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Serge, pouvez-vous nous présenter rapidement, sans rien dévoiler bien sûr, la trame des quatre tomes prévus ?
SM - Dans Bluehope, nous suivons les traces de l'inspecteur Antoine Badden qui enquête pour le compte de Miss April Windowill. La jeune femme doit participer à une régate exceptionnelle dont le prix est l'imposante compagnie d'armateurs Bluehope. Mais son frère a disparu avec les plans du navire dont elle doit être capitaine ! Cette régate représente pourtant l'ultime chance de sauver sa propre maison d'armateur qui connaît une grave crise financière... Autant dire que la tâche de nos héros ne sera pas simple. Entre trahisons, secrets de famille, faux-semblants et organisation mafieuse, ils vont se retrouver au centre d'une partie d'échec dont les pièces maîtresses ne seront dévoilées que lors de la régate. L'énigme du récit tourne autour des véritables motivations des personnages. Bluehope, c'est l'histoire d'un homme hanté par son passé qui est tiraillé entre deux choix totalement contradictoires. Jusqu'à la fin, il sera difficile de savoir vers quel coté de la balance il penchera...

Pourquoi votre série se déroule-t-elle dans un lieu imaginaire ?
SM - Notre choix était d'aborder le 19ème siècle, mais j'avais envie de pouvoir me détacher de l'Histoire pour m'affranchir des contraintes imposées par ce genre de récit. L'ambiance de cette époque m'intéressait davantage que les faits historiques. Il ne s'agissait pourtant pas de créer un monde parallèle, mais plutôt un espace de liberté s'inscrivant dans la réalité, avec un mélange victorien/far-west/oriental propice à l'aventure. C'est pour cette raison qu'Hampletown est née. Sur cette île, tout est possible puisque rien n'a été écrit dans les livres d'Histoire ! Et puis, si la "Régate du siècle" avait réellement existé, nous connaîtrions déjà le nom du vainqueur...

Etes-vous d'accord lorsqu'on qualifie Bluehope d'être un univers s'inscrivant dans une tradition ouverte par Jules Verne ?
SM -
Il y a effectivement à Hampletown des créations technologiques en avance sur leur temps. Mais toutes les machines que nous montrons dans Bluehope auraient pu théoriquement voir le jour à cette époque. Nous partons de ce principe : que se serait-il passé si les plus grands génies scientifiques de l'époque avaient pu travailler ensemble sans contraintes financières ? En ce sens, oui, Bluehope est un récit "à la Jules Verne" puisqu'il s'inscrit dans un 19ème siècle teinté de science fiction. Mais on peut également trouver des affinités avec les feuilletons du 19ème siècle comme Rocambole ou Les Habits Noirs, habités par des détectives intrépides, des méchants mystérieux, des complots démoniaques et un certain esprit "super héros". C'est un peu tout ça que nous avons eu envie d'aborder. Une fantaisie réaliste, en quelque sorte.

Thibaud, quelles ont été vos envies graphiques en créant Bluehope ?
TdR -
Ce serait me vanter que de dire que j'avais des envies graphiques en attaquant Bluehope. C'est ma première série en couleur, cela change beaucoup choses. Je suis donc parti sans contrainte particulière sur le plan graphique. Je me suis surtout posé des questions de mise en scène. L'ambiance de Bluehope nécessite une ambiance assez sombre, lourde, et c'est en travaillant beaucoup ses noirs que l'on retranscrit ça. Ombres projetées, contre-jours, modelés… Mais contrairement au comics du Cycliste, Bluehope est un album en couleur. Il ne faut donc pas noyer ses pages dans le noir, afin de profiter pleinement de la richesse de la couleur. Tout le problème était donc de poser les noirs suffisant à avoir un graphisme fort, sans handicaper la couleur et les ambiances de Nadine… Ce n'est pas un problème graphique très original, en fait, c'est même tout à fait basique. C'est pourtant le principal questionnement graphique que j'ai eu jusqu'à présent sur Bluehope. Mais bon, je finis seulement mon second tome ! Avant de me poser des contraintes graphiques, je veux d'abord régler de nombreux problèmes de dessin pur. Côté anatomie, justesse d'expression, dynamisme, niveau de détail, j'ai déjà beaucoup à penser !
NT- Du point de vue de la couleur, mon envie était de trouver un style, une technique autant qu'un choix de gammes propres à Bluehope, différentes de ce que j'avais pu faire jusque-là. Depuis le départ, nous voulions obtenir un aspect résolument moderne sans être pour autant trop froid, ceci en exploitant les atouts de la mise en couleur informatique tout en faisant en sorte d'éviter cet aspect lisse et glacé. J'ai été tout de suite enthousiasmée par l'histoire même qui évoque les années 1850, une ville métissée, à la fois colonie anglaise, ville du far-west et du Maghreb, une époque et des décors que je n'avais jamais traités. Cela voulait dire une nécessité de documentation historique, des recherches de lumières et d'atmosphères exotiques. Bref de la nouveauté ainsi qu'une part de rêve !

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