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Entretien avec Patrick Hazeaux

Patrick Hazeaux
Patrick Hazeaux
© Maison du Tourisme de La Plagne
« Culture Plagne est installé pour quelques années dans le paysage de la région. »

Patrick Hazeaux, directeur de la Maison du tourisme d’Aime-Macot-la Plagne, explique le rôle de sa structure dans Culture Plagne, l’engagement des autorités locales dans le festival, et l’avenir. Surtout, il explique, dans cet entretien exclusif accordé à Auracan.com, en quoi cet événement s’inscrit dans un projet plus large de développement économique de la région. Enfin, il ouvre des portes pour d’autres moments forts dans l’année.

Quel est votre rôle exact en tant que directeur de la Maison du tourisme ?
Je suis en charge de la coordination de l’ensemble des services sur les stations d’altitude et sur la vallée sur les communes d’Aime et de Macot, en sachant que la Plagne est étalée sur quatre communes. Je travaille donc pour deux d’entre elles. Je m’occupe de tout ce qui se passe sur les stations d’altitude en termes d’organisation générale, c’est-à-dire l’accueil, l’animation, l’événementiel, et, en hiver, de coordonner l’ensemble de tous les services de la station, en clair, toute la partie technique. Je ne m’occupe pas de la promotion de la Plagne, qui est du ressort de l’Office de promotion de la Grande Plagne (OPGP). La Maison du tourisme, elle, doit tout mettre en œuvre au niveau de l’organisation pour que les vacanciers choisissant la Plagne soient bien accueillis, trouvent des événements et des animations intéressants pour les occuper.

Racontez-nous la genèse de Culture Plagne…
Il y a six ans, nous avons décidé de créer un salon du livre pour répondre à une attente d’animation de la part des visiteurs, qui prennent du temps pour lire pendant leurs vacances. Nous avons donc lancé, sans aucune ambition, un salon du livre, où l’on trouvait un peu de tout, du livre de montagne, de jeunesse, etc., pendant quelques années. Nous nous sommes vite aperçus que, si nous voulions apporter une image différente, il fallait changer de cap, avec un axe fort, pour pouvoir communiquer. Pour cela, je n’ai pas voulu faire appel à mon équipe, qui sait faire ce genre de choses ; je voulais un comité d’organisation bénévole qui se mette en place et prenne ce projet à son compte.


© Culture Plagne 2008

En clair, vous vouliez que ce soit des gens d’ici qui soient les moteurs de ce projet en mettant des moyens à leur disposition.
Tout à fait. L’intérêt d’un comité d’organisation de bénévoles est que ce sont des passionnés, qui apportent leurs compétences et leurs envies. Résultat, tout le festival est basé sur la relation humaine, avec les auteurs, les journalistes, les visiteurs. Le festival porte cette dimension humaine. Cela ne veut pas dire que si mon équipe l’organisait, ce ne serait pas le cas. Mais le rôle d’un comité d’organisation est d’apporter son énergie, ses envies, ses qualités, et comme il n’y a pas d’échanges financiers, rien n’est troublé par cela, les bénévoles ont envie d’aller vers l’autre, de découvrir et de faire découvrir. Ensuite, le travail de la station de la Plagne est d’apporter la logistique, c’est-à-dire des moyens. C’est déjà l’une des spécificités de cet événement, et l’une des raisons pour lesquelles cette ambiance se crée entre tous les acteurs.

De quels moyens immobiliers disposez-vous ?
Nous avons une salle des congrès qui accueille les exposants et les auteurs, une salle de restaurant, mis à disposition par son propriétaire et réaménagé en salle d’exposition et de conférences. Enfin, nous disposons d’environ 80 appartements bloqués pendant toute la période du festival, pour l’accueil des invités, dans le cadre de nos accords à l’année avec Pierre et Vacances et Maeva. L’avantage de la période estivale, compte tenu des pourcentages d’occupation plutôt faibles, est que nous avons un volume de lits touristiques à disposition. Il faut savoir que les stations d’altitude comptent environ 35.000 lits touristiques, et la Plagne dans sa totalité en compte 50.000. En hiver, ce serait beaucoup plus difficile à organiser.

Le train bleu
Photo de groupe des artistes devant le Train bleu, samedi 9 août, gare de Lyon à Paris
© Maison du Tourisme de La Plagne

Imposer un festival au cœur de l’été, en pleines vacances, est un défi important.
C’est vrai que c’est un défi, à plusieurs niveaux. Créer un événement culturel en montagne et en été, en trois mots toutes les difficultés ont été résumées. Déjà, nous sommes confrontés à une baisse de fréquentation de la montagne, qui ne bénéficie plus du même intérêt depuis quelques années. L’objectif d’un événement, quel qu’il soit, est de générer de l’image, mais aussi, à terme, de la nuitée, pour que le système fonctionne. La difficulté, avec un sujet comme le festival, est que ce n’est pas en une année ni en deux ni en trois que l’on réussit à déclencher l’intérêt des gens pour venir à la montagne et participer à un salon. Nous avons choisi le thème et le sujet qui étaient les plus longs. D’autres sujets sont beaucoup plus faciles et accessibles pour les clients, avec des retombées directes. Ce n’est pas notre démarche. Nous voulons inscrire cette manifestation dans la durée. Monter un projet d’importance, faire venir des gens de haut niveau et de qualité, et trouver de l’originalité. En l’occurrence, l’équipe de la Plagne se déplace à Paris pour accueillir les auteurs dans le restaurant le Train bleu, gare de Lyon. Puis tout le monde prend le train ensemble, c’est un concept lui aussi un peu original d’accompagner les gens à venir chez nous.

