Auracan » Interviews » Entretien avec Fabrice Caro et Christian De Metter

Entretien avec Fabrice Caro et Christian De Metter


Christian De Metter

Fabrice Caro

Avec Figurec, Christian De Metter a réalisé une excellente adaptation du premier roman éponyme de Fabrice Caro. Figurec nous emmène sur les pas d'un jeune dramaturge qui tente d'écrire une pièce de théâtre. Il réécrit sans relâche les premières lignes de son premier acte. Il n'a pas de petite amie. Peu d'amis. Ses parents sont inquiets pour son avenir. Et puis, un jour il découvre l'existence de Figurec, une société secrète qui loue des figurants pour toutes occasions… Et si tous ces gens autour de nous n'étaient que des figurants…
Les auteurs de Figurec, version roman et version BD, nous parlent de cet étrange univers…

Comment se fait-il que vous ayez adapté le roman de Fabrice Caro ? Vous le connaissiez ?

Christian De Metter : Je ne connaissais pas du tout Fabrice. J'avais juste entrevu son album édité par La Cafetière, Le Steak haché de Damoclès. C'est Laetitia Laeman, mon éditrice chez Casterman, qui m'a suggéré de réaliser l'adaptation de Figurec. J'ai dévoré le bouquin en un week-end. Et il n'a pas fallu longtemps pour que je me décide.


Figurec, par Fabrice Caro, dans la Collection Blanche des éditions Gallimard (2006)

Qu'est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?

CDM : J'ai beaucoup apprécié son ton. Cet humour un peu noir. Les histoires que je dessine sont généralement assez sombres. Ce récit me permettait de mettre un peu plus d'humour dans mon travail.

Fabrice Caro, où avez-vous été cherché l'idée de Figurec  ?

Fabrice Caro : D'après mon entourage, je suis un peu parano. A la base, je souhaitais écrire un récit sur les faux-semblants. Depuis longtemps, j'ai le réflexe de me dire que certaines personnes ne sont pas à leur place, qu'ils ne cadrent pas avec l'environnement. Un peu comme s'ils étaient là sur commande. Le lien avec cette société qui loue des figurants était assez évident. L'histoire correspond à une parabole sur les faux-semblants et le paraître.

Pourquoi avoir choisi un artiste –un écrivain qui tente d'écrire une pièce de théâtre- comme personnage principal ?

FC : Bien qu'on ait l'impression que c'est de la pure fiction, Figurec est une autobiographie déguisée. J'y ai mis beaucoup de mon vécu. La relation à la famille. Ce gars qui essaie d'écrire et qui est confronté au syndrome de la page blanche. C'est un peu moi. J'aimais l'idée de mêler la parabole avec un quotidien plus autobiographique. J'ai toujours l'impression d'écrire sur les mêmes thématiques, même si les outils sont différents. Le Steak haché de Damoclès est une BD qui traite des mes problèmes de timidité et de communication. Implicitement, ça peut se recouper avec Figurec.

Pourquoi ne pas avoir réalisé vous-même l'adaptation de votre roman en scénario de bande dessinée ?


Bouvier

FC : Je connaissais le travail de Christian, notamment par Le Sang des Valentines, et je l'appréciais. Lorsque nous nous sommes rencontrés, humainement le contact est passé immédiatement. Nous nous sommes découvert des points communs hors bande dessinée, sur le plan musical en particulier. Il n'y a pas eu de collaboration entre nous. Car, à partir du moment où j'aimais ce qu'il faisait et où lui avait aimé mon roman, je n'avais pas de raison d'intervenir. Je savais qu'il allait produire quelque chose de bien. Je lui ai donc donné carte blanche sans hésiter.

Comment avez-vous procédé pour adapter Figurec en bande dessinée ?

CDM : J'ai relu le bouquin plusieurs fois. J'ai souligné tout ce qui était indispensable. A la fois à l'histoire et à l'évolution du personnage dans sa descente paranoïaque. J'ai donné un titre à chaque scène importante pour me repérer. Puis, j'ai réalisé un découpage dessiné qui correspondait quasiment à la version finale mais en crayonné.

