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La Pluie des corps, par Florian Quittard, Anaïs Bernabé (Sandawé)

La Pluie des corps

Scénario : Florian Quittard
Dessins : Anaïs Bernabé

Sandawé

Le chemin du néant

Anne et Paul habitent une petite maison délabrée, au sommet d’une colline surplombant un village isolé. Lui est malade, elle s’occupe de lui. Un après-midi d’automne comme les autres, tous deux attendent sur le porche de leur maison que le temps passe, que quelque chose se passe. Et justement, ce jour-là, quelque chose d’extraordinaire se passe lorsqu’une pluie d’hommes nus troue le plafond nuageux et s’abat sur le village.

Il en aura fallu du temps, aux auteurs, et de la patience, aux édinautes de l'éditeur participatif Sandawe, pour enfin voir l'aboutissement de cet étonnant projet. En effet, c'est en 2010 que Florian Quittard, réalisateur de court-métrages et scénariste, et la dessinatrice Anaïs Bernabé unissent leurs efforts pour lui donner corps. En 2012, il reçoit le soutien de Sandawe, mais entre-temps Anaîs Bernabé met en images le tome 3 de Sasmira.

La voilà donc aujourd'hui, cette fort mystérieuse Pluie des corps. Au départ de l'histoire, un phénomène inexplicable, violent, terrifiant. On aurait aisément imaginé que les protagonistes en cherchent activement la cause, et pourtant non... Peu à peu, le scénario de Florian Quittard installe une sourde angoisse. Les habitants du petit bourg sont étranges, leur comportement semble échapper à la logique. Entre Anne et Paul, les choses se dégradent dangereusement. La jeune femme se fait de plus en plus inquiétante, menaçante alors que d'étranges phénomènes se produisent autour de la maison. Pour Paul, affaibli, c'est toute la réalité qui dérape. Et quand enfin il comprendra...

Le suspense et l'angoisse dominent de la première à la dernière planche de ce thriller oscillant entre fantastique et SF. Alors que les autres villageois semblaient menaçants, c'est progressivement le huis-clos implacable entre Paul et Anne qui devient la pièce maîtresse du récit, dans une atmosphère suffocante qui happe le lecteur. Les dialogues sont très rares et laissent la place au très beau dessin et aux couleurs envoûtantes d'Anaïs Bernabé pour s'exprimer, ainsi qu'à l'imagination du lecteur qui tente de comprendre, de se raccrocher à une réalité rassurante. L'ensemble est diablement efficace et mettra, ô délice, les nerfs des amateurs du genre à rude épreuve. 

On saluera aussi le soin apporté matériellement à la réalisation de cet album-choc. Sandawé nous gratifie d'un grand format, d'une solide couverture traitée en soft-touch, d'un papier de grande qualité qui restitue au mieux les très belles planches de la dessinatrice. L'ensemble est enrichi d'un dossier graphique retraçant les grandes étapes de l'élaboration de ce projet hors-normes. A découvrir...si vous n'êtes pas sensible au vertige !

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Pierre Burssens

Du même dessinateur :

Sasmira - T3: Rien, par Laurent Vicomte,

Pour en savoir plus : Le site d'Anaïs Bernabé

06/02/2017