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Vous travaillez actuellement sur un one-shot
avec Yves Sente pour scénariste. Peut-on en savoir
plus ?
La première chose, c'est que je ne peux pas révéler
l'identité du scénariste. (Rires).
C'est un contexte complètement différent
de Thorgal. J'utilise par conséquent un
moyen d'expression plus pictural, car le sujet se déroule
dans le courant du 19e siècle, à Paris,
dans le milieu de l'art, avec ses marchands et ses galeries.
Il y est aussi question d'un procès. Donc, une
partie de l'histoire se passe dans un tribunal. On trouve
du mystère, du suspense, avec certains éléments
de l'Histoire de la Pologne et quelques-uns de celle
de la Belgique. Je réfléchis à
la manière de rendre au mieux le climat du récit,
qui devrait s'approcher de la littérature française
de l'époque, comme Alexandre Dumas et Victor
Hugo. C'est classique, avec une narration très
lisible. Mais j'utilise des moyens un peu diversifiés.
Notamment au niveau du format des planches qui est différent
de celui que j'adopte habituellement.
On a l'impression que chaque "one-shot"
est prétexte à une expérimentation
graphique. Pour Le Grand Pouvoir du Chninkel,
vous aviez travaillé en noir et blanc. Pour Western,
vous avez expérimenté la technique de
la couleur directe.
C'est tout à fait exact. Je ne peux expérimenter
que dans ce genre de récit, car dans une série,
le fidèle lecteur s'attend à voir son
héros dans un univers graphique constant. Et
je ne veux pas le trahir, ni le dérouter. Pour
le scénariste, l'exercice est différent.
Il doit sans cesse trouver de nouvelles idées.
Dans le cadre de Thorgal, les histoires peuvent
aller dans diverses directions : la mythologie comme
Au-delà des Ombres, le western médiéval
comme Les Archers, le thriller fantastique comme
Alinoé, le voyage, etc...
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Quand on regarde l'évolution graphique
de Thorgal, le dessin semble moins fignolé, plus
enlevé, finalement plus proche d'un croquis poussé.
Vous travaillez d'ailleurs directement à l'encre
sur la planche...
J'essaie d'éviter tout crayonné, car rien
n'est plus ennuyeux que de recopier ses propres dessins.
C'est plus spontané, mais vous perdez
en précision.
Je suis très content que vous me dites cela.
Pour moi, la bande dessinée, c'est avant tout
de la lecture. On lit le texte et on absorbe l'histoire.
On ne se concentre pas sur les détails. Beaucoup
de dessinateurs de bande dessinée travaillent
avec précision. Or, dans le cinéma, on
évite cela en mettant du flou dans l'arrière-plan,
en se focalisant sur les choses essentielles. Je préfère
adopter cette méthode de travail. Car chaque
détail inutile rompt la perception et nuit à
la lecture. Il faut guider le lecteur et pas le distraire
avec des éléments superflus. Il faut garder
un rythme de lecture. De plus, comme on dessine sur
une planche d'un format plus grand que celui de publication,
il y a beaucoup de traits qui disparaissent à
la réduction et on n'obtient plus l'effet voulu.
Je préfère préparer la matière
de manière à donner ce que je veux une
fois que le dessin est réduit. Si je dessine
le feuillage d'un arbre, par exemple, je ne travaille
pas feuille par feuille. Cela manque de vie et d'expression.
Je traite la texture organique, ce qui rend l'atmosphère
de l'arbre.
Vous voulez dire que si on travaille trop en
détail, on perd l'essentiel. C'est agréable
à regarder, mais on perd en fluidité de
lecture...
Mon objectif est de traduire de la littérature
en langage visuel. Si vous mettez tout au net, tout
en évidence, cela devient une sorte de papier
peint. Je considère que la manière idéale
de travailler est de permettre au lecteur de créer
sa perception. Il faut laisser une place à son
imagination. Je préfère, par exemple,
cacher un élément dans l'ombre, pour laisser
deviner sa présence, que de le dessiner entièrement.
Cela apporte une touche de mystère...
Evidemment ! Cela apporte un plus grand plaisir de lecture.
On se sent beaucoup mieux absorbé par l'histoire.
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