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Africa Dreams - Tome 1 : L'Ombre du roi, par Maryse et Jean-François Charles, Frédéric Bihel (Casterman)

Africa Dreams

Tome 1 : L'Ombre du roi

Scénario : Maryse et Jean-François Charles
Dessins et couleurs : Frédéric Bihel

Casterman

"Le roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire"

La bande dessinée se saisit de plus en plus souvent d’un devoir de mémoire. En juin 2010, le roi des Belges Albert II se rendra pour la première fois dans la République démocratique du Congo pour les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance de cet État créé par le roi Léopold II en 1885. Quelques semaines avant, Casterman publie le premier volet d’Africa Dreams qui évoque les sombres heures de la colonisation de cet immense État grand comme quatre fois la France ou quatre-vingt fois la Belgique. Un curieux pied de nez de l’éditeur accusé dans de nombreux pays de continuer à publier sans avertissement Tintin au Congo, paru à partir de 1930 en pleine période coloniale. Cette fois, les scénaristes Maryse et Jean-François Charles ont cherché à reconstituer de manière romancée mais très documentée cette page controversée de l'histoire coloniale belge.

Le Congo belge est un État créé à Bruxelles par Léopold II qui n’y a jamais mis les pieds. Sa constitution a été permise grâce à l’explorateur anglo-américain Henry M. Stanley. Après d’âpres négociations, la création est ratifiée en 1885 par le traité de Berlin. La propriété du monarque est un investissement destiné à être exploité. Les richesses de l’époque en sont l’ivoire et surtout le caoutchouc. Dans cette colonie, les Belges sont peu nombreux. Parmi eux, Augustin Delisle, un médecin belge a construit une immense plantation M’Bayo et reconstruit sa vie avec une ribambelles d’enfants issus de plusieurs lits. À Bruxelles, il a abandonné Paul, son fils d’un premier mariage, qui embrasse une carrière ecclésiastique. Le jeune séminariste décide de se rendre au Congo sur les traces de son père à la fin du XIXe siècle. Il va découvrir un tout autre visage de l’Afrique coloniale…

Les époux Charles ont confié le dessin à Frédéric Bihel dont le style plein de sensibilité, dans une filiation proche de Jean-François Charles, est accentué par les couleurs directes dans une gamme chromatique pastelle proche des albums India Dreams ou War & Dreams. Ils se concentrent sur un scénario construit avec soin et équilibre pour rendre compte du rôle du roi, de Stanley dont Hubinon et Joly avait réalisé en 1955 une biographie qui s’arrêtait en 1878, et des agents ou mandataires chargés de tirer le maximum de profit du territoire occupé. Pour ce faire, ils élaborent une saga familiale qui traverse cette période tourmentée connue sous le terme caoutchouc rouge. L’effet est parfaitement réussi au point que le lecteur prend plaisir à approfondir la question d’abord dans le supplément didactique de huit pages et pourquoi pas au Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren ?

À découvrir absolument !

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Manuel F. Picaud

"Le roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire" est le titre d'un documentaire belge de Peter Bate (2004)

Exposition-vente de planches originales du 18 mars au 30 avril 2010 à la librairie Boulevard des Bulles - 50 boulevard Saint-Germain - 75005 Paris. Infos sur www.boulevarddesbulles.fr

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