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Entretien avec Alexis Laumaillé

Avec le premier tome de la Main du Singe, Alexis Laumaillé inaugure une nouvelle trilogie proposée en collection Grand Angle par les éditions Bamboo. Rencontre avec un jeune auteur complet qui signe ici sa deuxième série et nous évoque de mystérieux tatouages indiens…

Après Mélissa (deux tomes proposés par les éditions Delcourt), le tome 1 de la Main du Singe est votre troisième album : pouvez-vous nous en présenter l’histoire ?
Le récit se compose de deux histoires alternées : l’une, chronologique, est centrée sur le personnage d’Abel Appleton et l’autre, remontant le cours du temps, est centrée sur un certain Henry Hawkins. Le point de départ est le même : le jour où chacun des personnages est victime d’un accident. Le destin va les relier dans la mesure où ce sont des organes prélevés sur le cadavre d’Henry qui vont sauver la vie d’Abel…

Et qui sont vos personnages ?...
Henry Hawkins est un petit employé administratif qui travaille pour les archives de l’armée américaine. Il y dérobe des motifs indiens et se les fait tatouer. Il est en relation avec une jeune native dont la famille est propriétaire d’un casino. Cette jeune femme indienne s’intéresse de près aux tatouages que porte Henry…
Abel Appleton, pour sa part, est un ancien présentateur télé d’une chaîne locale comme il en existe tant aux États-Unis. Son accident le transforme en une vraie gueule cassée et anéantit complètement sa vie d’avant. Abel est sauvé de la dépression par Élizabeth Sue, une infirmière piquante et légèrement désinvolte. Ensemble, ils vont découvrir que les tatoos présents sur ses greffes sont un enjeu d’importance pour un groupe d’Indiens.

Avec la Main du Singe, vous développez une construction narrative fort riche de sauts dans le temps, aussi bien en arrière qu’en avant. Comment vous en est venu l’idée et qu’est-ce que cela apporte à votre scénario ?
Ce procédé narratif est celui qui m’est apparu le plus naturel et le plus simple pour raconter l’histoire. Je vais essayer de vous l’expliquer clairement : prenons l’histoire d’une enquête, la plus basique possible, du genre celle d’un détective lambda qui remonte un fil d’événements. Le personnage principal va commencer par trouver un « z » qui va l’amener à découvrir un « y » puis un « x »… Ainsi de suite jusqu’à trouver le « a » qui est l’origine et donne la révélation de toute l’histoire. De ce fait, dans ce type de narration, les personnages sont impliqués parfois de manière un peu artificielle, contraints à la réussite pour faire avancer le propos, etc… Je me suis donc décidé à séparer cette partie « enquête » pour en faire un récit propre. De cette manière, je libérais les personnages de leur obligation à faire avancer l’histoire.
En contrepartie, cette « libération narrative » pouvait me donner l’occasion d’approfondir l’aspect psychologique et humain des personnages. Évidemment, ceci est très théorique et l’histoire conserve toujours sa propre loi : ce qui devrait marcher peut passer complètement à côté, et réciproquement ! Par ailleurs, j’ai l’impression que c’est aussi la même chose en dessin : une image qui ne respecte aucune règle peut être magnifique, tandis qu’un dessin très anatomique, le plus techniquement parfait, peut être complètement insipide. En tout cas, ce procédé narratif n'est qu'une manière de faire : le moteur de mon histoire est hors de cet aspect formel. Du moins, je l’espère. Je peux aussi vous préciser que dans les tomes suivants, bien qu’on retrouve une partie des protagonistes, les narrateurs changeront…

Appleton, l’un des deux principaux protagonistes de votre histoire, est donc un miraculé. Après un grave accident, il vit avec la peau d’un autre dont le corps est couvert de tatouages. Êtes-vous amateur de cet art corporel ?
Très franchement non, je n’y connais rien ! J’utilise ces tatouages parce que c’est une composante réelle de la culture des tribus indiennes d’Amérique. Ils ne sont pour moi qu’un simple véhicule de l’histoire. Pas plus, vraiment.

La seconde trame de votre récit s’oriente sur une piste plus ethnique : Hawkins portait notamment des tatouages de la tribu Choctaw, des Indiens du sud-est des États-Unis…
Ces Indiens seront amenés à prendre une place prépondérante par la suite. Ainsi, dans le deuxième tome, ils seront les narrateurs, que ce soit pour l'histoire chronologique ou celle qui remonte le temps. J’ai choisi cette tribu Choctaw pour plusieurs raisons. Les Indiens Choctaw sont moins présents dans notre imaginaire collectif – c’est en tout cas l’impression que j’en ai –, ce qui me permet une certaine souplesse pour aborder leur histoire. Mais ce peuple appartient quand même aux grandes tribus indiennes d’Amérique, ce qui fait qu’en plus de leur culture riche, on possède sur eux une histoire bien documentée. Très sincèrement, plus je travaillais sur mon scénario, tout ce qui concerne ces Indiens Choctaw m’a totalement passionné. Sinon, pour vous répondre, le terme de « seconde trame » n’existe que provisoirement : les deux histoires parallèles sont les deux faces d’une même médaille. À un certain moment, grâce à l'emboîtement des deux récits, le lecteur devrait comprendre cela dans les prochains tomes…

Pour conclure, petit retour en arrière à propos de votre précédente série, Mélissa, le récit d’une jeune femme tueuse en série, une histoire initialement annoncée en trois tomes. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Initialement, la série était effectivement prévue en trois tomes. Mais lorsque je suis arrivé, à peu près, au tiers de la réalisation du tome 2, mon éditeur m’avait demandé – à la vue des chiffres de ventes – si je pouvais finir l’histoire à la fin de ce deuxième tome. On a rajouté huit pages et j’ai terminé ainsi l’histoire comme j’ai pu... Cependant, je n’ai pas insisté pour réaliser absolument ce troisième tome : j’assume donc pleinement l’histoire telle qu’elle se présente en deux tomes.

Propos recueillis par Brieg F. Haslé en mai 2008
Entretien initialement publié, sous une forme différente, dans [dBD] n°24
© Brieg F. Haslé / Tous droits réservés
visuels © Alexis Laumaillé / Bamboo - Grand Angle

Remerciements à Sophie Cardoso

 

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Brieg F. Haslé
29/07/2008