Comment avez-vous fait pour créer la physionomie des personnages ?

CDM : J'ai pour habitude de faire mes recherches de personnages en modelant des petites têtes en terre. Cela me permet de créer les personnages avec du volume. Cela leur donne une réalité qui n'existe pas quand je fais des crayonnés. Lorsque je fais des recherches en dessinant, je tombe trop souvent dans des stéréotypes. Avec le modelage, je peux leur donner plus de caractère. Cette technique ne me sert que pour la création des personnages principaux. Une fois que j'ai la morphologie bien en tête, je n'en ai plus besoin.


Arthur H © Lila Roze (arthurh.net)

Le personnage principal de Figurec

Edouard Baer © Joël (Biosstars.com)

Les personnages créés par Christian correspondaient-ils à votre vision d'écrivain ?

FC : Nous avons discuté du physique du personnage principal peu de temps après notre première rencontre chez Casterman. Nous le voyions de la même façon. Un peu lunaire. Christian l'imaginait dans le style du chanteur Arthur H. J'avais pensé aussi à Edouard Bear, pour ce côté lunaire. Mais c'est vrai que cet acteur est trop beau gosse pour rentrer dans le personnage. Il fallait garder un côté looser. C'est quand même quelqu'un qui rame un peu. Et qui finit par louer une fiancée. Pour Bouvier, Christian avait moins de latitude. Le mec bedonnant, rougeau, rabelaisien. C'était exactement comme ça que je l'imaginais. Je n'ai pas eu de surprise sur les personnages. Christian est resté très fidèle aux descriptions que j'en avais faites.

Vous avez gardé la technique de narration du roman. A savoir, des dialogues qui s'interrompent pour laisser la place à une autre séquence et qui se poursuivent par la suite.

CDM : C'est un système excellent que je voulais à tout prix garder. J'avais l'impression que cela pouvais fonctionner en bd. C'est le genre de roman où il faut être fidèle. Il y a des adaptations où on reprend seulement l'idée du bouquin, le thème et on fait autre chose. On s'aventure à le transformer, à y mettre plus de soi. Mais ici, ce n'était pas possible. En plus il y a une mécanique bien précise dans Figurec. Tous les petits détails sont censés s'enclencher. Si on commence à toucher à un élément, il faut tout réécrire et alors je n'en vois pas trop l'intérêt. J'ai essayé d'être le plus fidèle possible. Il n'y avait pas besoin de transformer grand chose. Le bouquin était tellement réussi.

Mais il y a tout de même une scène qui est très différente…

CDM : J'ai modifié la fin du récit. Dans le roman, il y a une scène qui se déroule dans un sous-sol obscur de la FNAC et où on a une sorte de tribunal avec des gens encagoulés. J'ai préféré faire incarner le côté ancienne société secrète par une vieille dame complètement anodine qui épluche des patates, plutôt que par un clan de personnages anonymes.

FC : J'ai presque été jaloux de cette modification. Christian a eu un parti pris plus intimiste en situant la scène dans la maison d'une vieille dame. J'ai trouvé cela très à-propos. Non seulement il s'est approprié l'univers mais les changements qu'il a y faits m'ont vraiment plu.

Quels sont vos projets respectifs ?

FC : Je travaille sur une espèce de suite du Steak haché de Damoclès pour La Cafetière. Je prépare un album pour 6 pieds sous terre, dans la petite collection Lépidoptère. Mon deuxième roman est déjà écrit, il devrait sortir cette année. Son titre : Søren Carbone.

CDM : Je suis sur un nouveau récit en 70 pages pour Casterman. Quelque chose d'assez personnel. Bien noir. Un polar.

Propos recueillis par Marc Carlot en mars 2007.
Copyright © Marc Carlot / Auracan.com 2007
Droits réservés. Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation préalable.
Photos de Christian De Metter et Fabrice Caro © Marc Carlot 2007
Visuels extraits de Figurec © De Metter, Casterman

Les albums de Christian De Metter sur auracan.com :

Partager sur FacebookPartager
Marc Carlot
22/03/2007