnisation. Et le jeune travailleur s’enfonce rapidement dans la marginalisation, jusqu’à finir écrasé par l’assureur lui-même.

Chabouté donné libre cours à son imagination pour recréer le passage vers l’Enfer ou le Paradis, sa vision du Purgatoire. Le récit s’emballe dans une situation kafkaïenne. Benjamin se voit confier une mission impossible de sauver une âme inconnue. On pense au film Ghost avec un ange entre deux mondes. L’histoire non dénuée d’humour et plutôt morale est rendue par un dessin très expressif. L’auteur qui n’a pas son pareil pour faire parler des pages muettes a trouvé l’idée de faire apparaître l’âme du jeune homme en noir et blanc. Sur le fond, le récit pourrait se conclure par le bien est fait de petits riens. Une réflexion accessible et intelligente.

thespis
© Rossi - Bonifay / Glénat
Le Chariot de Thespis de Christian Rossi et Philippe Bonifay

Le Chariot de Thespis publié entre 1982 et 1988 constitue l’une des premières séries de Christian Rossi et Philippe Bonifay. Déjà, on retrouve un dessin réaliste très expressif du premier et une recherche de sens pour le second. En fait, Philippe Bonifay n’a participé qu’aux deux derniers épisodes. L’histoire se déroule pendant la guerre de Sécession. Alors qu’un officier sudiste est venu recruté le jeune Drustan jeune garçon romantique de 16 ans, celui-ci se défend. Lors de l’altercation, Matt l’esclave noir tue l’officier. Et les deux hommes - un peu comme dans O’boys de Steve Cuzor et Philippe Thirault - doivent prendre la route. Leur route épique croisera Hermès un comédien rapidement épris du jeune Drustan.

Cette fresque au cœur d’une période troublée permet aux auteurs de cerner des personnalités complexes agissant pour leur survie dans un monde cruel. Le Chariot de Thespis, nom d’une troupe de théâtre ambulant, est le point de convergence de nos trois protagonistes qui se rapprochent et s’éloignent au gré des événements. Le dernier épisode est le moins linéaire, pour ne pas dire complexe et surprenant. Cela reste un voyage passionnant au cœur de l’Amérique.

blackhills
© Marc-Rénier - Swolfs / Glénat
Black Hills d’Yves Swolfs et Marc-Rénier

Black Hills est une bande dessinée écrite par Yves Swolfs et terminée par Marc-Renier pour dénoncer l’extermination de la civilisation indienne par les nouveaux colons américains. Le prisme est donné par un photographe français idéaliste Armand Lebon et son guide Lewis Kayne, un cowboy dont la femme indienne a été mystérieusement assassiné, ce qui l’a plongé dans le désespoir. En route pour un reportage sur le peuple indien, les deux hommes vont être confrontés à la violence contre les Indiens.

Les trois premiers tomes traitent du thème principal tandis que le dernier résout et venge l’assassinat de l’épouse de Lewis Kayne. L’ensemble est dessiné de belle manière par Marc-Renier et mis en couleurs dans des tons sobres laissant simplement éclater l’extrême violence par des tons rouges sur quelques pages. Cette intégrale très documentée porte une réflexion humaniste sur la colonisation de l’Amérique. Un beau western intelligent.

Bonnes lectures hivernales...

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Manuel F. Picaud
13/01/2010 - source : auracan.com