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Quel est le facteur qui
a déterminé la
réédition des Aventures de Mic
Mac Adam pour les Editions Dargaud
?
Les albums de ce héros étaient épuisés
depuis belle lurette. Il y avait donc une demande assez
pressante de certains nostalgiques. Ces rééditions
sous forme d'une Intégrale redonnent donc une
vie à ce personnage. J'en suis fort heureux,
mais paradoxalement, cela me laisse perplexe. En effet,
grâce à cette démarche, je suis
assez tenté de lui faire vivre de nouvelles
aventures A quoi bon ressusciter un personnage et ne
plus l'exploiter ensuite... Mais en demeurant réaliste,
je dois bien admettre qu'il me serait très difficile
de mener à bien deux séries de front.
Or, il n'est pas question de laisser en plan Woogee,
mon personnage actuel. De plus, je me demande si Mic
Mac Adam n'est pas une série qui appartient
déjà au passé. Enfin, ces doutes
ont beau me tarauder l'esprit, je crois tout de même
que je ne résisterai pas à l'envie de
me replonger dans cet univers.
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Le cas échéant, en reviendrez-vous à un
travail d'équipe ou continueriez-vous à travailler
en solitaire comme vous le faites pour Woogee ?
J'aimerais bien assumer seul le scénario et
le dessin. Par contre, je serais très heureux
si Stephen Desberg me fournissait au préalable
un vague synopsis de l'intrigue. Ainsi, j'aurais l'impression
de retrouver la symbiose de l'époque. En effet,
nous agissions à peu près de cette manière
au temps de notre collaboration. Si ce n'est qu'il
me procurait un scénario plus détaillé.
Je ne lui demanderais plus autant aujourd'hui. Il est
exact que je tiens à colorier moi-même
les planches de Woogee. Mon épouse se chargeait
de cet aspect du travail pour les Mic Mac Adam. Elle
reprendra ce rôle si d'aventure je reprends cette
série. Comme je l'ai déjà dit,
je tiens à retrouver le même esprit qu'à l'époque.
Ou, à tout le moins, de m'en rapprocher au maximum.
Sans cela, je ne vois pas l'intérêt d'exploiter à nouveau
ce personnage. Il vaudrait mieux alors créer
quelque chose de totalement neuf... Tel n'est pas mon
but et il est donc naturel que je songe aux personnes
qui me secondaient à ce moment.
On peut cependant supposer que les rééditions
ne s'arrêteront pas en si bon chemin puisqu'il
subsiste du matériel épuisé qui
n'a pas été retenu dans l'Intégrale
proposée ?
En effet, nous pourrions aisément constituer
un second volume de cette Intégrale. Mais rien
n'a encore été négocié en
ce sens. Les résultats des ventes actuelles
semblent satisfaire tout le monde et il n'est pas interdit
d'imaginer un second volume. Ceci dit, si cela se fait,
ce ne sera pas avant un certain temps. En effet, cette
Intégrale est inclue dans les “Classiques
du Rire“. Différents auteurs ont été sollicités
pour alimenter cette collection. On devra attendre
que ces dessinateurs voient leur compilation éditée
avant d'espérer un second volume de Mic
Mac Adam...
Peut-être nous ferez-vous agréablement
patienter d'ici là en nous proposant une nouvelle
aventure de Woogee?
Mais très certainement ! Bien que je n'ose plus
rien affirmer tant j'ai déjà pris du
retard... Cependant, je pense que la parution du quatrième
Woogee pourrait être sérieusement envisagée
pour la fin de l'année 1997. Touchons du bois
!
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Le retard que vous avez pris dans l'élaboration
de cet album trouve-t-il une explication logique ?
Pour la toute première fois, en 25 ans de métier,
j'ai éprouvé un ras-le-bol par rapport à mon
oeuvre. Je ne peux pas parler de saturation, mais plutôt
d'une importante fatigue. Depuis toujours je suis très
motivé par rapport à mon travail. Je
donne beaucoup de moi-même dans l'élaboration
de mes récits et cela a fini par se payer. A
ce moment, cela faisait déjà trois ans
que je n'avais plus pris la peine de souffler en prenant
quelques vacances. La fatigue, engendrant la lassitude,
est alors survenue d'un seul coup. J'avais déjà réalisé le
quart du récit lorsque je fus confronté à cet état
inhabituel. Le problème est que je suis très
entier comme personne. Je ne peux pas tricher et il
faut que je sois à 100 % de mes capacités
pour donner le meilleur de moi-même et être
heureux. Il m'a fallu un peu de temps pour digérer
cette attitude et poursuivre ma production avec enthousiasme.
