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Entretien avec Frédéric Niffle

« Nous tenions à respecter les promesses formulées dans le n° 2000. »

Ce mercredi 10 décembre paraitra le n° 4000 de Spirou. Un jalon important dans l’histoire du magazine qui souligne aussi, une fois de plus, son exceptionnelle longévité dans le paysage de la presse, et pas seulement la presse BD. Un numéro très spécial aussi, qui réserve de nombreuses surprises à ses lecteurs. Son rédacteur en chef, Frédéric Niffle, évoque les différents aspects de cette étape avec nous… en direct de la rédac’ de Marcinelle (B), au siège des éditions Dupuis.

De quelle manière avez-vous abordé, à la rédaction, ce numéro très spécial ?

Nous savons que les lecteurs sont attentifs à ce genre de numéro particulier, et attachés à la vie du magazine. Dans les courriers que nous recevons, ils nous réclamaient depuis plus d’un an quelque chose de spécial pour marquer cette étape. Et puis, nous tenions à respecter les promesses formulées dans le n° 2000. On retrouve ainsi, dans le 4000, la suite des couvertures qui ont fait l’histoire du journal depuis 1975, à raison d’une couverture choisie par année. Et nous prenons le même engagement pour le n° 6000. Pratiquement, nous avons dû faire face à une difficulté supplémentaire : le numéro suivant sera le « spécial Noël », un numéro double lui aussi. En deux semaines, les lecteurs reçoivent ainsi le contenu de 4 magazines !

Comment en avez-vous défini le contenu ?

Après mûre réflexion ! Nous savions que ce numéro était attendu, et il y a toujours une espèce de fantasme dans cette attente, souvent trompeur. Si on prend l’exemple des séries télé, on constate que les « fins », les derniers épisodes de celles-ci, sont généralement ressentis comme décevants, parce qu’ils ne correspondent pas aux attentes des spectateurs. Nous voulions évidemment éviter ce genre de chose, mais en 76 ans, tout ou presque a été fait dans Spirou. Le challenge était donc de trouver une nouvelle idée sans tomber dans une sorte de surenchère. On est partis sur un bug. On a beaucoup parlé du bug de l’an 2000, qui ne s’est pas produit, mais il se concrétise dans notre n° 4000. À partir de là, on a permis à tous nos auteurs de faire du hors-piste, en leur laissant carte blanche à tout ce qui était faisable mais qu’ils ne pouvaient se permettre autrement, tout en conservant l’esprit du journal. Ce numéro est donc bourré de surprises. Certaines semblent évidentes, d’autres apparaissent dans des moments ou des séries où on aurait difficilement pu les imaginer. On peut aussi voir dans ce choix le reflet de notre époque et de notre société, un peu chaotique. Spirou traverse le temps mais vit avec son temps.

Justement, 4000 numéros, c’est aussi la concrétisation chiffrée d’une belle longévité, non seulement dans la presse BD, mais plus généralement dans la presse écrite…

Oui, et assez curieusement, alors que l’on aborde ce n° 4000, on salue aussi les 90 ans du Télémoustique. Les deux hebdomadaires ont été développés par Charles Dupuis, ce qui est assez phénoménal. Au départ, cependant, Le Moustique était un hebdo humoristique dans lequel se trouvaient des programmes radio. Avec l’avènement de la télévision, il est devenu Télémoustique en s’ouvrant à ce nouveau média. Spirou, lui, a conservé son ADN originel. Dans un genre très différent, mais avec une longévité plus importante, j’ai trouvé Le Canard enchaîné, qui lui est né en 1917.

On a évoqué récemment des chiffres impressionnants quant au lectorat de Spirou…

Effectivement. Le nombre de lectures sur lequel nous nous basions était de 250 000, or il a été réévalué à 480 000 ! J’ai été très surpris, mais cette évolution correspond à un nouveau modèle d’échanges, d’économie qui est en train de se développer. Je pense que l’on est entrés dans un système où les gens consomment, mais dans lequel le besoin de posséder est moins marqué. On le constate dans d’autres domaines. Les gens regardent un film sans pour cela le conserver ou l’acheter sur un support physique. Donc Spirou, on se le prête au sein d’une famille, et ça peut dépasser le cadre du noyau familial classique, entre copains, on le trouve sur des tables de salles d’attente etc. Ca nous amène à une moyenne de lecture assez hallucinante, mais ces chiffres ont été confirmés par des tests réalisés en interne. Le plaisir de le lire est là, mais, d’une certaine manière, on le possède un peu moins.

Peut-on imaginer un impact de cette évolution sur les albums ?

C’est très différent. Un album, on le possède, on le prête moins… Je n’ai pas connaissance de sondages réalisés sur le prêt ou le nombre de lectures des albums de BD.

Par contre, on le constate lors d’interviews  d’auteurs, une prépublication dans Spirou constitue toujours un must…

Oui, ça leur offre une énorme résonnance, et ce quel que soit le style de la série. Le journal crée, à sa façon, la notoriété du personnage. Mais à nouveau, on pourrait comparer ça au cinéma. Quand un fim sort sur les écrans, il s’écoule quelques mois avant qu’il soit disponible en Blu-Ray ou DVD. Les gens peuvent alors l’acheter parce qu’ils ont envie de le revoir, autant qu’ils le veulent, dans des conditions différentes. La relation entre la prépublication et l’album est assez similaire, même si les délais entre les deux ont tendance à se réduire. Dad, le personnage de Nob est présent dans Spirou depuis sun certain temps déjà. On va le lancer en album en mars 2015. Nob a notamment été rédacteur en chef du magazine Tchô !, mais il me dit ne jamais avoir reçu autant de retours positifs, un tel accueil, que depuis qu’il est publié dans Spirou

Certaines tendances ou perspectives se profilent-elles déjà pour Spirou en 2015  ?

Nous y travaillons. Je pense que Spirou va probablement se tourner davantage vers les écoles, notamment. L’an dernier nous avions les 75 ans de Spirou, cette année nous avons lancé les défis de Spirou, en 2015 on devrait découvrir les écoles de Spirou. On pense aussi à un numéro spécial tournant autour du personnage de Spip. Il y a pas mal d’idées en l’air, mais vous aurez l’occasion de les découvrir…

 

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Pierre Burssens
08/12/2014