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Un bateau où le royaume des morts surpasse en puissance
le monde des vivants, incarné par un capitaine désorienté
et dépossédé de ses pouvoirs.
L'inaction, symbolisée par la lourde carcasse d'un
bateau et par un équipage de spectres pèse de
tout son poids sur les épaules du capitaine, démuni
et seul. Mais à cet univers glauque et inerte des bas-fonds
se superpose bientôt celui, plus riant, de la surface,
que Mlle Constance Imbroglio a investi : la rouille, la pénombre
et les machines laissent place à la lumière,
au luxe insolent des accessoires de plaisance que Mlle Constance
n'a pas hésité à déployer pour
organiser une petite sauterie masquée, dans laquelle
notre capitaine fait une irruption fracassante.
Ce bateau est celui de tous les mondes, des tous les univers,
qu'Olivier Supiot sait magistralement mettre en image. Si
les matelots-spectres ont quelque chose des créatures
expressionnistes de Munch, le pont du bateau revisité
par Mlle Imbroglio, raisonne comme une réminiscence
de la grande époque des croisières transatlantiques.
Constance ouvre ensuite les portes d'un autre monde à
l'infortuné capitaine, écho de l'Age d'Or de
la "fleur bleue" de Novalis, un des chefs de file
du mouvement romantique allemand, où les protagonistes
entrent en communion avec les éléments premiers
de la nature. Le retour dans un bal masqué sur le bateau
instaure une atmosphère où l'inquiétant
et le grotesque se côtoient, comme dans un conte d'Hoffmann.
Autant de planches, autant de mondes, voilà ce que
nous offrent Supiot et Omond en signant Le
Dérisoire, ouvrage riche en références
et en suggestions littéraires et artistiques, qui fait
la part belle à l'inventivité et à l'imagination
graphique comme scénaristique.
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