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Beowulf, par Garcia Santiago, David Rubin (Casterman)

Beowulf

Scénario : Garcia Santiago
Dessins et couleurs : David Rubin

Casterman

Le héros et les monstres

Autrefois exceptions, les adaptations d'oeuvres littéraires de tous genres en BD se sont multipliées ces dernières années. Il fallait cependant oser s'atteler à celle de Beowulf. Porté (et enjolivé) plusieurs fois à l'écran (par Robert Zemeckis, en "motion capture" notamment...), Beowulf est l'un des plus anciens textes anglo-saxons connu, probablement issu de la tradition orale. Ce poème épique contant les affrontements d'un guerrier devenu légendaire et de trois monstres, Grendel, sa mère et un dragon, a d'ailleurs été longuement étudié par J.R.R. Tolkien, et on peut sans doute en trouver l'inspiration dans certaines scènes du Seigneur des Anneaux et de Bilbo le Hobbit.

Garcia Santiago et David Rubin se distancient des influences cinématographiques pour en revenir au contenu du texte original. Dès lors, plus que leurs circonstances, ce sont véritablement les combats menés par ce guerrier sans peur face aux monstres qui constituent l'essentiel de ce roman graphique de 200 pages. Sur une trame très simple, les auteurs multiplient les trouvailles graphiques. Le découpage des planches est éclaté, extrêmement travaillé, et confère à chacune de celles-ci, au-delà de son rôle d'étape narrative, une identité propre. David Rubin y marie plusieurs influences. Le côté explosif, le dynamisme et la violence de ces combats titanesques évoque l'univers des comics, alors que certaines planches et les coups de zoom portés sur tel ou tel détail confèrent parfois à l'abstraction. Un procédé qui permet de ménager une petite respiration dans l'action et contribue à atténuer l'aspect répétitif de l'intrigue.

On ne parlera évidemment pas de délicatesse sur un tel thème. L'histoire est aussi sanguinolente que flamboyante, et le rouge constitue la couleur dominante d'un album que l'on imaginerait aisément accompagné d'une bande-son wagnérienne ou heavy métallique selon les goûts. Ultime pirouette, les 3 dernières planches, muettes, synthétisent à elles seules le lien entre le parchemin original de Beowulf et le livre que l'on se prépare à refermer. Une jolie façon de sortir de cet univers de démesure, et de reprendre pied - en douceur cette fois ! - dans notre quotidien. Étonnant !

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Pierre Burssens
14/05/2014