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RASL - Tome 1 : La Dérive, par Jeff Smith, collection Contrebande (Delcourt)

RASL

Tome 1 : La Dérive

Scénario et dessins : Jeff Smith
Couleurs : Steve Hamaker et Tom Gaadt

Delcourt, collection Contrebande

L'art et la manière de vous dérouter

RASL est un voleur à part. Ancien scientifique, il a découvert une formule de Nikola Tesla qui lui permet de voyager dans les dimensions. Ce n'est pas sans danger : le retour n'est pas garanti, il souffre du voyage et si ça ne suffisait pas, un homme à face de lézard le poursuit. "Putain de façon de gagner sa croûte".

On avait laissé Jeff Smith sur la série de Bone. RASL en est l'antithèse. Les mondes qu'il nous propose sont déserts, pervertis et inhumains. À se demander si la déprime ne va pas nous guetter à la prochaine page. Nous n'exagérons pas ! L'ancien scientifique qu'était RASL a voulu la gloire, le pouvoir... Et maintenant il en paye le prix. Raconté avec des flash-back et des dimensions parallèles, le scénario de Jeff Smith tient bien la route, il ne perd pas le lecteur. Son propos, résolument adulte, n'est pas loin du nihilisme (l'humanité est pourrie, etc.). Seule raison de vivre de notre voleur : la passion qu'il accorde à une prostituée. Le rythme imposé par la narration s'accélère dans un tempo infernal jusqu'à la pause (?) finale de ce tome.

Le trait de Jeff Smith n'a pas changé, mais il en joue de manière différente. Des gros plans, des angles qui "tordent" la réalité, le lecteur ne sera pas à l'aise dans les univers de RASL. Seules les quelques présences féminines vont adoucir une case, une planche. Volontairement déroutant, le lecteur tente de se raccrocher à l'histoire, qui n'est pas rose non plus.

Cette nouvelle série porte bien le titre de ce premier tome : La Dérive. Où sommes nous ? RASL est-il vraiment le héros ? Déroutant visuellement, l'auteur réussit le tour ne force de nous accrocher jusqu'à la fin. Une réussite narrative et technique. Le nouveau Jeff Smith est arrivé et on en redemande !

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Hervé Beilvaire
22/09/2014