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Bouche d'ombre - Tome 2 : Lucie 1900, par Carole Martinez, Maud Begon (Casterman)

Bouche d'ombre

Tome 2 : Lucie 1900

Scénario : Carole Martinez
Dessins et couleurs : Maud Begon

Casterman

Lou pensait en avoir fini avec ses fantômes.

Elle s’est jetée à corps perdu dans sa vie de jeune femme : les amies, le lycée et surtout son grand amour Nacym avec qui elle passe une première nuit, dans sa chambre sous les toits. Pourtant, elle continue à voir ses fantômes, et voilà qu’une jeune femme sans visage, habillée comme en 1900, se met à la suivre dans les rues de Paris. Les séances d’hypnothérapie reprennent et avec elles, Lou va plonger au coeur du passé familial.

Le premier tome de Bouche d'ombre avait surpris et séduit, et celui-ci enfonce le clou de très jolie façon. Le duo Carole Martinez-Maud Begon semble avoir parfaitement trouvé ses marques et, sans allusions aux années évoquées, l'impression que laisse à la lecture Lucie 1900 est celle de plus de maturité, plus de maîtrise que Lou 1985. Peut-être cette évolution se calque-t-elle aussi sur celle de l'héroïne ? En effet, on retrouve cette fois Lou consciente de ses étranges facultés, des "pouvoirs" parfois effrayants pour le commun des mortels. Au cours d'une séance de thérapie sous hypnose, Lou se retrouve projetée en 1900, à Paris, dans les décors de l'exposition universelle. Un étrange voyage qui va lui permettre de découvrir certains secrets de sa propre famille, et aussi de rencontrer Pierre et Marie Curie, et d'autres savants de l'époque, prêts à confronter à la science, sans a priori, le spiritisme alors en vogue.

Carole Martinez signe une intrigue, ou plutôt des intrigues qui s'imbriquent et se développent à plusieurs niveaux. Mais cet ensemble, pourtant complexe, fonctionne fort bien et éveille aisément la curiosité et l'intérêt du lecteur. Le voyage est certes étrange, mais cette sensation d'irréel ne bascule jamais dans les gros clichés du fantastique. On suit les traces de Lou-Lucie pour parcourir cette étape à la croisée des XIXe et XXe siècles, pour peu que ces repères temporels aient une quelconque valeur dans le monde auquel l'héroïne a accès. On regrettera peut-être quelques passages forts bavards, mais la qualité d'écriture de l'écrivain Carole Martinez est présente, et on les lui pardonnera volontiers.

Maud Begon confirme de son côté les qualités du premier opus. Son dessin répond parfaitement au scénario, tour à tour proche de nous et de notre quotidien, capable de transmettre l'effroi des personnages ou de traduire une forme d'envoûtante poésie. Maud Begon joue avec les symboles, développe des fils conducteurs avec le premier tome, intègre des formes graphiques "1900", et on en vient à déplorer le peu de pages du cahier graphique qui complète l'album.

Tous ceux qui ont apprécié le premier tome ne pourront que se laisser happer plus facilement encore par les mystères de celui-ci.

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Pierre Burssens

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