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Entretien avec Jean-Claude Servais

Signature chez Dupuis © Pierre Burssens

Jean-Claude Servais en signature chez Dupuis
© Pierre Burssens / Auracan.com

« Fondamentalement, je continue à adorer raconter des histoires ! »

Alors que nous rencontrons Jean-Claude Servais dans les locaux des éditions Dupuis, le dessinateur est en train de signer les exemplaires du frontispice de l’édition luxe du tome 2 de Godefroid de Bouillon à paraître début octobre.

Après notre entretien, l’auteur a rendez-vous avec José-Louis Bocquet, son éditeur, pour évoquer son futur projet. Un moment charnière dont nous avons pu pleinement profiter…

Cette séance de signatues est-elle un moment de satisfaction du travail accompli ?
Ces signatures sont, je l’avoue, un peu fastidieuses, mais oui, bien sûr. J’ai relu le dossier qui accompagnera l’album, les dernières corrections ont été apportées… La suite des opérations n’est plus de mon ressort…

Le tome 1 réservait son lot de surprises, avec, notamment des décors urbains auxquels vous ne nous avez pas vraiment habitués. À quoi peut-on s’attendre avec cette seconde partie ?
Je dirais que les choses se précisent beaucoup plus. L’album est plus axé sur les croisades avec le décalage existant entre le mythe de Godefroid de Bouillon et la vision contemporaine que l’on a du personnage. On comprend mieux aussi ce qui a guidé l’évolution de Benoît et Mady, les personnages principaux, entre les événements de leur enfance et le moment où ils se retrouvent adultes.

extrait page 70 © Jean-Claude Servais / Dupuis

extrait page 70 © Jean-Claude Servais / Dupuis

Jean-Claude Servais © Pierre Burssens

Jean-Claude Servais
© Pierre Burssens / Auracan.com

Au moment de la sortie du premier album, vous m’aviez confié que c’était peut-être le projet sur lequel vous aviez transpiré le plus…  Confirmation avec le tome 2 ?
Ah oui, complètement ! Le scénario de l’ensemble a été réécrit trois ou quatre fois, et graphiquement, Bruxelles, sa gare centrale, le Botanique, la galerie de la Reine, ce n’est pas rien ! Et dans ce second album, c’est, en plus, Jérusalem, des armées, des chevaliers, des  batailles… Même si je ne suis plus un débutant, je vous garantis que je ne dessine pas tout naturellement.  En travaillant sur certaines planches, je mesurais que j’étais bien loin des images de Violette. Mais je suis content d’y être arrivé. Je crois que l’essentiel est de s’appliquer et que l’on apprend tout le temps.

Malgré cela, vous arrivez à conserver une régularité impressionnante de parution. Ce tome 2 sortira pile un an après le premier…
Parce que je suis toujours autant passionné par ce que je fais ! Je travaille, je ne perds pas de temps, je souffre sur certaines planches ou cases, mais j’y arrive, c’est une question de discipline, d’organisation, et surtout, fondamentalement, je continue à adorer raconter des histoires !

extrait page 82 © Jean-Claude Servais / Dupuis

extrait page 82 © Jean-Claude Servais / Dupuis

 

extrait page 77 © Jean-Claude Servais / Dupuis

extrait page 77
© Jean-Claude Servais / Dupuis

Ce diptyque a aussi un aspect engagé assez nouveau chez vous. Vous utilisez le passé pour dénoncer le présent ?
C’est difficile de rester insensible à ce que nous déverse quotidiennement l’actualité. Et cette "instrumentalisation" des religions pour justifier des conflits ou des actes terroristes me révolte. On a l’impression que c’est lié à l’époque contemporaine, mais qu’étaient vraiment les croisades ? Et Godefroid de Bouillon, quelle est sa réalité et sa part de légende ? Un des éléments qui m’a encouragé à explorer ces aspects est le documentaire Dieu le veut, diffusé sur Arte. Ses  réalisateurs ont parcouru, avec les moyens actuels, les chemins des croisades, en interviewant des historiens à différentes étapes. Et en Belgique, il faut le souligner, l’image de Godefroid de Bouillon a longtemps été mythique. J’avais envie de revisiter ce mythe.

