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Léo

Né à Rio de Janeiro, le brésilien Léo vit aujourd’hui une consécration toute méritée. Sa première bande dessinée voit le jour au cours des années 1970. Découvrant la BD européenne dans les pages de Métal Hurlant et Pilote, il décide de tout quitter pour tenter sa chance.

Installé en France depuis 1981, il ne débute réellement sa carrière d’auteur qu’en 1991, lorsque Rodolphe lui confie le dessin de la série Trent.

A partir de 1993, Léo bouleverse la BD de science-fiction en créant Aldébaran et Bételgeuse.

A l’heure où il s’apprête à clore Bételgeuse et à lancer Antarès, nouveau cycle des Mondes d’Aldébaran, nous vous proposons une rencontre avec cet auteur inclassable qui signe également les séries Kenya avec Rodolphe et Dexter London pour Sergio Garcia.

Je vous propose de faire le tour de votre actualité…
J’ai récemment publié le quatrième tome de Bételgeuse qui s’appelle Les Cavernes. Ce n’est pas une série facile à résumer. Il s’agit de la colonisation d’une planète où se présentent des problèmes : des événements incompréhensibles ont provoqué la mort de la plupart des colons et la rupture de toute communication. Sur Bételgeuse, le lecteur accompagne Kim, le personnage principal que nous connaissons depuis le premier cycle, Aldébaran. Elle est envoyée sur Bételgeuse pour essayer de savoir ce qui s’est passé et y découvre tous les déboires de cette colonisation ratée.

Une colonisation ratée car deux camps se sont formés…
Oui, ces deux camps divergent sur un point bien précis : est-ce que les « iums », ces animaux semblables à des pandas, ont-ils un niveau d’intelligence supérieur, comme les humains ? Si la réponse est positive, la charte de l’ONU interdit que Bételgeuse soit colonisée. Kim va devoir prendre position. Elle va devoir aussi tenter de comprendre ce que fait une « Mantrisse » sur Bételgeuse, cette bête si mystérieuse qui habite les océans d’Aldébaran. D’ailleurs, dans Les Cavernes, on en apprend un peu plus sur cette fameuse « Mantrisse », mais les révélations finales auront lieu dans le cinquième tome. Je vais enfin expliquer ce qu’est la « Mantrisse » !

Ce second cycle sera-t-il constitué de cinq tomes comme c’était le cas d’Aldébaran ?
Oui, l’expérience du premier cycle m’a montré que c’était une bonne taille pour raconter une histoire relativement complexe, sans être trop longue. Je ne veux pas que mes lecteurs attendent dix ans pour connaître la fin. C’est un format que j’aime bien, il permet également de faire des intégrales de chaque cycle en regroupant dans un même album les cinq épisodes.

Avez-vous prévu un troisième cycle ?
Oui, bien sûr, j’en prépare un nouveau. Il s’appellera Antarès

Vous cessez donc de suivre l’ordre alphabétique : Aldébaran , Bételgeuse…
C’était vraiment par hasard ! Je recherche des sonorités qui me plaisent dans la liste des noms d’étoiles. Ce sera aussi un cycle de cinq volumes. J’ai envie de faire évoluer la série vers quelque chose de plus complexe, d’un peu différent. Nous retrouverons le personnage de Kim mêlée à de nouveaux problèmes dans une nouvelle planète cette fois bien différente de la Terre, avec une faune et une flore très bizarres.

Avec Aldébaran, nous avons découvert votre étonnante imagination pour créer des animaux…
Disons qu’Aldébaran est ma série naturelle, la plus personnelle, celle que je voulais faire depuis longtemps : une série réaliste se déroulant dans un futur assez proche et sur une planète pas trop différente de la Terre. On y trouverait une ambiance semblable à celle du Brésil, avec un climat tropical, chaud, à la végétation verdoyante. La touche exotique, extraterrestre, viendrait de quelques plantes étranges ici et là et, surtout, de la faune composée d’animaux bizarres. Cela permettait de montrer, tout de suite, que nous étions dans une planète autre que la Terre.

