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Jean-Claude Laidin vu par Fernandez

Avec Prisonniers des Serbes, Yvan Fernandez (né en 1958) signe son premier album de bande dessinée. Pas tout à fait en vérité : assistant de Christian Denayer sur Alain Chevalier et Les Casseurs, il rejoint ensuite Eric Loutte, le dessinateur de Biggles, une série d'aviation créée par Francis Bergèse, lui-même repreneur des aventures de Buck Danny, une série signée Charlier. A l'image des figures acrobatiques de Tanguy et Laverdure, la boucle est ainsi bouclée ! Yvan Fernandez a bénéficié des conseils d'Albert Uderzo, le créateur graphique de la série. C'est Philippe Charlier, le fils du scénariste, qui a pensé au journaliste Jean-Claude Laidin (né en 1949) pour relever le défi d'écrire de nouvelles aventures des Chevaliers du Ciel. Il est vrai que l'homme est bien placé : grand reporter à TF1, il en est le spécialiste aéronautique.

Yvan Fernandez : autoportrait

Prisonniers des Serbes : extrait de la planche 1

Que représente pour vous la série Tanguy et Laverdure ?
Jean-Claude Laidin - Je suis entré dans l'armée de l'air grâce à cette série ! Quand je me suis retrouvé à l'armée à l'âge de seize ans, j'ai eu l'impression d'avoir toujours connu cet univers tant la série de Charlier était précise. Plus tard, quand je suis entré à la télévision, c'était pour être journaliste, comme Tintin, l'autre bande dessinée que je lisais enfant.
Yvan Fernandez - Dans ma jeunesse, je ne manquais aucun des épisodes de la série télévisée. Je suis venu à la bande dessinée ensuite, dans les pages de Pilote. Cet univers m'a tout de suite fait accrocher, d'autant plus que mon père voulait devenir pilote de chasse pour aller "dégommer" les avions de le légion Condor. L'aviation est une passion qui se transmet souvent de père en fils.

Comment vous êtes-vous retrouvés aux commandes des nouvelles aventures des Chevaliers du Ciel ?
JCL- Peu après le décès de Jean-Michel Charlier, son fils Philippe avec qui je travaille et qui connaît ma passion pour l'aéronautique, m'a demandé de jeter un œil à divers scénarii qu'il recevait. Peu à peu, de ce rôle d'expert technique, je me suis mis à écrire un synopsis en 1995. Je n'avais jusque-là jamais fait de bande dessinée, mais j'avais une expérience dans le cinéma. Il a d'abord été question que je travaille avec un scénariste expérimenté, mais très vite, Philippe Charlier m'a demandé d'écrire un découpage. Une fois réalisé, il l'a présenté à Bergèse et Uderzo pour avoir leur avis. Puis Yvan Fernandez nous a rejoint…
YF - De fin 1979 à 1994, j'ai été l'assistant de Christian Denayer. Dany et Eric Loutte ont également fait appel à mes services pour réaliser quelques décors et avions. Pendant longtemps, je ne me sentais pas prêt à assumer seul une série. Je crois que le moment est venu avec cette reprise.
Tanguy et Laverdure - T19: Prisonniers des Serbes

Et comment vous-êtes vous connu ?
JCL- C'est Philippe Charlier qui nous a présenté. J'ai tout de suite été impressionné par le talent qu'a Yvan pour dessiner des avions. Très vite, je lui ai confié l'intégralité du découpage de Prisonniers des Serbes pour qu'il se mette au travail.

N'est-il pas trop difficile de reprendre une série qui a marqué votre enfance ?
YF - A douze ans, si on m'avait dit que je dessinerai cette série, j'aurai crié au fou ! J'ai abordé cette reprise avec la peur de mal faire.
JCL- C'est avec beaucoup de joie et d'étonnement que j'anime ces personnages. J'ai lu et relu maintes fois les albums écrits par Charlier. J'ai cherché à garder son esprit en m'inspirant de mon expérience dans l'armée de l'air où j'étais instructeur parachutiste et pilote. Avec Yvan, nous avons voulu retrouver l'ambiance des premiers albums.
YF - Je ne me suis pas focalisé sur le style d'Albert Uderzo. Mais comme tout dessinateur, je suis influencé par certains prédécesseurs…
Prisonniers des Serbes : extrait de la planche 4

Avez-vous connu Jean-Michel Charlier ?
JCL- Oui, nous travaillions tous les deux à TF1. Il y faisait ses fameux Dossiers noirs. Il m'avait d'ailleurs offert un album dédicacé le jour où je lui ai avoué qu'il était responsable de mon engagement dans l'armée de l'air. Ça a été un immense honneur de lui succéder mais ce n'est pas évident. Je n'ai pas ses extraordinaires talents d'invention.
YF - Je n'ai malheureusement pas connu Charlier. En revanche, j'ai rencontré Albert Uderzo. Après avoir regardé mon travail, il m'a mis en garde en me disant que j'allais perdre ma vue à être trop méticuleux ! Il est vrai que je passe trop de temps à fignoler mes planches… au désespoir de mon scénariste et de mon éditeur ! Tanguy et Laverdure est une série très difficile à dessiner : il faut être très réaliste, très technique. Heureusement, j'ai beaucoup de documentation, j'en échange aussi avec Francis Bergèse et Eric Loutte. La couleur est aussi une difficulté. Bergèse m'a conseillé Jocelyne Charrance. Je l'ai énormément fait souffrir en la noyant d'indications. Elle a le grand mérite de m'avoir supporté !

Dans le nouvel album, nous retrouvons Tanguy et Laverdure militaires alors qu'on les avait laissé barbouzes…
JCL- Dans l'armée, lorsqu'on commet une erreur, on punit puis on élève. Ils étaient barbouzes, les voici réintégrés. Pour cette nouvelle histoire, je me suis inspiré de faits réels qui se sont déroulés en Yougoslavie. J'ai repris des situations dont j'ai été témoin, j'ai revécu des joies, des peines aussi. L'actualité m'a servi de support : on les retrouve en plein conflit, d'abord en Italie puisque les décollages se faisaient de la base d'Istrana, puis en Serbie. J'ai essayé de condenser en une aventure de quelques jours plusieurs anecdotes qui ont existées, là-bas ou ailleurs.
Prisonniers des Serbes : extrait de la planche 3

A qui destinez-vous cet album ?
JCL- Aux jeunes ! Je n'ai pas trop d'inquiétudes en ce qui concerne ceux qui apprécient déjà Tanguy et Laverdure. Je pense que tous les pilotes peuvent se reconnaître dans ces personnages. Mais mon histoire va-t-elle plaire à des lecteurs plus jeunes ? Je ne sais pas, mais cela me ferait vraiment plaisir. J'espère pouvoir les faire rêver…

Prisonniers des Serbes : extrait de la planche 4

Etes-vous prêts pour un nouvel album ?
YF - J'ai hâte de dessiner le prochain. Mais il va falloir que j'aille "un peu plus vite" !
JCL- Un second synopsis est déjà écrit. On devrait retrouver nos héros en Guyane, dans une base équipée de nombreux hélicos qui protégent les tirs de fusées… Les avions de la chasse française y passent une fois par an quand ils se rendent au Nevada faire des essais de tirs chez les Américains. Tanguy et Laverdure seront évidemment du voyage…


Propos recueillis par Brieg F. Haslé en juin 2002
Reproduction interdite sans autorisation des Editions Dargaud
© Dargaud 2002

Illustrations extraites de Tanguy et Laverdure - T19: Prisonniers des Serbes © Laidin, Fernandez, Dargaud

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