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Patrice Pellerin

Le très attendu cinquième tome des aventures de Yann de Kermeur, alias L'Epervier, vient de paraître. Patrice Pellerin, auteur de cette superbe saga d'aventures maritimes se déroulant au 18e siècle, nous fait le plaisir de revenir sur cet album, de se pencher sur son travail et de nous confier ses projets…

Le Trésor du Mahury, cinquième tome de L'Epervier, vient de sortir. Comment le présenterais-tu à tes lecteurs ?
On retrouve Yann dans un nouveau décor. Après la Bretagne dans les trois premiers albums, après la mer dans le quatrième, l'action se déroule en Guyane. C'est un environnement totalement différent. Yann lui-même n'est plus pareil : il est en chemise, pieds nus. Je voulais le montrer dans des attitudes moins sophistiquées et donner une vision de son enfance puisqu'il a grandi en Guyane.

D'où te vient l'idée d'envoyer ce corsaire breton dans ces contrées plus exotiques ?
En 1987, j'ai été invité en Guyane par Yannick Le Roux, un professeur d'arts plastiques fan de bande dessinée et qui souhaitait exposer les travaux d'auteurs de BD. Beaucoup de dessinateurs avaient décliné l'offre pour diverses raisons -le climat, les petites bêtes…- moi, j'ai accepté. J'y suis resté une dizaine de jours pour découvrir le pays. C'était l'époque des premières fouilles archéologiques qui se sont révélées être un vivier de sources totalement inexploitées. Je suis resté en relation avec Yannick Le Roux, et suis retourné plusieurs fois en Guyane. En 1987, alors que je finissais le dessin de mon deuxième Barbe-Rouge, j'en avais déjà parlé à Jean-Michel Charlier qui était intéressé d'envoyer Barbe-Rouge en Guyane. Quand Charlier est mort et que j'ai créé L'Epervier, je savais dès le début que Yann irait en Guyane.

Tu as restitué en dessin les découvertes archéologiques de Yannick Le Roux…
En 1990, des fouilles ont eu lieu au lycée de Cayenne et une habitation du 18e siècle a été mise à jour. Je suis allé sur place en faire la reconstitution. Cela a donné lieu à une publication. Cette demeure apparaît dans le dernier album d'ailleurs. Ensuite, ces archéologues ont fouillé l'habitation des jésuites de Loyola dont j'ai fait la première reconstitution dans Le Trésor du Mahury.

La documentation t'est-elle indispensable comme support à tes dessins, ou n'y a-t-il pas un jeu de ta part de nous montrer des lieux inédits ?
Cela vient de mes débuts. J'ai commencé par l'illustration historique avant de faire de la bande dessinée. Je travaillais avec de grands historiens et archéologues. Ainsi, l'habitude de réaliser des dessins très précis est venue. Dans ce genre d'illustrations, chaque détail compte. Et cela permet de dessiner des choses originales…

Comment réagissent des historiens face à tes dessins ?
Bien. Par exemple, pour Cayenne, c'est vraiment la première fois qu'on la voit restituée dans son état du 18e siècle. Pour la bonne raison qu'il n'existe qu'un seul dessin de Nicolas Ozanne montrant l'extérieur de Cayenne, et une peinture en montrant l'intérieur. Pour la reconstituer, il a fallu travailler sur les plans, sur les textes, sur les mesures des géomètres. Yannick Le Roux a même réalisé spécialement pour moi un plan relief de Cayenne qui est désormais exposé au Musée Franconie après avoir été présenté à Paris au Musée des Plans Reliefs des Invalides et au Sénat.

Evoquons maintenant l'histoire proprement dite. Yann de Kermeur, qui est toujours accusé de crime, finira-t-il par se dépêtrer de sa situation ?
Oui, bien sûr (rires) ! Au terme du prochain album qui marquera la fin du cycle, on va revenir en Bretagne, au point de départ. Une bonne partie des choses vont être résolue… Mais certains aspects vont rester dans l'ombre. Parce que, en effet, il y aura un second cycle. Mon éditeur a souhaité que la série continue.

Au départ, tu ne pensais réaliser que cette première histoire ?…
J'ai commencé la série en feuilletoniste, sans écrire tout le scénario. Je ne savais pas vraiment où j'allais. Je pensais pouvoir faire comme Charlier (rires). Puis j'ai construit mon histoire sur six albums, en écrivant le scénario de chaque tome avant de le dessiner. Mais aujourd'hui, une fois que cette première histoire sera conclue, j'ai envie de continuer.

Initialement, ce cycle devait tenir en cinq volumes…
En effet, mais en cours de route, j'ai ajouté à mon histoire la partie en mer dans Captives à bord, le quatrième tome. J'ai réalisé que je racontais l'histoire d'un marin qui était toujours à terre ! Il fallait qu'il ait un comportement de marin. Je n'aurais pas pu réaliser cette partie maritime au début de la série n'ayant alors pas assez de documentation sur les frégates. A chaque fois que j'ai besoin de documentation sur un type spécifique de navire, Jean Boudriot sort une monographie appropriée.

C'est à croire que tu lui passes commande…
Non, pas du tout ! C'est absolument miraculeux ! Ainsi, j'ai pu montrer L'Epervier à l'œuvre après avoir dit qu'il était un bon marin.

On a l'impression que tu prends de plus en plus de goût pour l'écriture. Ce cinquième tome est plus dense…
Et encore, j'ai beaucoup coupé. Cette série n'est pas seulement une série d'aventures. J'ai besoin de parler de diverses choses : de l'esclavage, de la Guyane. La difficulté est de bien doser ces différents éléments. Par exemple, voulant montrer Cayenne, je n'ai pas envoyé Yann directement à la poursuite de son bateau. Je fonctionne d'abord en tant que dessinateur. Avant chaque album, je dresse une liste des lieux ou des choses que je souhaite dessiner, puis je pioche dedans.

Mais cela peut être dangereux de favoriser ainsi le dessin au détriment de l'intrigue…
Ça peut l'être. Il faut arriver à trouver le juste équilibre, afin que l'histoire ne soit pas un prétexte. On se doit d'être cohérent par rapport au récit. Aujourd'hui, je suis un peu plus scénariste et prends garde de ne pas sacrifier l'histoire et le comportement des personnages au simple plaisir de dessiner. Les lecteurs sont surtout intéressés par l'histoire, le reste doit rester en arrière plan.

Ex-Libris pour la librairie Raspoutine
 
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