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Prestige de l'Uniforme, par Loo Hui Phang, Hugues Micol, collection Double Expresso (Dupuis)

Prestige de l'Uniforme

Scénario : Loo Hui Phang
Dessins : Hugues Micol
Couleurs : Ruby

Dupuis, collection Double Expresso

Paul Forvolino est un chercheur de niveau 4, autant le dire presque rien. Sa vie de famille, sa vie sociale n'existent pas ou de manière diffuse. Rien, trois fois rien. Toute son activité tourne autour du laboratoire pharmaceutique qui l'embauche. Il y est dévoué, corvéable à merci.
Car au fond de lui-même, Paul le sait, il est un faible à la disposition de ses supérieurs.

Reste sa passion pour les lichens. Au cours d'une de ces interminables expériences nocturnes, le laborantin se renverse par mégarde un mélange à base de lichen sur la main. S'opère alors une transformation irrémédiable : la fusion de sa chair avec cet être vivant très particulier. Le résultat est immédiat son corps change, son intelligence s'aguerrit, son énergie est décuplée. Tout semble en place pour une renaissance quelque peu douloureuse.

Loo Hui Phang fait de Paul Forvolino un nouvel héros. Loin des schémas peuplant les comics américains, elle fait de l'homme lichen un être rempli de sensibilité qui ne peut lutter contre sa vraie nature. Sa métamorphose, plutôt que de l'accomplir, le plonge dans une longue descente aux enfers, où après avoir été dévoué à sa boîte pharmaceutique, il se voit désormais pieds et poings liés à l'humanité qu'il se doit de surveiller, toujours au détriment de sa famille. Cette jeune scénariste nous offre là un récit étonnant donnant lieu à réfléchir sur la nature humaine. L'interprétation est plus complexe que le laisse croire une première lecture. Au travers l'existence de ce pauvre laborantin, l'homme ne semble pas être né pour libre. Tout plaisir individuel lui semble interdit. Il est et restera prisonnier de son environnement, de sa propre chair.

Quant aux dessins rêches d' Hugues Micol , ses portraits inquisiteurs et ses appels aux couleurs froides, ils nous renvoient à ce trouble résonnant en chacun d'entre nous : de qui sommes-nous tributaire ?

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Cristian
07/06/2005