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L'Insurrection - Tome 1 : Avant l'Orage, par Marzena Sowa, Gawron, collection Aire libre (Dupuis)

L'Insurrection

Tome 1 : Avant l'Orage

Scénario : Marzena Sowa
Dessins et couleurs : Gawron

Dupuis, collection Aire libre

Le printemps de Varsovie

Alicja aime Edward, Krystyna va se marier... Ce serait un beau printemps si nous n'étions pas en 1944, à Varsovie, un an après l'écrasement du ghetto juif. La guerre va bientôt se terminer, mais personne ne le sait encore. Dans quelques semaines, le 1er août, la résistance polonaise déclenchera l'insurrection de la ville, dirigée contre les nazis, mais avec l'espoir de conserver la souveraineté de la Pologne face à l'avancée de l'armée rouge.

Après l'épatante et autobiographique Marzi et le plus sombre Embrassez qui vous voudrezMarzena Sowa choisit d'évoquer un nouveau chapitre de l'histoire de son pays dans l'Insurrection. Et on mesure, en lisant ce premier tome, Avant l'Orage, que la scénariste possède un style qui lui appartient vraiment.

En effet, elle s'attache, encore une fois à travers l'histoire de personnes ordinaires, à raconter ce soulèvement de la capitale polonaise. Alicja, Edward et Krystyna ne sont pas des héros. Ils sont jeunes, vivent leur histoire, leurs amours sur fond de guerre. Les parents d'Alicja font ce qu'ils peuvent pour préparer le mariage de leurs fille aînée, malgré les privations, les difficultés pour se procurer le simple nécessaire. La vie continue, avec, parfois, des allures de survie, à d'autres moments des aspects surréalistes. Marzena Sowa brosse le portrait de personnages rapidement attachants car simples et vrais, auxquels on peut s'identifier d'autant plus facilement. Et l'auteur fait aisément mouche en atteignant le lecteur au coeur, en jouant avec ses émotions.

Les images de Gawron (Krzysztof Gawronkiewicz) s'adaptent à ces leviers, passant d'une scène intimiste à une allégorie, s'attardant sur un élément de décor, ou sur la pluie qui tombe, avant de s'attarder sur des vues de la ville bombardée. Le dessinateur emploie de larges aplats noirs dans lesquels ses personnages s'estompent ou desquels ils se détachent. L'ensemble se déploie entre réalisme et expressionisme. Des particularités graphiques qui ne sont peut-être pas les plus faciles à appréhender, mais qui servent fort bien le récit et renforcent ses atmosphères. Ce type de démarche rappelle aussi combien la BD est un art.

Gawron et Sowa signent un album sensible dont le fond est aussi émouvant que la forme intéressante. Celui-ci séduira cependant probablement plus facilement les bédéphiles avertis que le lecteur occasionnel. Un petit dossier à caractère historique aurait pu judicieusement le complèter.


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Pierre Burssens

Du même scénariste :

N'embrassez pas qui vous voulez, par Marzena Sowa, Sandrine Revel

Pour en savoir plus : Pour découvrir les travaux du dessinateur

04/09/2014