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Thomas - Merinho - Rochebrune (c) Muriel

Sur l'île imaginaire de Hampletown, la "Bluehope Compagny" propose un concours insensé : réaliser un navire capable de gagner une course contre son propre bateau. L'enjeu est d'importance : le gagnant deviendra le propriétaire de la compagnie. April Windowill, héritière d'une entreprise concurrente, engage Antoine Badden afin qu'il retrouve son frère, mystérieusement disparu avec les plans des voilures d'un navire révolutionnaire.

Rencontre avec les auteurs de Bluehope (Glénat) : Serge Meirinho au scénario, Thibaud de Rochebrune au dessin et Nadine Thomas à la couleur.

Réponses croisées…

Etude de personnage : April

Comment vous êtes-vous connus ? Et quels ont été vos parcours respectifs avant cette rencontre...
Serge Meirinho - Je suis né à Marseille, et c'est là que j'ai rencontré Nadine. Nous y étions tous les deux étudiants en arts appliqués. J'ai terminé mes études au Centre National de la Bande Dessinée à Angoulême, où j'ai rencontré Thibaud de Rochebrune par le biais d'amis communs, tout ce petit monde travaillant dans le dessin animé ou la bande dessinée. Après un passage de deux ans sur Paris en tant qu'infographiste dans la pub télé, je suis revenu sur Angoulême où j'ai intégré l'atelier Sanzot. Quelques mois et un projet BD refusé plus tard, j'ai rejoint la société de jeu vidéo Kalisto à Bordeaux où je vis toujours. C'est pendant cette période qu'avec Thibaud nous avons eu l'envie de monter un projet commun : Bluehope.
Nadine Thomas - Comme Serge vient de le dire, je viens de Marseille. J'y ai fait mes études avant de m'installer à Angoulême où j'ai trouvé un boulot de graphiste, logique étant donné ma formation axée sur la publicité. Mais très vite, je me suis aperçue que je n'étais pas faite pour ce milieu. J'ai profité de l'occasion qui m'a été donnée de faire mes armes dans le dessin animé en tant que gouacheuse, d'abord à IDDH puis à Tilt. C'est à cette période que j'ai rencontré Denis Bajram qui cherchait un coloriste pour la suite de Cryozone. Miraculeusement, l'essai a été accepté et j'ai donc décroché mon premier contrat qui m'a permis d'entrer à l'atelier Sanzot et profiter de l'expérience des auteurs présents. Ce séjour de quatre ans à Angoulême a été l'occasion de faire des rencontres autant amicales que professionnelles qui ont abouti à des collaborations. C'est le cas pour Thibaud bien sûr, mais aussi pour Algésiras ou Patrick Pion...
Thibaud de Rochebrune - Avant de rencontrer Serge et Nadine, j'ai passé quelques années aux Beaux-Arts d'Angoulême, dans l'ancien atelier Bande dessinée. J'y ai côtoyé des gens qui sont maintenant des auteurs confirmés, cela m'a permis d'évoluer de façon radicale dans mon dessin. Un véritable tremblement de terre ! Après l'atelier, j'ai fait mon service civil. En dernière année d'atelier, j'ai monté mon premier projet, une série de SF que j'ai peaufinée pendant que je faisais mon service... sans succès, puisque ça n'a pas intéressé d'éditeur. J'ai donc commencé à travailler dans le dessin animé, en revenant sur Angoulême, où beaucoup de boîtes commençaient à s'installer. J'y ai travaillé cinq ans, tout en continuant les projets BD. La rencontre avec Nadine et Serge s'est faite tout naturellement. Nous travaillions alors dans le même milieu. Nous sommes devenus amis, sans qu'il soit alors question de travailler ensemble. C'est venu plus tard, alors que Nadine avait déjà mis plusieurs albums en couleur et que je commençais un album pour la collection "Comics" des éditions Le Cycliste.

