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Petite Maman, par Halim (Dargaud)

Petite Maman

Scénario, dessins et couleurs : Halim

Dargaud

L'enfer au quotidien

Lorsque Brenda vient au monde, sa mère, Stéphanie, a 15 ans, et son père s'est déjà éclipsé. Négligée, Brenda grandit pourtant vite et apprend à se débrouiller seule. Malgré les brimades et les punitions injustes dont elle est victime, elle souhaite voir sa mère heureuse et s'occupe d'elle du mieux qu'elle le peut, à tel point que les rôles s'en trouvent inversés, Brenda devenant la « petite maman » de sa mère.

Il fallait oser aborder en BD des sujets aussi délicats tels que la maltraitance infantile et et la violence intra-familiale. Et c'est ce que Halim Mahmoudi effectue de manière magistrale avec Petite Maman. Profondément marqué par l' "affaire Marina" et papa de 3 filles, l'auteur s'est intéressé à ces phénomènes bien trop souvent présents dans les colonnes des quotidiens. Il réussit, en un épais roman graphique de près de 200 pages, à en évoquer différents aspects, non sans soulever au passage de graves questions. La violence, ses composantes, le secret, mais aussi l'impuissance de ses témoins, de ceux qui la soupçonnent face au pouvoirs réel ou supposé, mais souvent inopérant, des autorités.

Pourtant, avant tout et plutôt qu'un reportage ou une analyse, c'est une histoire que nous livre ce dessinateur de presse et journaliste. Evoquant d'abord la cruelle expérience de Frédéric II de Hohenstaufen (XIIIe S.), il nous fait ensuite rencontrer Brenda, que l'on ne va plus lâcher tout au long de son parcours. Brenda, attachante petite gamine confrontée à quelque chose qui, peu à peu, va se transformer en enfer. Brenda, maltraitée, humiliée, battue, et qui pourtant s'accroche à cette existence, car elle n'en connaît pas d'autre. Pourtant, peu à peu, une aide se dessine timidement, et un fragile espoir se précise...

Halim plonge le lecteur dans une violence bien réelle, immonde, dont sont victimes certains enfants. L'auteur nous la fait vivre au plus près, au plus noir. Plutôt que de narrer un exemple précis, il s'est inspiré de plusieurs faits réels pour tracer le parcours de Brenda. Et cette réalité, dans toute sa crudité, on la ressent dans chacune de ses planches, dans chacun de ses dessins. Le scénario est remarquablement construit, et l'auteur va jusqu'à utiliser, par moments, un découpage éclaté, peu conventionnel pour exprimer plus encore le chaos de certaines scènes.

La BD peut être pour certains synonyme de distraction et d'invasion. Halim nous confronte, lui, à un sujet encore souvent tabou, mais il est absolument impossible de rester insensible au destin de Brenda...et de tant d'autres victimes. Petite Maman  est un album utile et nécessaire , suffisamment puissant pour générer des prises de conscience et, pour nous, un énorme coup de coeur !

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Pierre Burssens

Pour en savoir plus : Le blog de Halim

24/10/2017