Auracan » chroniques » Je viens de m'échapper du ciel
Je viens de m'échapper du ciel, par Laureline Mattiussi d'après Carlos Salem, Laureline Mattiussi, collection Écritures (Casterman)

Je viens de m'échapper du ciel

Scénario : Laureline Mattiussi d'après Carlos Salem
Dessins : Laureline Mattiussi

Casterman, collection Écritures

Pour Lola

Poe, loser magnifique, trimbale son désœuvrement et sa mélancolie de bars enfumés en salles des coffres, de plages interlopes en ruelles malfamées. Il joue son existence au gré du nombre d’allumettes qu'il pioche au hasard dans la poche de son veston, en ne pensant qu'à une chose. À Lola. Incapable de se déclarer à cette femme quand la réalité autour de lui ne cesse de s'effriter, il s'égare dans des aventures hallucinées...

Laureline Mattiussi (Prix Artemisia 2010 pour L'île au poulailler) s'inspire pour ce roman graphique des nouvelles de Carlos Salem, écrivain de polars et de romans noirs. Elle nous fait ainsi découvrir une étrange galerie de portraits, généralement alcoolisés. Poe, son amour secret Lola, serveuse de bar, Harly, braqueur romantique, le fou... Autant de personnages que l'on croise et recroise, parfois sans raison évidente, au cours des quatre "actes", prologue et épilogue qui composent ce roman graphique.

D'un point de départ concret, logique, qui semble solide, l'auteure nous emmène dans les méandres du cheminement de Poe et de ses aventures surréalistes. Où s'arrête le réel ? Difficile de le définir, alors que le chapitre qui donne son titre au bouquin, Je viens de m'échapper du ciel, narre la rencontre entre Poe et un ange (féminin et sexué !) aussi paumé que lui.

Si l'on accepte cette sorte de poésie noire où l'onirisme rencontre le réel - mais il naît aussi de lui - la lecture de cet album s'avère étonnante mais agréable. D'autant que Laureline Mattiussi y développe un dessin noir et blanc séduisant jalonné de quelques jolies trouvailles graphiques.

L'écrivain Carlos Salem est argentin, né à Buenos-Aires, tout comme le dessinateur José Munoz dont s'inspire visiblement l'auteure. Le blues est souvent associé au roman noir, on lui préfèrera pour Je viens de m'échapper du ciel un air de tango déglingué.

Partager sur FacebookPartager
Pierre Burssens

Pour en savoir plus : le blog de Laureline Mattiussi

02/09/2016