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Ex-Libris pour la Boutique du Bédéphage

Avec du recul, comment regardes-tu les premiers tomes ?
Dans le second, par exemple, je voulais montrer un chantier naval et j'ai dessiné cinq planches s'y déroulant. Un album de 46 pages est tellement court qu'aujourd'hui je calibre plus mes albums en dosant ce genre de scènes et celles indispensables à la progression du récit.

Parlons du prochain tome…
Il s'appellera Les Larmes de Tlaloc. Il sera plus dur au niveau de l'atmosphère, un peu plus violent peut-être. Mais je reste suggestif… Il se déroulera dans les marais de Guyane, avec un rapide passage à Cayenne puis le retour en Bretagne. J'en ai écrit un peu plus de la moitié, et je sais bien évidemment comment il se termine ! Je sais qui meurt, qui survit… Lors des dédicaces, c'est très plaisant d'entendre les supputations des lecteurs !

Yann de Kermeur va donc rentrer en Bretagne à la fin du prochain volume. Et ensuite ?
L'éditeur et les lecteurs voulaient que je continue. Je me suis rendu également compte que je ne m'ennuyais pas sur cette série. J'ai le désir de montrer de nouveau la Bretagne. C'est le point d'encrage de Yann. De plus, je dispose de nouveaux documents sur la ville de Brest et sa région, sur le Château du Taureau en baie de Morlaix… Et il se trouve que les archéologues qui travaillent en Guyane sont Québécois. Ils ont insisté pour que L'Epervier s'y rende. Et comme je ne suis jamais allé au Québec… pour l'instant (rires). Ce nouveau cycle sera plus court, en trois volumes probablement, et se déroulera à Brest et au Québec. J'ai aussi envie de dessiner une grande bataille navale ! Le fait d'avoir déjà six volumes d'existants, on pourra se permettre d'avancer plus vite dans l'histoire. Les personnages ont plus de consistance, de caractère.

Claude Gendrot dans le rôle d'un jésuite

Tu ne crains pas une confusion entre ce prochain cycle au Québec et la série Plume aux Vents de Juillard et Cothias ?
Non, j'espère que les lecteurs comprendront qu'il y a près de 150 ans d'écart entre les deux séries. Je ne montrerai pas d'Indiens. Juillard l'a très bien fait. Et si j'en montre, ce ne seront pas les mêmes. Dans Plume aux Vents, Québec se résume à la simple maison de Champlain entourée d'une palissade en bois. Dans mes prochains albums, on verra des églises, un fort, un port… On pourra mettre côte à côte le Québec dessiné par Juillard et le mien, et constater que ça n'a plus rien à voir…

Tu t'amuses à représenter des personnes existantes dans tes albums…
Oui, dans le quatrième tome, ma fille est passagère, mon fils moussaillon et j'ai donné le nom de mon ami Claude Le Gallo à un marin blessé à Ténériffe. Dans Le Trésor du Mahury, l'un des jésuites a les traits de Claude Gendrot, mon directeur de collection, anticlérical notoire (rires) ! Je vais le faire de plus en plus, cela m'amuse et me permet d'améliorer la différenciation entre les personnages. Je ne fais pas assez d'études préparatoires et suis conscient que certains physiques se ressemblent trop. Pour les albums à venir, je vais essayer de trouver des modèles réels.

Cela fait près de neuf années que tu vis en compagnie de L'Epervier. Tu ne ressens aucune lassitude à son égard ?…
La lassitude ne vient pas parce qu'à chaque nouvel album, je me lance un nouveau défi : nouvel univers, nouveau lieu, nouvel éclairage… Pour chaque album, je dois rechercher une nouvelle documentation, modifier l'aspect et les vêtements de mes personnages.

Aucune envie de t'échapper de cette série pour faire autre chose ?
J'ai deux projets qui me taraudent. La Planète perdue est une histoire d'héroïc-fantasy et de SF commencée en 1984 que je souhaite traiter d'une manière très réaliste avec la même rigueur que pour L'Epervier. Depuis 1984, de nombreuses séries d'héroïc-fantasy ont vu le jour, mais heureusement rien ne se rattache à La Planète perdue. J'en ai dessiné 32 planches… Et puis j'aimerai aussi travailler sur le Moyen-Âge. Déjà Charlier m'avait promis un scénario. C'est un domaine que j'ai un peu abordé en écrivant les trois premiers tomes des Aigles décapitées avec Jean-Charles Kraehn, mais je n'étais que scénariste. Chez Dupuis, j'ai aussi la possibilité de faire des one-shots dans la collection "Aire Libre". Mais pour cela, il me faudrait trouver une histoire très forte. Une série permet de diluer les éléments à la différence des récits en un ou deux volumes. Je ne suis pas encore assez mûr pour le moment…

Ex-Libris pour la Librairie Espace BD

 

Comment réagis-tu face au grand succès que tu rencontres aujourd'hui ?
Mais il ne faut pas oublier que j'ai commencé avec Barbe-Rouge. Je n'ai jamais connu d'années de galères. A ma première séance de dédicaces, j'étais entouré de Jean Giraud et de Jean-Michel Charlier ! J'ai tout de suite débuté par la grande porte. Quand Jean-Michel est mort et que j'ai créé ma petite série, je me suis dit que je redémarrais à zéro. Mais L'Epervier a marché tout de suite ! Le premier tome a été tiré à 22.000 exemplaires en français. Dupuis a été bénéficiaire dès ce premier album. C'était encourageant…

Et face à ton actuelle médiatisation…
Il est vrai que jusqu'à maintenant, je n'ai pas été médiatisé car mon dessin est classique. On préfère parler de ceux qui recherchent l'originalité. A mon avis, ma série est originale mais pas là où l'on la cherche. Elle l'est dans ce souci du détail, dans le fait de montrer des lieux qui n'ont jamais été vus. Des dessinateurs classiques, comme Juillard ou Bourgeon, ont mis un temps fou avant d'être connus. Nous ne sommes pas à la mode et tant mieux. Ce qui me fait plaisir, c'est d'être lu par des gens très différents, très larges, du gamin à l'amiral !

Pour conclure, peux-tu nous donner quelques éléments que l'on découvrira dans le sixième et prochain tome ?
Sans rien dévoiler alors… Yann va devoir faire un choix entre Marion et Mademoiselle de Kermellec, c'est sûr ! Quoique, je peux aussi induire en erreur mes lecteurs… Le fait d'écrire des histoires classiques permet de mener en bateau le lecteur, au propre comme au figuré. Dans les marais de Guyane, nous verrons une chasse au caïman… Ce sera un album plus glauque, humide, sous la pluie. Il se conclura sur le retour en Bretagne qui sera très rapide et finira à l'endroit où le cycle a débuté, au Manoir de Kermellec.

 
 
Affiche pour le Bédéthon 2001 (c) Pellerin
Propos recueillis par Brieg F. Haslé en décembre 2001, © Auracan - 2002
Reproduction interdite sans autorisation préalable.
Illustrations © Pellerin, Dupuis
 
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