J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec différents
collègues, parfois bien plus jeunes que moi,
et ils m'ont quelque peu rassuré. En effet,
la plupart d'entre eux ont également vécu
cet état de fait assez perturbant. L'important
est d'avoir franchi le cap ! Toutefois, l'album qui
s'annonce sera de ce fait un peu particulier. Une partie
de celui-ci a été conçue alors
que ma vie était assez agitée. Je trouve
que je m'en suis plutôt bien sorti. Finalement,
je n'ai pas cessé de travailler durant cette
période. J'ai abordé d'autres travaux,
plus alimentaires, tout en poursuivant le graphisme
de Woogee d'une manière épisodique. Malgré tout,
j'arriverai sans doute à boucler le récit à peu
près dans les temps. En effet, je respecte généralement
une période de deux ans entre chaque album.
Je prends le temps qu'il faut pour réaliser
chaque planche comme je l'entends. Parfois cela prend
trois jours, d'autres fois dix... Je me suis cependant
rendu compte que pour assurer le succès d'une
série, il faut impérativement assumer
une certaine régularité dans la publication
des albums. Aussi, afin de rassurer éditeur,
libraires et lecteurs, je m'emploie actuellement à maintenir
un rythme plus soutenu dans la réalisation de
mes planches. Je voudrais éviter qu'il ne s'écoule
plus de quinze mois entre chaque sortie d'un nouveau
titre de Woogee...
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En cours de réalisation, vous avez également
modifié une partie de votre scénario...
Effectivement, mais je n'attribue pas ce fait à ma
déprime. Il s'avère que la notion de
kidnapping est abordée dans mon récit.
Or, l'été 1996 a malheureusement mis à jour
l'Affaire Dutroux. Cette tragique affaire n'a aucun
rapport avec mon scénario, mais elle a fortement
influencé ma vision des choses. Ces événements
m'ont inévitablement amené à remanier
la trame de mon histoire.
Pourriez-vous nous présenter brièvement
cet album ?
Il s'intitulera le Samaritain de Yosémite. Je
crois avoir imaginé un récit où le
côté dramatique ne prime pas. C'est une
histoire qui démarre d'une manière assez
dilettante. Tout en mettant lentement en place la trame
dramatique, j'ai voulu prendre tout le temps nécessaire
pour implanter les personnages dans une atmosphère
détendue. Le récit débuta dans
le magnifique Parc National de Yosémite durant
la période estivale. J'implante de nouveaux
personnages, de nouvelles amitiés, une nouvelle
vie... Mais tout cet univers, finira tout de même
par basculer et nous découvrirons alors un sujet
beaucoup plus sinistre. C'est une histoire transitoire,
en un tome, mais qui prépare déjà les
prochains albums. C'est un peu le propre de la série
Woogee. Tous les récits ont une incidence sur
les suivants car ils donnent l'occasion aux personnages
de mûrir, de modifier leurs relations...
Le prochain album est-il déià défini
dans votre esprit ?
Oui, totalement. Il aurait d'ailleurs dû suivre
le cycle de la Cité des Anges. En définitive,
j'ai préféré le postposer, car
il s'agira à nouveau d'un cycle en deux albums,
tant il offre de la matière ne demandant qu'à être
développée... J'utiliserai en toile de
fond le tournage d'Autant en emporte le Vent. Attention,
ce ne sera pas un documentaire sur ce film prodigieux
! Le récit sera nerveux et dans la lignée
des Woogee précédents. Mais j'avais besoin
de souffler. Aussi me suis-je attardé sur un
récit moins ambitieux pouvant être traité en
un volume. De plus ce dernier allait me permettre de
changer d'univers graphique puisqu'il se déroule
en grande partie dans le Parc National déjà cité.
Je pensait que ce serait plus facile de dessiner la
forêt, par rapport aux décors urbains
habituellement présents dans la série.
Je me suis bien trompé ! (rires).
Naguère, vous n'hésitiez pas à voyager
pour repérer les lieux de vos séries.
En est-il de même pour les récits de Woogee?
