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Cette
rencontre avec Le Tendre vous a ensuite permis de concrétiser
une vieille envie
Après les trois tomes de Takuan, série que
j'appréciais mais que je n'avais pas créé,
nous avons lancé Chinaman, qui fait réellement
mon bonheur. Il s'agit d'un projet que j'avais dans mes cartons
depuis déjà quelques années et que je voulais
initialement monter avec ma femme Chantal. Mais mes relations
avec Serge était si agréables que je me suis fait
un devoir de lui proposer de continuer à travailler ensemble.
Ainsi, nous avons réécrit à trois la série
et il en assure toute la mise en forme. C'est lui qui agence les
différentes séquences, écrit les dialogues
en résumé, il apporte la vie à l'histoire.
Sans lui, votre projet aurait-il pris une forme différente
? A-t-il apporté des idées auxquelles vous n'aviez
pas pensé ?
C'est certain qu'il a énormément apporté.
Et c'était le but de la manuvre. On était
parti du postulat qu'on remettait tout à plat, et qu'on
réécrivait tout à trois, d'où de nombreux
changements au final.
Serge et vous vivez éloignés géographiquement.
Comment faites-vous pour élaborer vos histoires ?
Quand vient le moment de réfléchir à l'album
suivant, nous nous réunissons tous autour d'une table,
et c'est l'occasion pour nous de passer quelques jours ensemble
en toute amitié à "rêver" l'histoire
suivante. C'est très enthousiasmant et dans le même
temps très épuisant, car cela demande de l'énergie
et un minimum de concentration. Pour le suivi de l'histoire, la
collaboration reste possible grâce au téléphone
et surtout au fax, grande invention, qui est maintenant en passe
d'être détrônée par le courrier électronique,
très pratique dans ce métier.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas votre héros,
comment le présenteriez-vous ?
Chen est d'origine chinoise et quand il débarque à
San Francisco dans les années 1850, il est au service,
en tant qu'homme de main chargé des basses uvres,
d'un membre très influent des triades de Canton. Pour diverses
raisons, il coupera volontairement les liens qui l'unissent à
son maître et se retrouvera seul, sur ce nouveau continent,
à la lisière entre deux cultures, celle des blancs
et celle de ses anciens frères. Ce sont ses pérégrinations
que l'on va suivre au fil des albums.
La tradition du western, que ce soit au cinéma ou
en bande dessinée, donne toujours les mêmes rôles
aux Chinois : restaurateurs, blanchisseurs, ouvriers du chemins
de fer parfois
Avez-vous cherché à casser
ce stéréotype ?
En fait, j'avais envie de faire découvrir au public,
qui l'ignorait, l'existence à cette époque de Chinois
aux Etats Unis, en dehors des traditionnels cow-boys et indiens,
mais également leurs activités et conditions de
vie. Mais ce n'est en aucun cas un cours d'histoire mais plutôt
un hommage à tous ces émigrants qui venaient de
l'autre bout du monde.
Etant vous-même d'origine asiatique, quels messages
cherchez-vous à faire passer avec cette série ?
Je n'ai pas de message, je me fais simplement plaisir en racontant
des histoires que j'aurais aimé lire en tant que lecteur.
Cette série me permet de renouer avec mes racines même
si je ne suis pas d'origine chinoise mais vietnamienne, mais vu
d'ici ces deux pays sont très proches. Et puis, d'après
ce qu'en m'a dit mon père, notre nom de famille a des origines
chinoises
il faut dire que les invasions ont été
nombreuses.
Du
fait même du personnage principal, il y a une grande place
donnée aux arts martiaux dans les scènes d'action.
Envie ou contrainte ?
Cette série part principalement de mon envie de
raconter un western, mon genre préféré quand
j'étais tout jeune garçon, et d'y mêler une
orientation asiatique comme expliqué précédemment.
C'est un aspect de la culture asiatique que j'ai toujours adoré,
ayant moi-même pratiqué des arts martiaux bien plus
jeune et étant également grand amateur de films
d'action en provenance presque essentiellement de Hong Kong. J'ai
d'ailleurs dédié le premier album de Chinaman
à deux cinéastes dont j'apprécie le travail
: Tsui Hark qui est à l'origine des Histoires de fantômes
chinois et de Il était une fois en Chine, et
Chang Cheh, un cinéaste dont le plus gros de la production
remonte aux années 60-70, et qui racontait des histoires
admirablement tragiques, riches de sentiments d'honneur et d'esprit
chevaleresque, à la mode chinoise bien sûr !
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