Et que vous a apporté cette première publication ?
TdR - Le Cycliste a sorti une collection de petits albums en noir et blanc, format comics. Celui sur lequel j'ai travaillé est le n°27, Les veneurs, avec Ebatbuok au scénario, une histoire de science fiction. En travaillant sur ce comics, je me suis retrouvé confronté pour la première fois au développement d'une narration sur un assez grand nombre de pages. Lorsqu'on travaillait nos sujets à l'atelier Bande dessinée d'Angoulême, il s'agissait en général d'histoires courtes, de 3 à 6 pages, et les dossiers que l'on adresse aux éditeurs n'en comporte en général pas plus. Un comics, c'est 24 pages, la moitié d'un album classique. C'est suffisamment long pour qu'on commence à appréhender les problèmes de rythme de narration. Et sur ce plan, j'avais aussi beaucoup de choses à apprendre ! Le travail m'a permis d'aborder Bluehope avec un bagage un peu plus conséquent. Ça a été une étape importante. Merci Pol, merci Ronan !

Bluehope - T2 - Extrait de la planche 1

Puis arrive le projet Bluehope
TdR - Il vient de plusieurs choses. Notre envie de travailler ensemble. Sans savoir sur quoi, mais ensemble. Ensuite, c'est aussi parce que chacun de nous a trouvé quelque chose, dans l'univers de l'autre, qui l'a intéressé. Suite aux échecs des projets précédents, j'avais envie de travailler sur un projet vraiment personnel. L'univers maritime du 19ème siècle, avec la fin de la marine à voile, l'essor technique des vapeurs me fascine depuis longtemps. Je n'osais pas franchir le pas, étant donné la masse de connaissances techniques qu'il me semblait indispensable de maîtriser avant de l'aborder. Si j'aime les grands voiliers, je n'y comprends pas grand chose, ni plus qu'à la navigation. Je suis un bon terrien, qui n'a jamais assez navigué pour avoir le mal de mer ! Avec en exemple des films comme ceux de Miyazaky, je voyais bien qu'on pouvait aborder un univers sans pour autant assommer son lecteur de considérations techniques, mais je m'en sentais incapable seul... J'ai donc proposé cette époque comme toile de fond à notre projet commun. Cette époque étant riche de découvertes, elle l'est aussi de savants et d'inventeurs géniaux. Et c'est aussi les débuts du roman noir, les débuts des héros intrépides... Serge pouvait donc aussi y trouver tous les éléments nécessaires à développer une intrigue à son goût, sans trop écorner mon obsession de la logique et du réalisme technique. C'est de ce mélange de nos deux envies qu'est né Bluehope.
SM - Au départ, nous avons décidé de mettre à plat, chacun de notre côté, nos envies, pour les confronter par la suite. Thibaud avait des ambiances, des images, des éléments qu'il aimait dessiner, des références, et la passion des bateaux du 19ème siècle. De mon côté, j'avais envie d'une intrigue à tiroirs, de personnages un peu troubles, d'une ambiance victorienne, d'un soupçon de science fiction et d'une enquête policière. Très rapidement, l'idée de la Régate s'est imposée, et Thibaud attendait, je crois, ce genre d'histoire. Après des heures de discussion, quelques bons repas, une bonne dizaine de versions et des remises en question, le projet Bluehope a vu le jour. Il ne restait plus qu'à envoyer les dossiers et croiser les doigts... Ce qui nous a surpris, c'est que nous avions envoyé les dossiers un vendredi, et que le mercredi suivant Jean-Claude Camano de chez Glénat appelait Thibaud pour prendre rendez-vous sur Paris. Nous n'y croyions pas ! Après avoir signé le contrat, on a attendu d'être dans la rue pour hurler comme des gamins ! Passé l'euphorie, il a fallu se mettre au boulot, et c'est là qu'on s'est vraiment rendu compte de l'ampleur de la tâche...
NT - Quant à moi, ayant été présente dès les prémices de Bluehope (j'ai notamment assisté aux discussions enflammées entre Thibaud et Serge au moment de l'élaboration du projet), je crois que c'est tout naturellement que Thibaud m'a proposé de faire ses couleurs. Je le soupçonne d'ailleurs de s'être dit que notre complicité lui permettrait d'interférer davantage dans le travail de la couleur qu'avec un autre coloriste ! Mais par la suite, fort heureusement, il s'est fait violence et n'en a jamais abusé !

 

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