Comment créez-vous ces animaux ?
Je ne sais pas ! Ils naissent de mon imagination. Je feuillette des livres sur les animaux préhistoriques ou sur les insectes et je retiens certaines formes. C’est assez inconscient comme création. J’aime bien les insectes : ils ont des formes différentes, incroyables. En reprenant ces formes d’animaux minuscules pour créer des bêtes très grandes, cela les rend bizarres, effrayantes. Je ne crois pas que j’invente beaucoup, je prends des choses différentes et les assemble. Je m’efforce de faire des animaux crédibles, qui pourrait exister.

Aldébaran , Bételgeuse, et bientôt Antarès : il s’agit vraiment de votre grand projet…
Il s’agit en effet de mon projet, de mon histoire. Mais au départ je ne savais pas qu’il allait prendre une telle importance, avec plusieurs cycles de plusieurs tomes. J’ai essayé de faire ma propre série en arrivant en France, mais ça n’a pas marché. A l’époque, mon projet n’était pas encore abouti. J’avais de nombreuses idées, mais ce n’était pas suffisant pour lancer une série. Heureusement est apparu Rodolphe avec qui j’ai fait Trent, chez Dargaud.

Comment avez-vous rencontré Rodolphe ?
Il est venu me chercher. Il avait le projet d’une histoire qui se passait dans une prison. Il a pensé à moi car j’avais fait une petite histoire vraie qui se déroulait dans une prison. Il m’a appelé : je le connaissais de nom, je connaissais ses albums, cela m’a vraiment étonné qu’il pense à moi ! Nous avons préparé ce projet, mais ça n’a pas marché. Puis est venu Trent, un personnage qui m’a tout de suite plu : le Canada, la veste rouge, la neige…

On est loin du Brésil…
Tout à fait, c’est justement pour ça que Trent m’a plu, c’était un défi pour moi de dessiner cet univers. Après huit tomes, nous avons interrompu Trent sans pour autant arrêter la série. Nous avons commencé Kenya en pensant pouvoir faire des nouveaux épisodes de Trent en alternance avec ceux de Kenya. Mais Kenya marchant très bien, nous n’avons pas envie de faire un break pour le moment.

Puisque vous en parlez, évoquons Kenya. Alors que vos lecteurs attendaient la suite de Bételgeuse, vous sortez cette nouvelle série avec Rodolphe…
J’arrive à faire deux albums en quatorze mois. J’ai toujours pensé qu’il fallait laisser un peu de temps entre deux tomes d’une même série. Pour le lecteur comme pour l’auteur, il faut laisser du temps, pour avoir du recul entre deux épisodes. Sortir tous les six mois un tome ne me semble pas être une bonne chose. Ce serait trop rapide. Quand je termine un album, je suis encore totalement dedans, je suis très fatigué. C’est impossible d’écrire la suite dans la foulée. J’avais donc le temps de faire une nouvelle série.

Est-ce que Kenya était aussi le moyen pour vous de retravailler avec Rodolphe ?
Non, il n’y a pas eu d’interruption dans notre collaboration. Pour Trent, nous nous voyions régulièrement. On déjeunait souvent ensemble. Un jour, on s’est dit qu’on était déjà au huitième tome de Trent et que nous pourrions faire un break, pour souffler un peu. Nous avons alors lancé, comme ça, nos envies sur le type d’histoire, l’époque, les personnages. Et petit à petit nous sommes arrivés à l’idée centrale de Kenya : une histoire qui se passerait au Kenya, après la deuxième guerre et qui aurait comme personnage principal une femme. Et, surtout, une histoire qui mélangerait des apparitions d’animaux préhistoriques et de soucoupes volantes…

… sur fond de safari africain ! C’est une histoire étonnante…
Je l’espère !


Extrait de Kenya T2
© Léo, Rodolphe, Dargaud

L’accueil de Kenya est bon, non ?
Oui, c’est une série qui marche très bien. Ça m’a surpris d’ailleurs. C’est très différent de Bételgeuse et de Trent. Nous ne savions pas comment les lecteurs allaient réagir. Il n’y a pas tellement de logique dans le succès d’une BD. Parfois d’excellentes histoires ne marchent pas du tout, sans qu’on comprenne pourquoi.

