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Yallah Bye, par Joseph Safieddine, Kyungeun Park (Le Lombard)

Yallah Bye

Scénario : Joseph Safieddine
Dessins et couleurs : Kyungeun Park

Le Lombard

La souffrance d'un pays

Entre France et Liban, présent et passé, Yallah Bye évoque le drame de tout un peuple à travers le périple d'une famille en détresse. Le récit d'une guerre que personne ne gagnera, qui voit une famille se rapprocher tandis que le Moyen-Orient se déchire encore un peu plus.

Les El Chatawi forment une famille française comme tant d'autres. Alors quand vient l'été, elle prend la route des vacances, chez le grand-père. Comme tant d'autres. Sauf qu'ici, le grand-père habite vers Tyr, au sud du Liban. Et que nous sommes en 2006, à quelques heures des bombardements particulièrement meurtriers que l'armée israélienne va mener au nom de la lutte contre le Hezbollah. Pour Mustapha, le chef de famille, le dilemme est double: sa famille est autant en danger que son ego de Libanais qui n'a jamais vraiment connu la guerre. Resté en France, le frère aîné, Gabriel, est cantonné malgré lui au rôle de témoin télévisuel. Impuissant devant les images et perdu face au répondeur d'un consulat surchargé d'appels.

Joseph Safieddine et Kyungeun Park ne se sont pas trompés de medium en choisissant la BD pour raconter ces quelques jours qui constituent le coeur de Yallah Bye. Pour relater des faits réels, que tout le monde croit connaître, il fallait la puissance d'une forme d'expression au sommet de ses capacités. Avec la distance que le dessin peut apporter et la puissance de la narration, Yallah Bye nous force à remplir l'espace entre les cases. Et à nous impliquer. On pense à Jacques Ferrandez, spécialiste de l' Algérie. Yallah Bye nous parle de l'été 2006, mais grâce aux flash-backs, en montage parallèle, nous revenons sur le passé de Mustapha, le père, et de son été de colère, d'injustice et de lutte, en 1981. Mieux qu'un long discours géopolitique, Yallah Bye nous dit l'horreur de la guerre, mais aussi ce que des situations extrêmes révèlent de nous, de nos familles et de nos histoires, et de l'Histoire. À hauteur d'humains, sans jamais diaboliser les uns ou angéliser les autres. Avec rigueur et générosité.

Puisant dans les souvenirs du scénariste et ceux de sa famille, le dessinateur coréen parvient à nous emporter dans la tourmente des El Chatawi et, au-delà, de toutes les victimes de guerre, où qu'elle se déclare : civils pris au piège, sans autre choix que de survivre et protéger les leurs. Avec son style réaliste expressif et cohérent, Kyungeun Park est proche de Will Eisner.

Un one-shot indispensable.

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Jean Goossens
25/01/2015