C’est la deuxième fois que vous faites le voyage d’abord à Paris : le festival ne commence que le dimanche 10 août, mais après, déjà, un petit événement à Paris le 9.
Dès le samedi, nous partons de Paris. Gros avantages, la SNCF est notre partenaire, elle nous accueille dans le mythique restaurant Le Train bleu, et nous aide à voyager, en prenant en partie en charge le coût des billets. Cela nous aide à construire notre projet, à aller vers les journalistes, vers les auteurs ; voyager ensemble, ensuite, participe de cette ambiance. Contrairement à d’autres événements, les auteurs font connaissance avant le festival, la période d’observation a déjà eu lieu, et les clients qui nous rendent visite sentent tout de suite la complicité et l’unité entre les auteurs.

Dans le train...
Troub’s en plein travail dans le train en direction de La Plagne
© Maison du Tourisme de La Plagne

Vous êtes donc engagés sur un projet à long terme. Vous avez donc déjà avancé sur l’édition 2009…
Nous avons trois événements majeurs sur l’été à la Plagne. Le premier est culturel, Culture Plagne, dont nous parlons. Le deuxième est sportif, 6000D, un trail international de montagne créé il y a dix-neuf ans. 800 à 1.000 participants font l’aller-retour de la vallée au glacier, soit 55 kilomètres, en quatre heures trente environ. Enfin, un événement s’adresse plus particulièrement aux ados. La Plagne bénéficie d’une structure familiale d’accueil et les ados ne s’y retrouvent pas forcément ou pas toujours. Depuis trois ans, nous avons donc élaboré le concept Urban Plagne, orienté sur les cultures urbaines. Ces trois manifestations sont là pour donner trois types d’image de la montagne : l’une dynamique et sportive, la deuxième culturelle, enfin une image jeune. Ensuite, l’environnement fait le reste, les marmottes, la nature, etc. Sauf que, aujourd’hui, nous ne communiquons sur ce sujet.

Revenons à Culture Plagne. La structure Maison du tourisme a-t-elle passé une convention avec le comité d’organisation ? S’est-elle engagée sur une durée ?
Nous n’avons pas passé de convention pour l’instant au niveau de l’organisation, qui est interne. En fait, le comité d’organisation fait un debriefing complet après chaque édition, ce qui a bien marché, mal marché, ce qu’il faut mettre en œuvre. Moi, je m’occupe plutôt de convaincre les instances politiques des choix qui ont été faits, des résultats, et surtout des moyens pour faire évoluer l’événement. Il y a quelques jours, lors d’un conseil d’administration de l’OPGP, il a été décidé que Culture Plagne devient un événement majeur de la Grande Plagne. Cela signifie qu’il y aura une structure un peu plus ambitieuse, en termes de communication, de moyens, dès 2009. Je pense donc que le festival est installé pour quelques années dans le paysage de la région.


Discussions animées pendant les repas. On reconnaît au tout premier plan à gauche la tête dégagée de David Prudhomme, deux têtes derrière, le regard interrogatif de Christian Cailleaux, et de l’autre côté, la tête blanche et la moustache de Michel Jans, l’âme de Mosquito
© Maison du Tourisme de La Plagne

C’est un vrai changement de dimension. Cette fois, la gageure est de rester une petite structure tout en devenant un événement qui se pérennise.
En effet. La grosse difficulté va être de gérer cette évolution. Aujourd’hui, nous avons une structure assez calée au niveau de l’organisation, nous avons la volonté de la faire se développer, tout en gardant la cohérence de son fonctionnement, donc de son développement. Il faut que les relations avec les bénévoles évoluent, bien entendu, puisque le salon grossit, il va falloir de plus en plus de moyens, en conservant cette dimension de relations humaines dont je parlais tout à l’heure. Tant le comité d’organisation que la Maison du tourisme auront un rôle pour encadrer et maîtriser ce développement. J’ai en face de moi des bénévoles qui ont cet avantage d’être exigeants, mais, pour moi, en tant que structure, ce n’est pas toujours évident, parce qu’il s’agit d’une opération parmi beaucoup d’autres sur l’année, et nous devons faire des choix et les expliquer à des bénévoles qui n’ont pas forcément les mêmes priorités.