Quand paraîtra le troisième tome de Kenya ?
En juin 2004 si tout se passe bien. J’ai de quoi m’occuper entre le dessin de cet album, l’écriture du dernier tome de Bételgeuse, la préparation d’Antarès pour laquelle je commence à prendre des notes, à faire des recherches. Comme on en parle déjà sur la couverture des albums, ça commence à m’angoisser énormément ! Qu’est-ce que je vais raconter ? Heureusement, quand je suis en train de dessiner un album, j’ai tout le temps de penser à mes autres projets.

Vous écrivez également une autre série, en tant que scénariste cette fois-ci…
C’est une expérience très intéressante. Je ne pensais pas être capable d’écrire pour un autre dessinateur. C’est la première fois que je fais cela. C’est arrivé par hasard. Je connaissais le travail de Sergio Garcia, sa série Géographie martienne qu’il faisait chez Dargaud Benelux. J’adorais son dessin et trouvais hyper dommage que cette série ne marche pas. J’ai dit à l’éditeur qu’il ne fallait pas le laisser tomber, que c’était un excellent dessinateur, qu’il fallait lui trouver autre chose, peut-être lui proposer un scénariste… Et l’éditeur m’a répondu de lui écrire quelque chose ! J’ai hésité au départ, mais l’éditeur a insisté, Sergio aussi. On se connaissait déjà et je parle un peu d’espagnol, ce qui facilitait les choses. J’ai fini par accepter et la série est ainsi née. Dexter London comprendra trois tomes. Sergio est professeur de bande dessinée à Barcelone, il ne travaille donc pas à plein temps sur la série.

Extrait de Dexter London T2
Extrait de Dexter London T2 © Garcia, Léo, Dargaud

Comment cette série a-t-elle été accueillie ?
Disons que l’accueil est normal, sans plus. Les lecteurs ont été déroutés, je crois, de voir le dessin de Sergio dans un album signé Léo. Les critiques sont toutes bonnes, mais les ventes restent normales.

C’est une consécration d’écrire pour d’autres ?
Je ne sais pas. C’est vrai que cela m’a touché, cette confiance de la part de Dargaud. Je prends beaucoup de plaisir à écrire pour une autre personne.

Vous arrive-t-il de vous retourner sur votre parcours, depuis vos premiers travaux publiés au Brésil à votre actuelle réussite ?
Bien sûr. J’ai récemment fait une exposition à Bruxelles : on m’a demandé de montrer aussi des choses anciennes. J’ai retrouvé ce que je faisais alors que j’habitais encore au Brésil. C’est impressionnant de voir combien le temps a passé vite ! Vous savez, au départ, quand j’ai commencé, c’était l’incertitude totale, je n’étais sûr de rien.

C’était un rêve d’être publié en France ?
Oui, vraiment. Mes débuts en bande dessinée ont été laborieux. Quand j’ai commencé à pouvoir vivre de la BD grâce à la série Trent, c’était déjà quelque chose d’énorme pour moi ! Après, de pouvoir réaliser Aldébaran, de voir que la série plait, d’être sollicité par les journalistes… c’est incroyable ! C’est fantastique de réaliser son rêve.

J’imagine que vous ne préparez pas autre chose ?…
Non, pour le moment, j’ai largement de quoi faire ! Je travaille trop, parfois sept jours par semaine, c’est fatiguant ! Je dessine surtout en début de journée, c’est la période où je suis plus performant côté dessin. J’écris mes scénarios plutôt en fin de journée, et pendant les jours de pause, surtout entre un album et autre.

Propos recueillis par Brieg F. Haslé, en janvier 2004
Copyright © Auracan.com, 2004
Illustrations : © Léo, Dargaud 2004
Portrait de l’auteur © Rita Scaglia / Dargaud.
Tous mes remerciements à Isabel Ribeiro et Hélène Werlé.
Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation préalable

Du même auteur:

Bételgeuse T4
Trent - T8
Kenya T1
Dexter London T1

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