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Rafael Moralès

Successeur désigné par le Maître pour poursuivre les aventures du célèbre Alix, Rafael Moralès nous fait le plaisir de répondre à nos questions. Entre le lourd héritage que Jacques Martin lui lègue et la responsabilité de ne pas trahir les nombreux lecteurs du romain le plus célèbre de la bande dessinée, Rafael Moralès revient sur sa collaboration avec Martin et nous parle d'avenir alors que certains ont trop rapidement enterré Alix, série mythique de l'école franco-belge.

Alix - Le Dernier Spartiate

Enfant, étiez-vous un lecteur de l'œuvre de Jacques Martin ?
Oui, mais pas tout enfant. J'ai commencé à lire les ouvrages de Jacques Martin vers onze-douze ans. Avant, je lisais des bandes dessinées plus humoristiques comme Astérix, Tintin, Spirou. Alix est venu un peu plus tard. Je faisais du latin à l'école, aimais beaucoup l'histoire, m'intéressais à l'Antiquité. J'ai découvert Alix en voyant la couverture du Dernier Spartiate à la bibliothèque de mon collège. J'ai été marqué par cette couverture où Alix est sur la défensive, dos au mur entouré de lances. Cela m'a intrigué, j'ai emprunté l'album. Puis j'ai lu toute la collection dans la foulée !

C'est Alix qui vous a donné envie de dessiner ?
Oui, mais j'étais fan de toutes sortes de bandes dessinées. J'ai des goûts très éclectiques allant de Buck Danny au Vagabond des Limbes en passant par des ouvrages de Tardi ou Moebius. Depuis que je fais moi-même des bandes dessinées, j'en lis de moins en moins.

Quand avez commencé à collaborer avec Jacques Martin ?
J'ai été engagé par Jacques Martin à 18 ans comme assistant. Il n'était alors pas question que je dessine Alix. C'était avant ses problèmes de vue. Il m'avait engagé pour réaliser des décors, des lettrages. J'ai commencé par travailler sur certains décors de la fin du Cheval de Troie. Puis j'ai un peu travaillé sur un album d'illustrations, le premier tome de L'Odyssée d'Alix. Ensuite, Jacques Martin a créé la collection des Voyages d'Orion qui est devenue Les Voyages d'Alix. Je me suis alors consacré à l'Egypte. J'en ai réalisé deux albums. Il m'a ensuite demandé de l'assister sur les décors de Ô Alexandrie, le vingtième Alix. Avec lui et Marc Henniquiau, nous avons achevé ensemble cet album.

Costumes égyptiens, extraits de L'Egypte (1)

Vous avez ainsi acquis votre formation en travaillant à ses côtés…
Oui, exactement. Nous avons également fait ensemble d'autres travaux, plus parallèles comme Le Tombeau de Toutankhamon, un album d'images à découper chez un éditeur de Clermont-Ferrand. A l'origine, il souhaitait créer une nouvelle série que j'aurais dessinée. Ce projet, au nom générique de Evan, se passe à l'époque de l'impératrice Sissi sous l'empire austro-hongrois à la fin du 19e siècle. Mais les autres travaux en cours ont empêché que cela se fasse.

Quand Jacques Martin vous a-t-il proposé de reprendre le dessin d'Alix ?
Puisque j'avais réalisé le premier tome de L'Egypte, et comme l'album Ô Alexandrie se déroulait dans ce pays, il m'a proposé d'en réaliser les décors. Quand il a eu ses problèmes de vue, je l'ai terminé avec lui en participant également au dessin des personnages.

Les Barbares - Encrage de la couverture

Puis vient l'album Les Barbares
Comme il m'a demandé de le réaliser tout seul, cela a été plus long. C'est pour cette raison que j'ai mis deux années à le faire. J'ai eu du mal au début, d'ailleurs cela se voit : les premières planches sont moins bonnes que celles de la fin de l'album.