Visiblement très solide dans les années 1960, à travers ce que vous décrivez de la ville de Bouillon (Belgique) et ce qui s’y déroule…
Ah oui, et pourtant j’ai simplifié les choses, en ne mettant en scène, par exemple, qu’une seule école primaire, alors qu’il y avait une école catholique et une école communale officielle et qu’elles étaient vraiment très séparées, à tous points de vue. J’ai aussi appris que le même genre de séparation existait pour deux usines, qui fabriquaient des casseroles. Il y avait une usine étiquetée catholique et l’autre pas…

Des casseroles après les armures ?
Ah ah ah, tiens, c’est vrai, je ne pensais pas à ce raccourci…

extrait page 82 © Jean-Claude Servais / Dupuis

extrait page 82 © Jean-Claude Servais / Dupuis

Il y a eu Le Dernier Brame entretemps, dans la collection Aire Libre, mais dans la collection Servais, Bouillon succède à Orval. Peut-on s’attendre à visiter un troisième site dans le futur ? 

Aigle © Jean-Claude Servais / Dupuis

© Jean-Claude Servais / Dupuis

Non, je ne pense pas, pas de cette manière, en tout cas. Orval et Bouillon ont chacun un aspect mythique, et il s’agit de deux sites parmi les plus visités de Belgique et qui se trouvent dans ma région… Mais il n’y a pas eu de réflexion ou de volonté  de ma part pour que ces deux thématiques se suivent. Par contre, si je n’avais pas réalisé Orval, qui était également un fameux défi, je ne me serais pas lancé dans l’aventure de Godefroid de Bouillon. Il y a eu Le Dernier Brame entretemps, dans la collection Aire Libre.

Vous êtes un amoureux de la nature et des animaux. Après les loups d’Orval, les rapaces survolent Godefroid de Bouillon
J’adore dessiner des animaux ! Les rapaces avaient vraiment leur place dans ce projet. Il s’agit d’un véritable symbole médiéval, un symbole de puissance aussi. Et il y a un spectacle de fauconnerie au château de Bouillon,  que l’on découvre en fin d’album. Ils permettent aussi de prendre de l’altitude par rapport aux événements décrits. Tous ces aspects étaient intéressants à exploiter.

Aigle © Jean-Claude Servais / Dupuis

© Jean-Claude Servais / Dupuis

Vous allez présenter votre nouveau projet à votre éditeur dans quelques minutes. Top Secret ou peut-on déjà en parler ?
Oh, ce n’est plus vraiment un secret, mais c’est difficile à résumer en quelques mots…  C’est un projet qui va me permettre de sortir de mon terroir et d’aller explorer quelques belles régions de France et leur patrimoine.  Il existe des analogies entre les chemins de Compostelle et celui des Alchimistes et le projet s’articulera sur ces ressemblances parfois étonnantes. Ainsi, La Grand-Place de Bruxelles abrite différents symboles alchimiques, tout en étant un point de départ d'un chemin vers Compostelle… L’histoire mettra en scène des personnages qui parcourent ces deux chemins initiatiques, et qui se croiseront. Elle devrait également s’étendre sur différentes époques, différentes générations. Il s’agit d’un projet assez ambitieux que je suis en train de préparer, et qui devrait constituer une vraie série et non plus un one-shot ou un diptyque. Quand je participe à des festivals en France, j’essaye toujours  de découvrir, visiter un peu la région. Récemment, j’étais dans le Lot et j’y ai découvert des décors formidables. Mais je mesure encore une fois que je ne me dirige pas vers quelque chose de simple...

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Pierre Burssens
22/08/2013