Auracan » chroniques » Acqua Alta - Tome 1 & 2
Acqua Alta - Tome 1 & 2, par Daria Schmitt (Casterman)

Acqua Alta

Tome 1 & 2

Scénario, dessins et couleurs : Daria Schmitt

Casterman

Atlantide utopique

Sacrée performance : pour sa première publication dans le monde du 9e art, la jeune auteure Daria Schmitt signe chez Casterman un ambitieux diptyque de 140 pages qu’elle réalise intégralement. Inclassable et atypique, ce double album plonge au sens propre du terme dans les méandres d’une ville imaginaire inspirée par Venise et par l’Eau et les rêves de Gaston Bachelard mais dont l’histoire fait aussi penser au mythe de l’Atlantide. Ce cadre posé fait aussi immédiatement penser au monde surréaliste et aux univers architecturaux futuristes des Cités obscures de François Schuiten. Mais le titre qui évoque la marée à Venise, ou littéralement les hautes eaux, accentue aussi le suspense…

L’étrange ville lacustre Ultréquinoxe est en fait le théâtre d’un carnaval très spécial. Pendant les sept jours de la fête annuelle, il est possible de retrouver une personne disparue ou un être cher ou d’être tiré au sort pour devenir un citoyen permanent de la ville. Mais cette année, les jeunes appariteurs Luc et Matthieu ont été chargés par le Maire d’apporter une boîte cubique. Ce dernier qui régit la ville avec le prêcheur et le général craint que la commission étrangère qui accorde à la cité moyennant le paiement d’une concession son indépendance ne veuille la reprendre complètement. Son cube serait de nature à éviter cette issue dramatique… Or en chemin, les deux garçons sont expulsés du dirigeable devant les mener à destination. Pourront-ils parvenir à leur but ? La ville sera-t-elle sauvée ?

Acqua Alta T2En dix ans, Daria Schmitt a muri son projet qu’elle a mis trois ans à réaliser. Le résultat vaut absolument le détour. On est d’abord happé par le dessin surréaliste d’une incroyable douceur grâce à des couleurs qu’on verrait bien chez Enki Bilal. On est impressionné par l’imagination de cette ville fantastique qui se transforme sous nos yeux et dont le cheminement retrouve effectivement des accents de Peeters et Schuiten à commencer par le voyage en dirigeable. On est emporté par la mission des deux appariteurs et les conséquences imprévisibles sur la ville de leurs initiatives. On est alors pris par la réflexion. Ce double album alimente la réflexion sur le pouvoir, le destin, les bases de la civilisation avec l’importance du renouveau, du cycle, mais aussi les racines et des traditions.

Tout l’esprit pourrait se résumer
en le poisson ornant la ville initiale, signe de la source de vie, devenant un oiseau dans la ville nouvelle comme l’aspiration à l’élévation des hommes. A ne pas rater !

Partager sur FacebookPartager
Manuel F. Picaud


29/09/2010