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Octobre noir, par Didier Daeninckx, Mako (Ad Libris)

Octobre noir

Scénario : Didier Daeninckx
Dessins : Mako
Couleurs : Benjamin Stora

Ad Libris

17 octobre 1961- 50 ans de déni

Si le drame du métro Charonne, le 8 février 1962, conséquence d’une manifestation anticolonialiste réprimée par la police, est largement connu, il en est un que l’Etat France a toujours du mal à reconnaître, à admettre, le massacre d’Algériens le 17 octobre 1961, dont on a repêché les cadavres dans la Seine dans les semaines qui ont suivi. C’est à cette date noire de l’Histoire de France récente que s’attaquent Didier Daeninckx et Mako.

Au début des années 1960, la « Guerre d’Algérie » battait son plein. En 1961, Maurice Papon, bien connu pour avoir coécrit une autre page bien sombre de l’Histoire de France à Bordeaux, était préfet de Paris. Dans un contexte de positionnement et de rapports de forces des uns et des autres en vue de la sortie de la guerre – nous sommes à quelques mois seulement des Accords d’Evian, Maurice Papon impose un couvre-feu aux Français musulmans. La fédération française du Front de libération nationale (FLN) décide d’une manifestation, et, le jour dit, des milliers d’Algériens, hommes, femmes, enfants, quittent les cités dortoirs de banlieue pour le boulevard Bonne-Nouvelle à Paris, à proximité du cinéma Le Rex. Face à ces manifestants pacifiques – le FLN avait donné comme mot d’ordre de ne rien prendre qui puisse être considéré comme une arme –, les force de police chargent. Un véritable dérapage qui va conduire à plusieurs centaines d’arrestations, emprisonnements arbitraires, tabassage, plusieurs centaines d’Algériens torturés et jetés dans la Seine.

Cet album donne à voir le drame de l’intérieur. Un jeune doit choisir entre manifester, comme son père l’exige, et suivre son groupe de rock. Il choisira la seconde solution, alors que sa sœur, assignée à résidence par le père, ira, elle, manifester. Elle ne reviendra pas. C’est, en quelque sorte, à une petite histoire de cette histoire que les auteurs donnent vie. Une histoire humaine, simple, touchante, au cœur des événements de ce jour-là. Pas de fioritures, d’entourloupes, de grandiloquent, le tout particulièrement bien servi par le trait lourd, à l’ambiance sale, de Mako. Avec un petit côté « no future », désillusionné.

En postface, Didier Daeninckx revient sur le pourquoi de cet opus, évoquant des images de son enfance, et parlant longuement du cas de Fatima Bédar, partie manifester le 17 octobre et retrouvée dans la Seine le 31 octobre. Postface suivie de la liste des morts et disparus à Paris et dans la région parisienne établie par Jean-Luc Einaudi.

Cinquante ans après ce drame, un album qui donne à voir, à entendre, à reconnaître cette partie de notre histoire, comme l’ont déjà en partie racontée quelques films et livres. Dans la préface, Benjamin Stora : « Cette bande dessinée, forte, émouvante et érudite participe de la transmission mémorielle, essentielle pour comprendre le présent et définir les contours du futur de la société française. » A lire les commentaires postés sur les sites des quotidiens, notamment du Figaro, qui ont parlé des cérémonies à la mémoire des victimes du 17 octobre 1961, il reste encore du chemin, beaucoup de chemin, à faire.

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Mickael du Gouret

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