Comment cela se passe-t-il avec Martin ? Dessine-t-il encore ?
Oui, il prépare d'abord le scénario sur des feuilles A4, réalise le découpage, puis reprend les dessins sur une planche et fait des croquis de mise en place au crayon. J'interviens alors en reprenant ses croquis sur une autre feuille, je les améliore, et réalise le crayonné jusqu'à ce qu'il soit impeccable. Je lui montre alors mon travail, il me demande des corrections, puis j'encre l'ensemble.

Vous respectez scrupuleusement sa mise en place ?
Tout à fait. Il me laisse parfois libre en ce qui concerne certains décors. Il met en place le découpage, l'action, les séquences du récit. Il me laisse de plus en plus de liberté.

Recherche pour la couverture de La Chute d'Icare

Comment avez-vous réagi à la sortie des Barbares, en voyant votre nom en couverture, en vous retrouvant ainsi co-auteur d'Alix ?
Ce n'est pas quand l'album est sorti que cela m'a marqué mais au début, quand j'ai commencé à le dessiner. Ça a été difficile, il y avait le poids de la responsabilité. C'est vrai que j'ai eu du mal au début. Une fois l'album terminé, on ne pense pas à sa sortie, mais au prochain. Les critiques ont été assez bonnes pour Les Barbares, je m'en suis assez bien sorti dans l'ensemble, et l'album a bien marché. Je ne crois pas avoir trop déçu les lecteurs d'Alix.

Vous avez donc pu continuer sereinement…
Oui, mais entre temps, j'ai réalisé un second tome sur l'Egypte ancienne dans la collection des Voyages d'Alix qui est paru en 2000. J'ai ensuite enchaîné sur La Chute d'Icare.

Entre Les Barbares et La Chute d'Icare, votre dessin a nettement progressé…
J'essaye de l'améliorer. Si ce n'était pas le cas, je me poserais des questions, j'arrêterais. L'éditeur est content, le public a l'air d'aimer… Ca m'encourage à continuer.

A propos de la continuation de la série, vous êtes maintenant désigné comme le repreneur d'Alix
Certes, mais il peut toujours se passer des choses. Je pense continuer Alix. Jacques Martin a plusieurs scénarios d'écrits. Ils sont à l'état de synopsis parce qu'il aime bien partir d'une idée et écrire les planches au fur et à mesure. Il n'hésite pas à modifier des séquences en cours de route, à ajouter des idées de dernière minute. S'il venait à disparaître, il laisserait des scénarios sous forme de synopsis. Ce serait alors à moi de les développer.

Extrait du crayonné de la planche 36, de la Chute d'Icare

Vous vous en sentez capable ?
Bien sûr, j'en ai envie. Il ne s'agirait pas à proprement parler d'inventer un scénario, mais de développer ses histoires. Je pourrais y apporter des éléments comme je le fais déjà avec lui. Je dis souvent que je ne suis pas Jacques Martin. J'essaye de me rapprocher au maximum de son personnage.

Vous apprenez ainsi l'écriture à ses côtés…
Je travaille avec lui depuis douze ans, je connais sa façon de travailler, il me fait confiance aussi. Nous relisons ses textes ensemble, les peaufinons. Je désire surtout respecter l'esprit de la série. Je ne le pousse à mettre des scènes de coucheries toutes les deux pages pour être à la mode ! Il faut absolument rester dans la lignée de la série.

Comment réagissez-vous quand on dit que les actuelles histoires de Jacques Martin s'appauvrissent ?
C'est à chacun de juger, mais je ne suis pas d'accord. Comme il le dit lui-même, on ne peut pas être au top en permanence. Je le pousse à revenir à des récits d'aventures, à redonner plus de mouvement aux histoires, plutôt que d'écrire des histoires de complots plus statiques. Je vois les histoires d'Alix comme des récits à la Michel Strogoff, aventureux, riches de rebondissements. Les avis divergent aussi parce que Jacques Martin écrit des histoires très différentes à chaque tome.

 
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