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La Loterie, par Miles Hyman d'après Shirley Jackson, Miles Hyman (Casterman)

La Loterie

Scénario : Miles Hyman d'après Shirley Jackson
Dessins et couleurs : Miles Hyman

Casterman

Rituel

Dans un village de la Nouvelle-Angleterre, chaque année, au mois de juin, on organise la Loterie, un rituel immuable, où il est moins question de ce que l'on gagne que de ce que l'on risque de perdre à jamais.
 
Après Le Dahlia noir, avec Matz et David Fincher d'après  James Ellroy, Miles Hyman adapte un nouveau classique de la littérature américaine, écrit par sa grand-mère, Shirley Jackson. La Loterie, une nouvelle publiée en juin 1948 dans The New-Yorker Magazine (pour lequel Miles Hyman produit, aujourd'hui, de nombreuses illustrations), fit scandale à l'époque. Issue de l'imagination de l'écrivaine, sa description réaliste d'une loterie, sinistre s'il en est, fut perçue au premier degré par nombre de lecteurs crédules, inquiets de l'existence d'un tel rite, dans leurs chers Etats-Unis, qui vivaient alors les débuts de la guerre froide.
 

Shirley Jackson par Mile Hyman

Stephen King a rendu hommage à Shirley Jackson, et on le comprend en découvrant La Loterie. Comme souvent chez l'auteur de Carrie, l'histoire démarre dans le quotidien, dans un cadre qui paraît rassurant, pour s'assombrir très progressivement. Miles Hyman traduit bien ce malaise grandissant, en en décomposant l'action graphiquement. Dans cette adaptation, c'est en effet le (superbe) dessin qui se taille la part du lion. Ainsi, en entamant la lecture de La Loterie, il faut 6 ou 7 planches avant de découvrir les premiers phylactères, porteurs d'un dialogue banal et...faussement innocent. Miles Hyman installe une ambiance, longuement mais avec maerstria, avant que l'intrigue (réduite !) démarre vraiment.
 
On s'immerge ainsi très progressivement, et lentement, dans un récit d'une cruauté sans nom, au côté de personnages pour lesquels le principe de cette loterie semble pourtant tacitement accepté et évident. Le trait de Miles Hyman, habituellement plutôt urbain, nous fait partager les tensions existant dans un petit village de l'Amérique rurale, et quelles tensions à l'approche de ce funeste tirage au sort...
 
On pourra certes reprocher à l'intrigue sa brièveté, son "pitch" tenant en quelques lignes, mais on ne peut qu'être admiratif devant son extraordinaire mise en images, avec l'envie de s'arrêter sur chacune des cases qui constituent ce roman graphique de près de 140 planches. L'auteur complète cette démarche très personnelle d'un dossier consacré à sa grand-mère et au cheminement de ce projet. L'ensemble aboutit à un album qui sort des sentiers battus mais mérite assurément le détour.
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Pierre Burssens

Du même auteur :

Nuit de fureur: , par Matz, Miles Hyman Le Dahlia noir, par , Miles Hyman

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05/10/2016