Entretien avec Rafael Morales
Après avoir travaillé dans l'ombre de Jacques Martin pendant 18 ans, Rafael Morales se lance en solo dans une nouvelle série intitulée Hotep. On l'aura compris : amateur de culture antique, l'auteur a placé son intrigue au cœur de l'Egypte ancienne. C'est un peu malgré lui que le dessinateur d'Alix s'est retrouvé seul aux commandes d'une nouvelle série : « C'est pratiquement par hasard que j'ai appris que je n'étais plus le dessinateur d'Alix, alors qu'il avait été question avec Jacques Martin, que je réalise un épisode intitulé "Le Maître de Pharos". Je n'ai reçu aucune explication officielle de la part de Casterman. Ce qui aurait été la moindre des choses. Je poursuis néanmoins ma collaboration sur les Voyages d'Alix. Mais cela nécessite un long travail de recherche, en plus du dessin proprement dit. Il est donc impossible de vivre uniquement sur cette déviation de la série. Casterman m'a proposé d'œuvrer sur "Alix présente", des BD didactiques axées sur des personnages historiques. J'ai décliné l'offre car on voulait m'imposer un scénariste. Après quelques semaines de réflexion, j'ai entrepris de mettre sur pied un projet qui me trottait en tête depuis un moment : Hotep. »
Ayant déjà eu des contacts avec Henri Filippini, directeur éditorial chez Glénat, et Walter Goossens, directeur de collection chez Glénat pour la Belgique, c'est assez naturellement vers la maison grenobloise que Rafael Morales s'est tourné pour proposer son projet : « J'avais rencontré Walt lors d'un festival. Il m'avait demandé à l'époque si je n'envisageais pas de créer ma propre série. J'ai donc repris contact avec lui et le projet a été accepté. Le contrat porte sur 5 albums. J'ai déjà les grandes lignes de 3 ou 4 scénarios en tête. La matière pour en faire une longue série est là. Reste à voir quel sera l'accueil du public. »
Malgré l'arrêt de sa collaboration sur Alix, l'auteur garde un regard positif sur cette période : « J'ai passé 18 ans au service de Jacques Martin. Même si j'ai quelques regrets, j'ai vécu beaucoup de belles choses et j'ai énormément appris à ses cotés. Je regrette que cela se soit terminé si abruptement. J'ai toujours de bonnes relations avec lui et je garde beaucoup d'amitié et de respect pour cet homme et son œuvre. Je suis fier d'y avoir contribué. J'ai débuté sur Alix avec Ô Alexandrie, que j'ai terminé avec Marc Henniquiau, suite aux problèmes de vue que rencontrait Jacques Martin. Après cela, j'ai dessiné 4 épisodes. Ce qui n'est pas si mal. »
Avec Hotep, Rafael Morales ne change pas de style pour autant : « On ne renie pas 18 ans de collaboration mais j'ai tout remis à plat pour cette nouvelle série. J'ai tenté de donner une interprétation plus personnelle à mon travail. »
L'ancien dessinateur d'Alix a été séduit par la période où il situe son récit grâce notamment à une rencontre avec un archéologue spécialiste d'Alexandrie : « J'ai eu le plaisir de rencontrer avec Jacques Martin, l'archéologue Jean-Yves Empereur, qui a réalisé des fouilles à Alexandrie. Nous avons passé toute une soirée à parler de cette ville illustre. Ce qui est curieux, c'est qu'Alexandre le Grand n'a jamais mis les pieds en Haute Egypte. Et pourtant, dans le temple de Louxor, on le voit avec son demi-frère Philippe Arrhidée présenter des offrandes au dieu Amon de Karnak. J'ai voulu approfondir cela. J'ai lu pas mal de bouquins, dont une trilogie de Mary Renault, intitulée "Une vie d'Alexandre". Alors qu'on connaît bien la vie d'Alexandre le Grand, on a peu d'informations sur la période qui se situe après sa mort en -323. J'ai choisi de me pencher sur cette époque. Un égyptologue, le Français Pierre Jouguet, a travaillé, au début du 20e siècle, sur l'époque de Ptolémée Ier. Il a écrit des articles très intéressants notamment sur l'administration de l'Egypte. »
L'auteur a choisi de mettre en scène un héros et sa famille : « Hotep est un prêtre et un scribe, d’où le titre Le scribe de Karnak. A la mort de son père, il hérite de la charge de grand prophète d’Amon, l’une des plus importantes charges sacerdotales et économiques d’Egypte. Il veut maintenir le culte d’Amon, le culte ancestral des grands pharaons de l’époque des Ramsès. L’histoire débute alors qu'un épistate, envoyé du pharaon, est chargé de récolter les impôts. Il veut prélever jusqu’au dernier grain de blé. Ce qui met en péril toute l’économie de la région et peut provoquer des famines. Hotep va se révolter contre cet épistate pour sauver sa famille et la population de Haute Egypte. Il va nous emmener à travers toute l'Egypte jusqu'à Alexandrie, et il sera confronté à des complots. »
Pour Rafael Morales la passion pour l'antiquité remonte à son enfance, qu'il a passée en Suisse : « Je me souviens avoir visité, tout enfant, un site gallo-romain suisse, appelé Avenches - Aventicum en latin. Cela m'avait fortement impressionné. Par la suite, j'ai découvert la bande dessinée et Alix en particulier. J'ai ainsi eu la chance de pouvoir concilier ma passion pour l'antiquité et celle pour le dessin. C'est lors de recherches pour mes travaux avec Jacques Martin que je me suis pris de passion pour l'Egypte. Je suis allé une dizaine de fois dans ce pays. J'ai même été dans des zones interdites déguisé en Egyptien. » Après la sortie d'Hotep, sortira au 1er semestre 2008, le 3e volet des Voyages d'Alix en Egypte : « Nous poursuivons la visite guidée de ce pays. On descend le Nil de Louxor jusqu'aux Pyramides de Gizeh, en passant par le temple de Denderah, Tell-El-Amarna (la capitale du roi Akhenaton), les pyramides de Saqqarah, celle à degrés de Djoser. On termine par le Sphinx. » |
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Retranscription : Marc Carlot & Manuel F. Picaud © Marc Carlot - Manuel F. Picaud / Auracan.com Visuels © Rafael Morales – Glénat Photos © Manuel F. Picaud / Auracan.com. Tous droits réservés |






