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Tocqueville, vers un nouveau monde, par Kévin Bazot (Casterman)

Tocqueville, vers un nouveau monde

Scénario, dessins et couleurs : Kévin Bazot

Casterman

Dans le désert

Été 1831 : deux Français, Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont, entreprennent un voyage aventureux jusqu'au cœur de la région des Grands Lacs américains. De la disparition annoncée des Indiens à l'urbanisation forcenée, ils témoignent de la fin du Nouveau Monde, rapidement dévoré par les jeunes et impétueux États-Unis d'Amérique.

Plutôt que de livrer un biopic consacré à la vie d'Alexis de Tocqueville, connu pour son ouvrage de philosophie politique De la démocratie en amérique, Kévin Bazot s'intéresse au périple réalisé par le jeune aristocrate et qu'il relate dans son carnet de voyage Quinze jours dans le désert. Tocqueville entend par désert des régions ayant conservé leur état de nature, alors que peu à peu, les villes se construisent et s'étendent sur le territoire américain.

Le philosophe désire aussi aller à la rencontre des Indiens, dont certains peuples ont déjà disparu. Et ceux qu'ils croisent en terre dite "civilisée" sont de tristes épaves. La jeunesse d'Alexis et de Gustave se traduit par une certaine naïveté dans leur entreprise, et progressivement, elle fera place à la désillusion et l'amertume. En effet, si les deux explorateurs en arrivent à traverser de superbes contrées, celles-ci sont déjà menacées par la marche inexorable du progrès.

En une centaine de pages, Kévin Bazot nous fait traverser de magnifiques paysages et partager les états d'âme et le triste constat de son héros bien réel. Illustrateur passionné d'histoire et de récits de voyage, il signe avec Tocqueville, vers un nouveau monde, un ambitieux premier album. Et le résultat est impressionnant.

L'auteur nantais profite de son récit pour rendre un remarquable hommage graphique à la nature et nous offre de splendides images baignées de toutes les nuances de vert de forêts luxuriantes. Le contraste est étonnant entre ces vues apaisées et les préoccupations et pressentiments d'Alexis de Tocqueville quant à la fragilité et au devenir de ces régions. Le récit, linéaire, est certes un peu bavard, et certaines séquences peuvent paraître légèrement trop longues, mais sa déclinaison en images atténue aisément ces imperfections. Un (trop court) cahier graphique, porté par des extraits du texte de Quinze jours dans le désert, complète ce premier album remarquable.

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Pierre Burssens

Pour en savoir plus : le blog de Kévin Bazot

03/06/2016