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La Bulle de Bertold, par Agrimbau, Gabriel Ippoliti (Albin Michel)

La Bulle de Bertold

Scénario : Agrimbau
Dessins et couleurs : Gabriel Ippoliti

Albin Michel

Dans l'immense espace qu'est la Patagonie, émerge de la terre une cité : Butanie. Dans cette ville futuriste (encore que tout pousse à croire que cela pourrait être aujourd'hui dans une parrallèllité bien proche de la notre réalité) le gaz a remplacé le pétrole. Toute la population est dévouée à cet élément volatile contenu dans un énorme réservoir en forme de sein dominant la cité et ses environs.

Bertold travaille pour cette machine. Il est à l'intendance… ou plutôt il était : ayant remis en cause le fonctionnement du système, il se voit condamner à « l'amputation totale ». Désormais homme tronc, il n'a d'autre solution que de mendier sa pitance. Son éloquence attire sur lui le regard de Froilan, un metteur en scène se servant d'amputés totaux pour ses pièces de théâtres.

Largement basée sur la vision théâtrale de Bertold Brecht, le scénariste Agrimbau dépeint cette société sclérosée de Butanie. Plus rien ne semble pouvoir changer. Du surintendant au modeste ouvrier, toute la société humaine vit au rythme de la machine avec de temps en temps de brefs instants de bonheur programmé. La révolution violente est fortement réprimée par l'exemple de l'amputation dont Bertold en est une victime. Pourtant il ne peut fuir son destin. Il lui reste la parole ; la révolution, il l'a continu donc sur les planches d'une scène de théâtre… véritable idéal brechtien.

L'auteur nous livre sa vision du monde. Celle d'un Argentin confronté aux réalités économiques désastreuses de son pays. Plus qu'une simple histoire dessinée , La Bulle de Bertold est un cri lancé pour ne pas mourir étouffé, un appel au changement dont l'art en serait le héraut.

Les teintes ocres, grises et noires choisies par Ippoliti transcrivent bien l'anéantissement de la volonté humaine. Sa lecture de la ville magnifie la machine au détriment de l'homme relégué en seconde zone de la création. D'un réalisme envoûtant, son dessin nous livre les secrets d'un monde décadent où le glauque danse avec la résignation… reste le sursaut bertoldien.

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Cristian
07/06/2005