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Eric Maltaite

Fils du grand Will, Eric Maltaite s'est rapidement détaché de l'ombre de son père en créant avec Stephen Desberg, l'agent secret 421. Au fil des albums, son style graphique s'est détaché du classicisme de l'école de Marcinelle, pour devenir plus poétique et sensuel...

L'auteur nous revient aujourd'hui avec une nouvelle série, Zambada, et de délicieux one-shots érotiques…

Depuis l'arrêt de la série 421, en 1992, vous menez une carrière disparate, sans véritable fil conducteur…
L'interruption de cette série résulte d'une volonté. Je ne m'y sentais plus à l'aise. De plus, Desberg et moi commencions à sérieusement nous fatiguer face à la mauvaise volonté de l'éditeur à poursuivre la publication. Au vu des chiffres de vente, le commercial était prêt à continuer, mais ça coinçait du côté de l'éditorial. Donc nous avons arrêté. Je me suis alors demandé quels étaient les domaines qui m'intéressaient. J'ai toujours apprécié dessiner des filles dévêtues. J'y ai pris goût en réalisant mon apprentissage à l'Académie de Boitsfort. Nous devions reproduire sur papier les courbes de modèles vivants. L'arrêt de 421 fut donc l'occasion rêvée pour me lancer dans cette voie. Robinsonne et les 1001 Nuits de Shérérazade sont l'aboutissement de mes envies. Parallèlement à cela, j'ai dessiné un bon nombre de planches humoristiques pour le journal de Spirou…

Pourquoi avoir opté pour des changements aussi différents ? 421 alliait le classicisme à l'aventure…
La routine ! Il n'y a rien de pire pour un dessinateur que d'explorer le même sillon, sans jamais se remettre en question. Bien entendu, le public apprécie une certaine stabilité de l'auteur. La meilleure preuve, les premiers tomes d'une série se vendent mieux que les one-shot ! Mais le dessinateur se doit également d'avoir une démarche d'auteur, c'est à dire se renouveler pour mieux surprendre son lecteur…

Morgane Angel

Le site internet qui vous est consacré présente des planches de Morgane Angel
Il me restait encore quelques voies inexplorées à développer dans l'univers de l'espionnage et de l'aventure. J'espérais réaliser au travers de Morgane Angel mes envies de courbes sensuelles et déliées ainsi que mon penchant pour l'humour noir. Je comptais scénariser ces aventures moi-même, mais je ne dois pas m'être montré assez convaincant pour que le projet aboutisse. En un sens c'est mieux ainsi, car j'avais démarré Morgane un peu à la légère. Par la suite, j'ai fait d'autres tentatives auprès des éditeurs et c'est au fur et à mesure des refus (polis) essuyés que j'ai peu à peu appris à construire mes histoires. Le métier de scénariste n'est pas aussi facile qu'il puisse paraître, même pour un dessinateur comme moi, avec vingt ans d'expérience dans la partie.

Extrait de Robinsonne (c) Maltaite, Albin Michel

Vous réalisez vos propres scénarii pour ces différents one-shots coquins…
La raison en est simple: je voulais m'offrir plus de liberté graphique. Je peux amener l'histoire vers un but bien précis, rien que pour retranscrire, sur le papier, une envie. Le scénariste, même si je lui en fais la demande, ne modifiera pas toujours le récit pour me faire plaisir… Et puis, je dois bien vous avouer que j'ai demandé à différents amis scénaristes de m'écrire une histoire érotique. C'est assez amusant car même les plus coquins d'entre eux ont peur de traiter ce type de sujet. Ils nourrissent sans doute certaines craintes que le lecteur fasse un amalgame entre le contenu du livre et les fantasmes de l'auteur. Le scénariste n'est pas totalement maître de l'histoire. Il me serait facile de faire basculer une scène érotique en pornographique, si je le désirais…

D'où vous est venue l'idée de traiter le conte des Mille et une nuits sous une forme érotique ?
Je suis attiré par le côté baroque de l'Orient. Je me suis même rendu quelques fois au Maroc… J'avais entendu dire que Les Mille et une nuits contenaient des chapitres érotiques, traitant également des relations entre les hommes et les femmes. C'est assez étonnant, car on associe ces récits comme étant des histoires pour enfants… Ma bande dessinée est à peine une interprétation du conte. Je suis resté fidèle à l'histoire originelle, même si j'y ai rajouté de l'humour…

Quelles techniques graphiques avez-vous utilisés pour cet album ?
J'encre les avant-plans à la plume. Les décors sont simplement crayonnés. Ensuite, je colorie directement mes planches avec de l'aquarelle… Cette technique est moins astreignante par rapport aux bleus, où il faut parfois attendre un mois avant de voir revenir les calques de chez l'éditeur. Avec les bleus, on perd donc la fraîcheur, la créativité et l'impulsion du moment.

Les 1001 Nuits de Schéhérazade est dédié à votre père…
Mon père avait lu Robinsonne, mon précédent one-shot, chez Albin Michel. Il y avait adoré mon style graphique et m'a incité à continuer dans cette voie. Je me réjouissais de lui montrer ce nouvel album. Mais il est malheureusement décédé avant que je puisse lui dévoiler les premières planches de Schéhérazade.

Avez-vous supervisé la réalisation de L'Arbre des deux printemps, l'album hommage qui est paru aux éditions du Lombard…
Non. Nous avons fait une entière confiance à Rudi Miel quant à la direction graphique de l'album. La famille Maltaite est juste intervenue pour donner des noms des dessinateurs, amis de mon père. J'ai été fort surpris de voir que chacun d'eux a donné le meilleur de lui-même dans le livre. Chacune des planches constitue une continuité des premières, réalisées par mon père.

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