www.auracan.com
 
 
 
Les Psy

Comment voyez-vous votre métier d'auteur de bandes dessinées ?
Je considère mon métier comme un travail d'artisan. Cela ne m'empêche pas de soigner mes planches, d'y mettre le temps nécessaire. De faire tout ce qu'il faut pour que ce soit le mieux possible. Lorsque je porte mes planches à la rédaction, je n'ai pas l'impression de rendre une oeuvre. Les auteurs qui ont le sentiments de faire une oeuvre, ça me fait sourire.

Un auteur réaliste ferait-il plus une oeuvre qu'un dessinateur humoristique ?
Certains le pensent. Mais ce n'est pas exact. Si on prend le cas de Franquin, par exemple, on ne peut pas nier qu'il ait bâti une oeuvre tout au long de sa carrière.

Selon vous, quel est le critère pour bâtir une oeuvre ?
Il faut certainement apporter quelque chose d'original à la bande dessinée. Il y a des auteurs qui ont chamboulé la conception graphique d'une BD. Mais ce n'est pas pour autant que la critique les a reconnus comme ayant réalisé une oeuvre. La perception des critiques tend à former une espèce d'élite. Dans les festivals, l'élite a tendance à manger à l'écart, tandis que les autres auteurs se marrent ensemble. De temps en temps, il y a un "élitiste" qui vient les rejoindre pour rigoler un peu. C'est assez absurde car en fin de compte, c'est le public qui juge et décide de l'intérêt d'une BD.

Vu leurs ventes assez considérables, les séries de Raoul Cauvin peuvent être qualifiées de ("honteusement", diront certains) commerciales. Maintenant que vous faites partie de la bande à Cauvin, ça ne vous fait pas un choc ?
(Rires). J'étais déjà classé dans les commerciaux. Pas les grandes fortunes ! Clifton n'a jamais été considéré comme du grand art. Hugo, un peu. Sans doute parce que c'était une série secondaire... moins "commerciale". (Rires). Depuis les Psy, rien n'a vraiment changé. Si ce n'est, peut-être, un certain dédain parce que je travaille avec Raoul...

On entend souvent que plus un auteur vend, plus ses dessins (ou ses scénarios) sont mauvais...
On a exactement la même réflexion à propos du cinéma. A partir du moment où cela ne vise pas le cérébral, cela n'a plus de valeur... Même si je vends plus d'albums, je n'ai pas l'impression d'avoir baissé d'un cran. Je dessine de la même manière qu'avant. Il y a juste les décors qui ont un peu changé.

Clifton - T15: Mortelle Saison
Extrait de Clifton - T15: Mortelle Saison
© Bédu, Le Lombard, 1993

N'est-ce pas lassant de dessiner tout le temps des décors de bureau ? Clifton offrait des ambiances plus variées.
Non, car je peux mettre beaucoup plus d'expression dans mes personnages avec Les Psy. Clifton était assez rigide. Le style british un peu coincé. Cela bloquait beaucoup mon dessin qui était devenu plus raide.

Raoul Cauvin vous donne ses scénarios sous forme dessinée. Bob de Groot travaillait aussi de cette manière...
Raoul me fournit, comme à tous ses dessinateurs, le scénario dessiné. Il a un style très personnel. Il a eu un moment une série dans le journal Spirou pour laquelle il assurait le dessin et le scénario. Il s'agissait d'une histoire d'araignée. C'est pour cela qu'il dessine une petite araignée sous sa signature lors des séances de dédicaces.
Bob travaille aussi de cette manière. Cependant, il apporte un soin plus important lorsqu'il "scénarise" un Léonard ou un Robin Dubois. Pour Clifton, il me donnait juste des croquis très rapides. Il y avait des moments où c'était vraiment n'importe quoi !

Comment Raoul Cauvin regarde-t-il votre travail ? Vous fait-il des remarques ?
Il regarde mes planches -comme celles de ses autres collaborateurs- avec beaucoup d'attention. Mais il reste très discret. Il ne veut pas jouer la vedette. Je n'interviens pas dans le scénario. De son côté, il ne s'immisce pas dans mon dessin. Il me dira bien qu'il n'aurait pas vu telle ou telle case de cette manière, mais sans plus. Il est très attentif au travail de ses dessinateurs. Il parvient à adapter ses scénarios aux styles et aux possibilités de chacun. La multiplicité de ses séries ne l'empêche pas de s'occuper de chacune d'elles avec le même soin.

Hugo : L'haleine de la bête
Hugo par Bédu
Extrait de "L"haleine de la bête"
Super Tintin n°22 © Lombard, 1983

Vous avez une longue carrière derrière vous et pourtant vous avez attendu longtemps avant d'avoir votre premier album au Lombard...
J'ai attendu une douzaine d'années avant d'avoir mon premier album. En fait, j'ai énormément travaillé pour le journal Tintin. J'avais un très bon contact avec la rédaction et cela ne me dérangeait pas de dessiner six planches pour la semaine passée. (Rires). Le problème était que tout ce matériel était inutilisable en album... Cela m'a appris à dessiner vite.

Vous avez d'abord publié quelques aventures de Hugo, un petit personnage évoluant dans un univers moyenâgeux...
Effectivement, mais l'éditeur n'a pas réellement poussé cette série. J'aurais peut-être dû la présenter chez Dupuis. A l'époque, Spirou touchait un plus large public que Tintin...

 
 
Page précédente
1
2
3
4
Page suivante
 
Copyright Auracan, 2001
Tous droits réservés
Contact: info@auracan.com