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Entretien avec Olivier Sulpice

"Mon idée, dès le départ, était de faire de Bamboo un éditeur généraliste."

La jeune pousse a bien grandi depuis le premier album paru. La petite plante est devenue luxuriante, s'est développée et a donné naissance à de très nombreuses feuilles. Bamboo édition, initialement centrée sur la BD humoristique, s'est diversifiée au fil des ans, développant ses collections et s'imposant peu à peu sur le marché de la BD. Bamboo a 20 ans, mais ne se contente pas de souffler les bougies de cet anniversaire. Plutôt que de regarder dans le rétroviseur, Bamboo se tourne résolument vers l'avenir. Olivier Sulpice, son Président et fondateur, nous dévoile ces nouvelles perspectives.

Comment êtes-vous devenu éditeur de bandes dessinées ?

Olivier Sulpice : Je dirais que c’est un enchaînement de circonstances qui m’y a amené, mais au départ, ça vient tout simplement de mon envie de faire de la BD. J’ai rencontré Henri Jeanfaivre lors de mon service militaire, nous nous occupions alors d’un petit magazine, et en sortant de la caserne, nous nous sommes consacrés à de la BD publicitaire. Parallèlement à cela, nous avons réalisé un premier album, qui a été édité, mais je n’étais pas satisfait du résultat et j’ai choisi d’éditer moi-même le suivant. Bamboo est né comme ça, avant de s’ouvrir à d’autres auteurs.

Pourquoi avoir choisi la BD humoristique ?


Les débuts...

Parce que j’ai scénarisé les premiers albums publiés par Bamboo, et que comme scénariste, je ne sais faire que cela. En même temps, cette orientation a défini les couleurs de Bamboo. Au début, nous n’avions pas de diffuseur, et nous avons recherché des thèmes qui permettaient de toucher directement les personnes concernées pour leur vendre nos albums. Dans cette optique, c’était porteur de faire rire les gens. On a donc lancé des séries ayant pour thème les métiers, les sports... et nous avons rencontré notre public. Les éditions ont en quelque sorte grandi et se sont fortifiées grâce ou à cause de ces contraintes.

Mais mon idée, dès le départ, était de faire de Bamboo un éditeur généraliste. En 2000 nous avons trouvé un diffuseur, ce qui a attiré d’autres auteurs et on a pu créer Grand Angle, notre collection réaliste. Le contexte n’était cependant pas beaucoup plus simple, et pour moi comme pour certains auteurs il s’agissait d’un pari. Au début, je ne pouvais pas les payer, puis on a pu fonctionner avec des avances sur droits mais aujourd’hui je peux leur proposer la même chose que les grosses boîtes qui sont là depuis bien plus longtemps que Bamboo.

Qu’est-ce qui a caractérisé ou orienté l’évolution de Bamboo ?

Des rencontres qui se sont effectuées à différents moments. La rencontre d’Hervé Richez, scénariste  de Sam Lawry m’a conduit à créer Grand Angle. Celle d’Arnaud Plumeri a débouché sur Doki-Doki, la collection manga…et aujourd’hui je fonctionne encore de cette manière. J’aime beaucoup aller à la rencontre des gens, celle-ci peut réserver des surprises, des opportunités, et -qui sait- ouvrir de nouvelles portes ou perspectives. Jusqu’à maintenant, ça m’a plutôt bien réussi.


La Grande Guerre côté Bamboo (Les Godillots)...

Bamboo a 20 ans, outre un album anniversaire, que représente ce cap pour les éditions ?

Ca fait deux ans que je  réfléchis aux moyens de redynamiser et de préparer l’avenir d’une équipe qui compte aujourd’hui une cinquantaine de personnes. Nous avons déménagé vers un bâtiment trois fois plus grand. Nous avons créé notre propre diffusion, et l’accueil des libraires est excellent. Il s’agit là aussi d’un pari que je ne regrette pas. Il entraîné l’engagement de 11 personnes et nous a permis de progresser de 39 %. Récemment nous avons pris une part majoritaire dans le capital des éditions Audie, qui éditent Fluide Glacial. Un beau challenge également, et qui nous permet avec Bamboo de disposer d’un humour jeunesse, tous publics, et avec Fluide d’un humour ado/adulte. Ceci nous a également permis de mettre sur pied une opération avec Spirou, qui s’est vraiment concrétisée lors de cette Fête de la BD de Bruxelles, et qui, je l’espère aura permis de faire découvrir l’un aux lecteurs de l’autre et inversement. Par rapport à Fluide, bénéficier de notre propre diffusion constitue aussi un atout. L’an prochain, les lecteurs pourront découvrir Drakoo, notre label Fantasy/SF qui sera dirigé par Christophe Arleston. Nous projetons aussi de renforcer et développer une exploitation audio-visuelle de nos univers avec une branche Bamboo Films créée avec Matthieu Zeller, de MZM, et un partenariat avec les studios bruxellois NWave, parmi les leaders mondiaux de la production et de la distribution de contenus 3D.

Pourtant Les Profs, l’une de vos séries phare, a été adaptée au cinéma…

Oui, mais nous en avions vendu les droits, notre rôle s’est pratiquement limité à ça. J’espère qu’un jour Bamboo montera de célèbres marches grâce à un film que nous aurons produit ou coproduit. Une dizaine de titres sont déjà optionnés, et les Sisters et les Petits Mythos sont déjà déclinés en dessins animés.


...et côté Grand Angle (Ambulance 13)

Un anniversaire donne souvent l’occasion de regarder dans le rétroviseur, vous choisissez de vous tourner résolument vers l’avenir…

C’est indispensable. Tout va très vite aujourd’hui. En 2 ou 3 ans nous sommes passés de 30 à 50 personnes dans l’équipe et ce qui est en train de se mettre en place nous permet d’envisager de belles perspectives.

En vingt ans d’édition, de quoi êtes-vous le plus fier ?

D’être pratiquement parti de rien, que certains aient accepté de me suivre de cette aventure, et de pouvoir proposer aujourd’hui aux auteurs la même chose que les gros éditeurs.

Particulièrement en cette période où l’on parle beaucoup du statut des auteurs ?

Bien sûr. Mais justement, on en parle beaucoup et on ne voit pas grand-chose changer…  J’y réfléchis, j’y travaille, j’analyse ce système qui comporte certains aspects insupportables, j’ai quelques idées à affiner, car je veux poser des actes concrets plutôt que de m’épancher, comme beaucoup, en grandes déclarations.

Si c’était à refaire… ?

Tout pareil ! En espérant que les mêmes rencontres se produiraient sur mon itinéraire. J’ai beaucoup  travaillé. Au début c’était peut-être 20 heures par jour. Je me revois emballer les albums et les mettre dans des cartons la nuit pour les déposer très tôt le lendemain au bureau de poste ou directement chez les libraires… et au passage je me dis que c’est tout de même chiant de vieillir (rires) ! Oui, je signe, je recommence, sans savoir si je ferais mieux car j’ai eu beaucoup de chance !

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Pierre Burssens
10/10/2018