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Angoulême 2005 : un bilan en demi-teinte


Georges Wolinski

Un grand prix peu convainquant

En consacrant Georges Wolinski, la vénérable Académie des Grands Prix fait un bon en arrière. Elle couronne un homme, non dénué de talent certes, mais qui ne fait plus de bande dessinée depuis quelque 25 ans. Pourquoi avoir attendu qu'il ne soit définitivement plus dans le coup pour lui décerner ce prix ? Peut-être n'avait-il pas encore assez d'amis à l'Académie des Grands Prix pour se faire élire ? Quoi qu'il en soit, après quelques années d'ouverture qui avaient mis à l'honneur le talent d'auteurs "contemporains", avec Zep (2004), Loisel (2003) et Schuiten (2002), nous voilà avec un ringard de 70 ans, qui fait du dessin de presse. C'est bien triste !


Alex Robinson

Un palmarès peu innovant

Alors que le Festival souhaitait mettre en avant des productions variées et hétéroclites dans l'attribution des divers prix, on ne peut pas dire que le palmarès 2005 nous aura fait découvrir des auteurs particulièrement inconnus. A croire que sur les 2120 albums sortis en 2004, seuls ceux des auteurs confirmés étaient susceptibles de l'emporter dans les diverses catégories. Ainsi, c'est une série d'habitués ou de "vieux routiers" qui ont raflé la mise. Marjane Satrapi reçoit le Prix du Meilleur Album pour Poulet aux prunes après avoir reçu l'Alph'Art Coup de coeur en 2001 pour Persepolis 1, et Alph'Art du Meilleur Scénario en 2002 pour Persepolis 2. Jiro Taniguchi est consacré pour son dessin avec Le Sommet des Dieux , alors qu'il avait remporté l'Alph'Art du scénario en 2003 avec Quartier Lointain . (Carl) Lewis Trondheim a emporté (en courant) son prix de la série pour Lapinot , alors qu'il trucide son héros dans l'ultime tome de la série. Le Prix du Patrimoine récompense Mandryka (Grand Prix 1994) pour l'intégrale du Concombre Masqué . Seul " De mal en pis ", la brique de 600 pages de l'Américain Alex Robinson , porte le regard sur un auteur moins connu du public. Mais ne nous plaignons pas, au moins, cette fois on ne pourra pas dire que le palmarès est élitiste.

Des expositions pas toujours convaincantes

Force est de constater que le FIBD a essayé de rester proche d'un public de non spécialistes en proposant principalement des expos grand public, comme Picsou, Titeuf, Blake & Mortimer, Pratt… Seul Dave Cooper était une réelle découverte pour les bédéphiles européens.

Alors que la scénographie en faisait son attrait essentiel hors des murs du festival, l'exposition Blake et Mortimer située dans le Théâtre d'Angoulême se résumait à un fade alignement de copies de planches de Jacobs.

Didactique, origines et avenirs de la bande dessinée proposait, toujours au Théâtre de la ville, un parcours à travers les âges sur les traces de l'expression graphique.


Au coeur de l'expo Picsou: un trésor bien gardé.

Une horde de visiteurs attendait patiemment son tour pour accéder à l'expo Titeuf.

Exposition de dessins et illustrations du collectif Clafoutis

Zep s'exposait, quant à lui, au CNBDI à travers une série de planches originales de Titeuf , et de travaux divers relativement intéressants.

Faisant face au Musée de la BD, le Musée du Papier accueillait une superbe rétrospective consacrée à Claire Wendling . On pouvait y admirer des travaux en rapport avec son unique série BD, Les Lumières de l'Amalou (5 albums chez Delcourt), mais surtout d'innombrables dessins et croquis liés à ses activités dans le dessin animé. De très belles choses !

A deux pas de là, dans la partie basse du Musée, dans le froid hivernal et le bruit des eaux canalisées de la Charente, David Prudhomme ( Ninon Secrète ), un dessinateur issu de l'école de l'image d'Angoulême, exposait ses oeuvres.

L'univers d' Hugo Pratt avait pris place dans les Ateliers Magelis. Dessins hors cases et planches originales du maître italien mettaient en valeur tout son talent. A côté des merveilles issues du crayon du créateur des Scorpions du Désert , les quelques planches, également exposées, de Pierre Wazem , le repreneur de la série, faisaient figure de vulgaire ersatz.


Sur les traces des Scorpions du Désert (Pratt, Wazem)

Exposition "Le Chat du Rabin" (Sfar)
à l'église Saint-Martial

Exposition "Sacrées Femmes" (Sean O'Brien)
à l'église Saint-Martial

La Maison des Jumelages abritait strips et dessins du compatriote et ami de Zep, Mix & Remix . Même si ces dessins n'ont en soi rien d'exceptionnel, c'était l'occasion de se payer un bon moment de rire avec les gags qu'ils illustraient.

Située sur la place Saint-Martial au coeur de la ville, l'exposition Picsou explorait l'univers du personnage créé par Carl Barks dans une scénographie amusante.

L'Hôtel Saint Simon offrait l'opportunité de découvrir Dave Cooper , un surprenant auteur canadien, à l'oeuvre multiforme et originale. On y notera notamment ces étonnants et fascinants tableaux mettant en scène des femmes nues.

Hors programmation officielle, on retiendra l'expo de fort bonne qualité du collectif Clafoutis à l'Hôtel de Ville, et celle de Mazan au restaurant "Le lieu dit".

Une réelle innovation : le concert de dessins

La seule véritable innovation du festival 2005 est sans nul doute la création des concerts de dessins. Il s'agissait de créer en musique et en direct une bande dessinée. Un trio s'occupait de l'ambiance musicale en s'inspirant des créations que les dessinateurs mettaient en images. Un scénario élaboré par José-Louis Bocquet et Thierry Smolderen , basé sur Little Nemo (en hommage au 100e anniversaire du personnage), était dessiné par 8 auteurs ( Zep, Nicolas de Crécy, Charles Dupuy, Philippe Berbérian, Johan De Moor, Jean-Christophe Chauzy, Blutch ). Le tout était filmé et projeté sur un écran géant. De quoi suivre tout le processus de création.

Une édition 2006 déplacée


C'est ici que se dresseront en partie les bulles de la Cité des Editeurs lors de l'édition 2006

Pour la 33e édition, les lieux du festival seront quelque peu modifiés pour cause de travaux sur le Champ de Mars. C'est ainsi que la Place New York et les abords de l'Hôtel de Ville deviendront les points centraux de la manifestation. Le parc situé autour de la Mairie sera recouvert par des chapiteaux sur pilotis pour ne pas en abîmer la végétation. Cet espace accueillera la Cité des Editeurs sur 5000 m 2 . Trois "bulles" seront dressées sur les places du Palet, Dunant et Marengo pour abriter des expositions, et un village des fanzines de 1500 m 2 , sera créé sur le parking de l'avenue de Cognac, au pied des remparts Nord, afin de remplacer la traditionnelle bulle New York.

1/2/2005 - source: auracan.com

Lire aussi : Angoulême 2005 : une remise des prix internationale

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