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Vous avez suivi les cours en BD à l'Institut
Saint-Luc de Bruxelles. Qu'est qui vous a poussé à entreprendre
des études artistiques orientées vers la bande dessinée ?
L'idée de faire de la bande dessinée doit avoir germé dans ma tête
vers l'âge de 8 ans. Depuis, j'en ai toujours rêvé. A force de lire
au dos de mes albums préférés que leur auteur (Andréas, Hislaire,
les frères Schuiten, entre autres) était passé par les cours de
bande dessinée de St-Luc, j'ai décidé après le bac, en accord avec
mes parents, de poursuivre mes études là-bas.
N'était-ce pas plus simple de poursuivre
ce genre d'études en France ?
A l'époque de mon choix, il n'y avait pas d'écoles spécialisées
en France. Il y avait bien des écoles de beaux-arts qui proposaient
un cours de BD dans leur programme, ou qui disposaient d'un atelier
consacré à la bande dessinée, mais on n'y trouvait pas de section
entièrement consacrée à cela. Mon choix s'est donc porté tout naturellement
sur St-Luc à Bruxelles.
A l'heure du multimédia, la bande dessinée
n'est pas forcément le créneau le plus rémunérateur pour un illustrateur.
C'est un peu un défi de ce lancer ainsi dans la réalisation d'une
BD...
Il y a beaucoup de facteurs qui sont nécessaires pour arriver à
réaliser un album. Il a fallu de la chance, le soutien de mon entourage
et beaucoup de ténacité. Il est certain qu'il est possible de gagner
plus d'argent dans d'autres domaines, mais il faut savoir ce que
l'on veut dans la vie... Je suis très heureux de pouvoir vivre de
la BD, je ne pouvais espérer mieux.
Qu'est-ce qui vous a poussé plus particulièrement
à dessiner le scénario de Ada Enigma?
Avant même de m'intéresser à l'intrigue, je me suis laissé séduire
par le ton général de l'histoire. Ce mélange d'humour, avec les
deux Anglais qui sont complètement incapables de mener leur enquête,
et d'univers fantastique, qui sert de trame au récit. L'approche
que François a faite des personnages m'a accroché.
Le líeu a-t-il eu également une importance
dans le choix du scénario ?
Dans tous les projets que François Maingoval m'a proposés, on retrouvait
un univers exotique. Donc le fait que l'histoire se déroule au Caire
n'a pas particulièrement influencé mon choix. Actuellement, je travaille
sur un récit qui a pour cadre l'Indonésie. Cela fait autant travailler
mon imaginaire.
Je suppose que François a senti, en voyant les quelques dessins
que je lui avait envoyés, que je ne serais pas à l'aise dans un
environnement réaliste et contemporain. C'est donc naturellement
qu'il s'est orienté vers des récits inspirés de ses propres voyages
et situés dans une époque plus ancienne.
Vous avez aussi participé à l'élaboration
du scénario. Comment cela s'est-il passé ?
Au départ, je n'avais pas le scénario complet. François l'a terminé
alors que j'étais à la moitié de l'album. J'ai donc pu interagir
avec le scénario pendant toute la première partie de la réalisation
des planches. J'ai fourni quelques suggestions. François a fait
le tri en écrivant la suite du récit.
Nous avons rarement eu de longues discussions. Il me fournissait
un premier jet. Je lui donnais mon sentiment et il peaufinait en
fonction de mes commentaires.
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Comment effectuez-vous les recherches
de personnages ?
Pour l'héroïne, je me suis inspiré de ma compagne. Les autres personnages
proviennent de mon imagination. En lisant le scénario, j'ai une
image qui se crée en tête et j'essaie de la reproduire sur le papier.
C'est semblable à ce qui se passe quand on lit un roman: on imagine
la physionomie des protagonistes.
Mais c'est toujours sur la planche finale que le personnage prend
vie. Il arrive que j'obtienne quelque chose de complètement différent
des croquis préparatoires.
Au départ, votre projet était destiné
à un format d'album classique. La collection Carrément BD, comme
son nom l'indique, est de format carré 30 x 30 cm. Ce format a-t-il
changé quelque chose dans votre manière de découper les planches
?
C'est difficile à dire. Je m'y suis tout de suite senti à l'aise.
Sans doute parce que c'est mon premier album et que je n'ai pas
pris d'habitude avec un autre format. Cela procure plus de liberté.
Le jour où je devrai revenir à un format traditionnel, je serai
vraisemblablement un peu frustré.
Le format de la collection Carrément BD me correspond assez bien
car j'essaie d'inciter le lecteur à un rythme de lecture assez lent,
assez contemplatif... tout en restant dans l'histoire. Le format
carré est propice à cela.
Il y a tout de même une certaine originalité
dans la mise en page, puisque certaines pages en vis-à-vis ont une
disposition des cases semblable...
C'est un peu une coquetterie. Mais c'est très agréable de pouvoir
tenter ce genre de choses. Surtout sur un tel format. Cela prend
beaucoup plus de force que sur un format habituel. J'avais envie
de privilégier la vue d'ensemble. En plus, cela peut être intéressant
d'un point de vue narratif de jouer avec cette symétrie. Cela sera
plus le cas dans le deuxième tome que dans le premier...
Propos recueillis par
Marc Carlot, le 24 octobre 2000.
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