Ira Dei
Tome 4 : Mon nom est Tancrède
Scénario : Vincent Brugeas
Dessins : Ronan Toulhoat
Couleurs : Ronan Toulhoat et Rémy Pennarun
Dargaud
Réveiller le diable
Pour Tancrède, c'est l'heure de tous les dangers. Capturé par Hugues, le voilà entre les mains de Guillaume de Hauteville, le chef des troupes normandes. Celui-ci voit en lui un redoutable soldat dont il aimerait se faire un allié. Afin d'inciter Tancrède à réveiller son âme guerrière, Guillaume l'oppose en combat singulier à plusieurs prisonniers, auxquels il promet la liberté en cas de victoire. Tu t'apprêtes à faire sortir le diable, lui glisse Étienne, le représentant du pape. Pourtant, Étienne décide de lui offrir sa liberté : seul Tancrède est en mesure de l'aider à retrouver sa soeur.
Alors que jusqu'ici l'itinéraire de Tancrède, personnage principal d'Ira Dei, se déroulait au gré des événements survenus au XIe S. dans les régions méditerranéennes, Vincent Brugeas resserre cette fois son intrigue autour du héros. Poursuivi, en compagnie de d'Eudoxie et Marie, il est capturé par Hugues en permettant aux deux femmes de fuir avant d'être livré à Guillaume et de se retrouver face à face avec Etienne, détaché des idéaux de sa croisade. Le récit prend donc une dimension davantage personnelle, même si les complots et stratégies en tissent toujours la trame de fond. Ronan Toulhoat conduit progressivement personnages et lecteur à une conclusion plutôt inattendue dans ce contexte guerrier.
En cours de route, ceux qui ont appréciés les tomes précédents en retrouveront l'ambiance belliqueuse dans laquelle un changement d'alliance peut, à tout moment, signifier un retournement de situation.
Les scènes de combats sont nombreuses et extrêmement spectaculaires. Ronan Toulhoat accentue encore l'expressivité de son dessin -parfois au détriment de son réalisme- et l'amène à une forme de violente démesure qui se traduit jusque dans son découpage (voir les pages 37 à 43). Les traits des visages sont aussi acérés que les tranchants des haches et des épées et on a presque la sensation d'entendre les hurlements qui accompagnent ces combats.
Hélas, alors qu'en interview, lors de la publication du premier album d'Ira Dei, les auteurs nous disaient envisager de développer la série en six cycles de deux albums, on apprend que Mon nom est Tancrède marque non seulement la fin du cycle italien, mais aussi la conclusion du projet. Voilà qui explique sans doute son aboutissement inattendu, mais laisse aussi quelques regrets quant à certaines pistes qu'on aurait aimé voir davantage explorées, notamment au sujet du passé de Tancrède. On nous assure cependant, chez l'éditeur, que l'on retrouvera bientôt les signatures de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat en couverture du premier tome...d'une nouvelle série. A suivre, donc, pour leurs admirateurs...