Auracan » Interviews » Entretien avec Didier Convard

Entretien avec Didier Convard

Didier Convard © Manuel F. Picaud
Éric Adam, héritier de Didier Convard !
 
Depuis quelques années, Didier Convard, romancier et auteur de bandes dessinées travaille avec Éric Adam. A 62 ans, il a pris la décision de céder les droits de ses séries Le Triangle secret, Hertz ou Neige à Éric Adam. Héritier spirituel ou bien davantage ? En exclusivité pour Auracan.com, lors d’une rencontre organisée par l’association Bulles de Troy à la Médiathèque du Grand Troyes, il explique cette décision d’un adoubement en bonne et due forme.
 
Les Gardiens du Sang T5 crayon  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Les Gardiens du Sang T5 crayon  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Depuis quand travaillez-vous avec Éric Adam ?
 
Ça doit bien faire déjà depuis cinq à six ans. Nous avons commencé petit à petit à collaborer ensemble. Nous étions collègues dans le même groupe : il était directeur de collection chez Vents d’Ouest, moi directeur éditorial avec Laurent Muller chez Glénat. Comme nous avions des terrains d’entente, nous avons eu envie de travailler ensemble, d’abord sur des sujets originaux. Et plus le temps passait, je me suis aperçu qu’il devenait un auteur à part entière de mes séries. Nous formions une équipe bicéphale, à savoir deux têtes pour une série. Si au début, il travaillait sur mes idées et le plan de travail que je lui donnais, il s’est davantage investi dans notre équipe et comme il connaît bien mon œuvre qu’il a parfaitement analysée, il a trouvé des angles que je n’aurais pas imaginés seul.
 
Pourriez-vous développer un exemple de contribution ?
 
Par exemple, j’avais depuis l’origine l’intention d’une série parallèle au Triangle secret sur le personnage de Hertz. J’étais resté sur un récit contemporain racontant des événements liés à sa vie. Éric Adam a trouvé l’idée d’un ancêtre à Hertz, un espion secret au temps de Napoléon, un personnage haut en couleurs à la manière d’Alexandre Dumas, tour à tour espion, aventurier, grande gueule, romantique, très actif et mystérieux. Hertz hérite de tous les carnets intimes de son ancêtre André Hertz et les lit. Dans chaque album, on verra sur trois ou quatre pages Hertz lire ces mémoires. Ces pages seront d’ailleurs réalisées à chaque fois par un dessinateur invité. Dans le prochain album, on lira ainsi celles, savoureuses, de Christian Gine. Hertz découvrira dans son grenier ces archives exceptionnelles… Et ensuite, on rentrera dans un récit d’aventures historiques à la fin de la vie de Napoléon, lorsque l’Empereur est conduit à Sainte-Hélène.

Les Gardiens du Sang T5 crayon  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Les Gardiens du Sang T5 encre  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat

Éric Adam devient-il en quelque sorte votre héritier ?
 
Hertz T3  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Hertz T3  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
C’est un peu cela. J’ai en fait décidé, en accord avec les éditions Glénat, de ne garder que la constellation du Triangle secret, un univers auquel je suis naturellement attaché. Je veux me consacrer essentiellement à la littérature. Ainsi la suite de Neige est aujourd’hui réalisée par un studio avec deux scénaristes, deux dessinateurs et des coloristes. Une fois que je sais où on va, je laisse Éric écrire l’histoire.
 
Côté littérature, vous écrivez la suite de Vinci ?
 
Je poursuis en effet avec Michel-Ange. Le paradoxe est que l’artiste est un second rôle. Sans lui, il ne peut pas y avoir d’histoire. Le lecteur va se demander pourquoi Michel-Ange, alors qu’il n’intervient pas. En fait, il va permettre de résoudre l’intrigue. Mais le premier rôle échoit au prévôt Vittore qu’on avait rencontré déjà dans le roman et le diptyque Vinci. J’ai commencé ce nouveau roman il y a deux ans et je suis très en retard. Heureusement les éditions Fayard ont accepté un nouveau délai pour le rendre. Jour après jour, je consacre tout mon temps à écrire ce roman ! Un véritable bonheur… mais laborieux ! Chaque séquence exige que je réunisse une documentation importante.
 
Hertz T3  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Hertz T3  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
 
Comment gérez-vous votre temps ?
 
Je vais le matin aux éditions Glénat où je rencontre Éric. Les lundis et mardis, nous mettons en chantier le travail qu’il doit mettre dans la semaine. Nous faisons même des tableaux dessinés page par page. Comme cela je sais parfaitement où Éric en est et comment avance le scénario. Parfois, nous refaisons un point les vendredis matins.
 
Les Gardiens du Sang T5 crayon  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Les Gardiens du Sang T5 crayon  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat


Cela donne l’impression d’un passage de flambeau…
 
Oui c’est drôle que vous disiez cela. N’est-ce pas ce que disait un homme politique récemment dans la campagne présidentielle, qu’un sénior devait encadrer un plus jeune pour au moins lui transmettre ce qu’il avait appris durant sa vie ? En 40 ans de carrière, j’ai appris certaines choses. A son terme, je ressens le besoin de passer le flambeau. Et c’est Éric qui va le reprendre. Je me suis organisé pour qu’il puisse continuer l’ensemble de mes séries Neige et Triangle secret, etc. Il sera alors l’héritier définitif de mes séries.
 
Cela sonne comme un départ à la retraite programmé…
 
C’est une préparation d’une retraite progressive. Dans ma profession, il est impossible de partir du jour au lendemain. J’ai un train sur les rails qui entraîne de nombreux wagons dans son sillage. Avec quelqu’un comme Éric Adam, je me retire progressivement en devenant directeur artistique.
 
Hertz T3  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Hertz T3  © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
 
Avez-vous des nouveaux projets en dehors des épisodes d’Hertz en particulier dans la constellation du Triangle secret ? Y aura-t-il une quatrième saison ?

Oui, je pense que je vais confier à une équipe, dans quelques années, la charge de raconter ce qui n’a pas encore été dit dans le Triangle secret. Cette seconde colonne de l’œuvre évoquera, d’une part le voyage de Jésus de la Palestine à la Forêt d’Orient, qui le conduit à réfléchir à une philosophie menant à la fraternité et l’humanisme, et d’autre part, l’histoire de Pierre qui va fonder l’Église à Rome, c'est-à-dire une religion hiérarchisée et politique avec pour idée de réunir les hommes au-delà des différences. Mais nous connaissons où conduisent les religions… Pierre pouvait ne pas savoir, car il était le premier. Nous n’allons donc pas le juger. L’histoire sera racontée au présent en essayant de montrer que l’Humanité aurait sans doute dû suivre Jésus, et non ceux qui s’y réfèrent…
Propos recueillis par Manuel F. Picaud à Troyes en mai 2012
Remerciements à Vincent Paris, l’équipe de Bulles de Troy et Denis Falque
Photos © Manuel F. Picaud / auracan.com
Illustrations inédites Les Gardiens du Sang et Hertz © Didier Convard et Denis Falque / Glénat
Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation préalable © Manuel F. Picaud / auracan.com
Partager sur FacebookPartager
Manuel F. Picaud
24/05/2012