Extrait de la planche 11

Vous avez suivi les cours en BD à l'Institut Saint-Luc de Bruxelles. Qu'est qui vous a poussé à entreprendre des études artistiques orientées vers la bande dessinée ?
L'idée de faire de la bande dessinée doit avoir germé dans ma tête vers l'âge de 8 ans. Depuis, j'en ai toujours rêvé. A force de lire au dos de mes albums préférés que leur auteur (Andréas, Hislaire, les frères Schuiten, entre autres) était passé par les cours de bande dessinée de St-Luc, j'ai décidé après le bac, en accord avec mes parents, de poursuivre mes études là-bas.

N'était-ce pas plus simple de poursuivre ce genre d'études en France ?
A l'époque de mon choix, il n'y avait pas d'écoles spécialisées en France. Il y avait bien des écoles de beaux-arts qui proposaient un cours de BD dans leur programme, ou qui disposaient d'un atelier consacré à la bande dessinée, mais on n'y trouvait pas de section entièrement consacrée à cela. Mon choix s'est donc porté tout naturellement sur St-Luc à Bruxelles.

A l'heure du multimédia, la bande dessinée n'est pas forcément le créneau le plus rémunérateur pour un illustrateur. C'est un peu un défi de ce lancer ainsi dans la réalisation d'une BD...
Il y a beaucoup de facteurs qui sont nécessaires pour arriver à réaliser un album. Il a fallu de la chance, le soutien de mon entourage et beaucoup de ténacité. Il est certain qu'il est possible de gagner plus d'argent dans d'autres domaines, mais il faut savoir ce que l'on veut dans la vie... Je suis très heureux de pouvoir vivre de la BD, je ne pouvais espérer mieux.

Dalguir - Etude de personnage

Qu'est-ce qui vous a poussé plus particulièrement à dessiner le scénario de Ada Enigma?
Avant même de m'intéresser à l'intrigue, je me suis laissé séduire par le ton général de l'histoire. Ce mélange d'humour, avec les deux Anglais qui sont complètement incapables de mener leur enquête, et d'univers fantastique, qui sert de trame au récit. L'approche que François a faite des personnages m'a accroché.

Le líeu a-t-il eu également une importance dans le choix du scénario ?
Dans tous les projets que François Maingoval m'a proposés, on retrouvait un univers exotique. Donc le fait que l'histoire se déroule au Caire n'a pas particulièrement influencé mon choix. Actuellement, je travaille sur un récit qui a pour cadre l'Indonésie. Cela fait autant travailler mon imaginaire.
Je suppose que François a senti, en voyant les quelques dessins que je lui avait envoyés, que je ne serais pas à l'aise dans un environnement réaliste et contemporain. C'est donc naturellement qu'il s'est orienté vers des récits inspirés de ses propres voyages et situés dans une époque plus ancienne.

Vous avez aussi participé à l'élaboration du scénario. Comment cela s'est-il passé ?
Au départ, je n'avais pas le scénario complet. François l'a terminé alors que j'étais à la moitié de l'album. J'ai donc pu interagir avec le scénario pendant toute la première partie de la réalisation des planches. J'ai fourni quelques suggestions. François a fait le tri en écrivant la suite du récit.
Nous avons rarement eu de longues discussions. Il me fournissait un premier jet. Je lui donnais mon sentiment et il peaufinait en fonction de mes commentaires.

Ada Ellington - Etude de personnage

Comment effectuez-vous les recherches de personnages ?
Pour l'héroïne, je me suis inspiré de ma compagne. Les autres personnages proviennent de mon imagination. En lisant le scénario, j'ai une image qui se crée en tête et j'essaie de la reproduire sur le papier. C'est semblable à ce qui se passe quand on lit un roman: on imagine la physionomie des protagonistes.
Mais c'est toujours sur la planche finale que le personnage prend vie. Il arrive que j'obtienne quelque chose de complètement différent des croquis préparatoires.

Au départ, votre projet était destiné à un format d'album classique. La collection Carrément BD, comme son nom l'indique, est de format carré 30 x 30 cm. Ce format a-t-il changé quelque chose dans votre manière de découper les planches ?
C'est difficile à dire. Je m'y suis tout de suite senti à l'aise. Sans doute parce que c'est mon premier album et que je n'ai pas pris d'habitude avec un autre format. Cela procure plus de liberté. Le jour où je devrai revenir à un format traditionnel, je serai vraisemblablement un peu frustré.
Le format de la collection Carrément BD me correspond assez bien car j'essaie d'inciter le lecteur à un rythme de lecture assez lent, assez contemplatif... tout en restant dans l'histoire. Le format carré est propice à cela.

Il y a tout de même une certaine originalité dans la mise en page, puisque certaines pages en vis-à-vis ont une disposition des cases semblable...
C'est un peu une coquetterie. Mais c'est très agréable de pouvoir tenter ce genre de choses. Surtout sur un tel format. Cela prend beaucoup plus de force que sur un format habituel. J'avais envie de privilégier la vue d'ensemble. En plus, cela peut être intéressant d'un point de vue narratif de jouer avec cette symétrie. Cela sera plus le cas dans le deuxième tome que dans le premier...

Extrait de la planche 20

Propos recueillis par Marc Carlot, le 24 octobre 2000.
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Illustrations © Dutreuil, Maingoval, Glénat

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