Quel premier bilan pour 2008 ?
J’en ai déjà discuté avec le président de la Maison du tourisme, je relaie aux politiques toutes les informations qui paraissent sur le web, dans la presse… En ce qui concerne les politiques, ils se sont déjà convaincus par eux-mêmes en discutant avec les auteurs présents et par l’image qu’ils se sont fait de l’événement. Cela les convaincra encore plus facilement de nous donner les moyens pour développer le festival. Aujourd’hui, je suis totalement convaincu par le plateau d’auteurs, par les échos des professionnels présents, par le contenu, les échanges, par l’actualité, les à-côtés du festival, comme la balade jusqu’au glacier, les gens garderont les images de tout ce que la Plagne peut offrir aux vacanciers. Mais je suis aussi au milieu d’un dispositif énorme, avec des intérêts économiques très importants, des pressions, ne serait-ce que des hébergeurs qui nous ont fait confiance et ont joué le jeu en mettant à disposition des appartements pour nous aider à réaliser cet événement. Ils nous posent des questions sur ce retour qu’ils aimeraient rapide sur investissement, parce qu’il faut parler économie à un moment donné. Je ne peux donc pas avoir un discours simplement qualitatif, mais aussi économique. Aujourd’hui, ma difficulté est de faire concorder l’économique et le culturel. Les changements engagés il y a quelques années et en montant de gamme doivent se traduire en matière économique. La question est d’autant plus sensible que l’été est de plus en plus difficile en montagne, surtout sur des stations comme la nôtre, où le parc immobilier lié à l’industrie du ski est énorme. Tout le monde en est content, parce que cette activité fait vivre beaucoup de gens et du business pendant la saison d’hiver. Mais on se retrouve aussi avec cet immobilier en été. Pour donner une idée, la seule vallée de la Tarentaise, sur laquelle nous nous trouvons, compte 300.000 lits touristiques, c’est-à-dire l’équivalent du nombre d’habitants de la Savoie. La concurrence entre stations est encore plus dure en été qu’en hiver. Nous générons tous des événements les plus intéressants possibles, pour essayer de capter la clientèle, mais nécessairement, cela s’entrechoque. Nous devons mener une réflexion sur ce que nous proposons comme concept de fond, mais aussi, à terme, nous n’échapperons pas à une réflexion commune, nous devrons nous rassembler à un moment donné, parce que nous aurons des choix importants à faire dans les années à venir. Comme les autres directeurs des stations environnantes, je suis confronté à l’obligation de rendement, c’est-à-dire de donner des retours directs aux professionnels, mais aussi de travailler à dix ou quinze ans pour réintéresser les gens à la montagne.


Patrick Hazeaux, Jacques Ferrandez et José Muñoz
© Maison du Tourisme de La Plagne

En clair, vous me donnez un objectif à dix ou quinze ans…
Oui, je vous donne cet objectif à dix ou quinze ans, parce qu’il est dans nos têtes à plusieurs niveaux, notamment d’investissements par rapport à la station, et nous ne pouvons pas décaler l’investissement par rapport au contenu. Si nous créons de nouveaux hôtels, de nouvelles remontées mécaniques (à l’échelle de vingt-cinq ans), si nous rénovons de l’hébergement, des investissements à longue échéance, fixer un objectif à deux ans pour un événement comme Culture Plagne n’a pas de sens. Je pense donc que le festival est installé pour quelques années. Aujourd’hui, j’ai encore une petite hésitation, parce qu’il faut faire le bilan de cette édition, que j’analyse le retour des éléments développés cette année au niveau de la station pour enrayer la chute de fréquentation. Les événements et l’environnement sont importants, et j’ai mis en place des outils à titre expérimental cette année, qui fonctionnent plutôt bien et peuvent aider les événements à s’installer. Je ne peux pas prendre une simple décision sur l’événement seul, il s’intègre dans une stratégie globale sur la station.

D’autres projets culturels dans l’année ?
Les projections que je mène portent sur les liens avec l’hiver. Aujourd’hui, il s’agit d’une clientèle estivale familiale, qui va découvrir ce que nous proposons. Nous avons aussi une clientèle d’hiver, différente, française et étrangère, de classe supérieure en termes économiques et d’approche culturelle. Il serait presque dommage qu’un événement comme Culture Plagne n’ait pas de répercutions sur l’hiver. La forme et l’organisation ne peuvent pas être les mêmes.

Un mini-événement au cœur de l’hiver ?
Oui, un ou des mini-événements. Nous pouvons mettre en place des sorties de livres, des conférences avec les auteurs, plus faciles à organiser, mais sur de l’après-ski, donc sur des temps très courts. Nos clients sont peu disponibles, mais ils peuvent consacrer une demi-heure à un microévénement.

Propos recueillis par Mickael du Gouret en août 2008
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© Mickael du Gouret / Auracan.com
photos © Maison du Tourisme de La Plagne

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Pour en savoir plus : le site de Culture Plagne

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Mickael du Gouret
22/08/2008