Hélas, non. Je ne me suis toujours pas rendu à Los
Angeles. Cela ne saurait cependant pas tarder. En fait,
je pense que maintenant, je peux y aller. Si je l'avais
fait avant, j'aurais certainement mal été influencé.
Il faut se rendre compte que le Los Angeles de nos
jours n'a plus grand chose en commun avec celui que
je m'efforce de retranscrire dans ma série,
aux approches des années '40. Ce qui fait que
j'ai volontairement fait obstraction de la réalité actuelle
au profit de mon imagination, épaulée
par de nombreux documents d'époque. Désormais,
je suis arrivé à bien cerner l'univers
de Woogee et c'est avec plaisir et intérêt
que je me rendrai prochainement dans cet Etat. Je ne
me laisserai probablement pas influencer par le Los
Angeles moderne, mais ce voyage pourra par contre m'apporter
un plus au niveau de la retranscription des couleurs,
notamment.
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Revenons quelque peu sur le dénouement de La
Cité des Anges... Vous
avez fait disparaître
un personnage important et attachant. N'est-ce pas
un peu trop tôt pour perturber votre public qui
commence tout juste à trouver ses repères
dans cette jeune série?
Mais la vie est aussi cruelle... Des connaissances
arrivent, vivent, meurent, certaines plus tôt
que d'autres... On a beau créer des personnages
plus attachants que d'autres, si l'on veut instaurer
une crédibilité à la série,
il ne faut pas passer à côté de
ces réalités. Les lecteurs peuvent apprécier,
détester, demander, mois ils n'ont rien à exiger
de moi ! (rires). Ceci dit, il n'est pas interdit de
faire revenir ces disparus. A condition d'avoir une
explication qui tienne correctement la route. Il se
pourrait que j'ai imaginé cette opportunité...
Encore faut-il que cet éventuel retour soit
justifié et serve à nouveau la série.
N'oublions pas que j'ai d'abord choisi de raconter
la vie de Woogee.
On connaît pourtant des séries où les
personnages secondaires mûrissent de plus en
plus, au point de prendre autant d'importance que le
héros...
Oui, mais ce ne sera pas le cas dans cette série.
Je ne veux cependant pas mettre Woogee plus en valeur
que ses compagnons. Si la série veut être
cohérente, il faut donner une dimension à chaque
personnage. Le héros ne peut pas vivre uniquement
par lui-même, sinon autant l'implanter sur une île
déserte et qu'il vive seulement ses magnifiques
aventures !... La puissance du personnage se développera
davantage s'il entre tient des rapports égaux
avec ses compagnons. Nous-mêmes ne sommes rien
les uns sans les autres ! Cependant si le héros
en vient à s'effacer par rapport à d'autres
personnages, c'est qu'il est assez anodin et n'a pas
l'envergure pour donner son nom à la série.
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Cet amour que vous portez au cinéma,
l'entretenez-vous activement dans les salles obscures
?
Pas tellement. Les cinémas actuels me désolent.
On n'y met guère les films à l'honneur.
Les publicités sont aussi présentes que
sur notre écran de télévision,
les salles de cinéma n'offrent plus cette magie
qu'on pouvait y trouver d'antan. Ce sont désormais
des endroits où on s'ennuie en attendant le
début du film, alors qu'on pourrait nous y faire
découvrir une multitude de courts métrages
que des réalisateurs se tuent à réaliser,
avec passion mais sans reconnaissance puisqu'on ne
les diffuse jamais aux yeux du tout public. Les réalisateurs
que j'apprécie énormément sont
Billy Wilder, Frank Capra, Alfred Hitchcock. Ces gens
ont eu l'art de faire des films sans grands moyens
mais qui restent indémodables, à mon
sens. L'univers qu'ils dépeignent est un peu «carton-pâte»:
on perçoit bien que les décors sont un
peu irréels, mais on se sent irrémédiablement
entraînés par ce qu'ils nous montrent.
On ne peut qu'y croire et se laisser envahir par les
moments de distractions qu'ils nous offrent. Ils n'étaient
pas infaillibles et ont aussi naturellement commis
certaines erreurs cinématographiques, mais ils
demeurent pour moi inégalables. Pour en revenir à Hitchcock,
je pense qu'il a fait énormément de bien
au cinéma, mais également assez de mal.
Je m'explique: actuellement, peu de metteurs en scène
ont sa force pour retranscrire une ambiance aussi prenante
au niveau du suspense, sans l'aide de quelconques artifices
technologiques et autres procédés devenus
clichés. Cependant, quand un réalisateur
est assez intelligent que pour concevoir un bon suspense,
notre esprit fait presqua inévitablement la
comparaison avec ce que produisait Hitchcock. De telle
sorte que ces films contemporains seront facilement
rangés dans le genre parodie du Maître
Alfred. Plus proches de nous, les frères Coen
et Woody Allen sont les réalisateurs qui me
marquent plus particulièrement.
Vous avez la réputation d'expérimenter
l'univers que vous cherchez à décrire.
Auriez-vous certaines anecdotes à nous faire
partager ?
J'ai toujours cherché à découvrir
ce que je racontais. Lors de l'élaboration d'Elmer
et moi, j'oi voulu m'initier à la ventriloquie
et la magie. Deux milieux très fermés
mais qui m'ont néanmoins accepté quelque
temps. J'ai ainsi été mis ou courant
de quelques pratiques et façons de faire propres à ces
mondes. Par contre, du temps de Mic Mac Adam, je ne
me suis pas autant investi pour découvrir les
sujets traités, tels le spiritisme, la magie
noire... Ce manque d'expérimentations de ma
part étant sans doute dû au fait que ces
idées étaient imaginées et suggérées
par Stephen Desberg. Mais je l'aurais indéniablement
fait s'il s'était agi de ma propre création.
Dernièrement, pour le besoin d'une scène
de Woogee, je devais imaginer une entrée par
effraction dans un grand studio. Or, les dimensions
du palais n°5 au Heysel sont sensiblement égales à celles
d'un studio de cinéma. Comme je voulais reproduire
une hypothèse crédible concernant l'effraction,
je me suis adressé au GMIC, société de
surveillance et de protection, afin d'étudier
la composition des lieux du palais n°5. Or, en
cet endroit se déroulait à cette époque
le salon de l'Automobile...Afin de ne pas perturber
leur travail de surveillance, la société GMIC à plutôt
suggéré de m'engager dans une de leur équipe.
J'ai alors dû effectuer un vrai travail de gardiennage
durant une période déterminée.
C'est d'ailleurs dans le cadre de ce travail que j'
ai eu l'opportunité de servir de garde du corps
au futur Roi Albert II. En effet, j'étais chargé de
suivre ses déplacements lors de sa furtive visite
au salon de l'Automobile. J'ai donc joué mon
petit « Robert De Niro » et ai payé de
ma personne pour me soumettre aux exigences de mon
scénario. L'expérience fut finalement
payante... En effet, après quelques jours de
travail sérieux mais aussi, et surtout, d'observations
et réflexions, j'ai trouvé un moyen de
pénétrer dans le palais par effraction
et cela a donc bel et bien servi mon scénario
pour cette aventure de Woogee.
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Avec tout le mal que vous vous donner pour dessiner,
les collectionneurs doivent vous harceler !
Pour ma part, je détruis systématiquement
mes croquis. Je considère que ces dessins sont
bien souvent indispensables à la réalisation
d'une case, mais qu'étant « imparfaits »,
car peu fignolés, ils ne méritent pas
de survivre au produit fini. Mais tout le monde ne
partage pas mon avis, les collectionneurs justement...
En fait, il y eut un temps où j'en ai surpris
quelques-uns fouillant mes poubelles dans la rue !
Aussi, afin d'éviter ces scènes, mes
croquis servent désormais de combustible pour
chauffer ma petite famille lors des froides soirées
d'hiver... Quant à mes dessins originaux, je
les garde par amour propre. Ceux qui possèdent
ce genre de dessins de ma personne sont des privilégiés
car je ne souhaite pas nourrir ce type de marché!
Vous nous parliez de travaux plus alimentaires
qui vous ont permis de tenir le coup lors de votre
passage à vide
sur la série Woogee...
Je vois sur quel terrain vous voulez m'emmener ! En
effet, j'ai participé au lettrage de nombreux
Mangas édités par la maison Kana. Ces
travaux ont finalement aidé à me ressourcer
et m'ont ouvert de nouvelles portes. En ce sens que,
encore aujourd'hui, je participe graphiquement à certains
Mangas, mais d'une manière plutôt peu
conventionnelle. En fait, quand il reste quelques pages à combler
dans les ouvrages édités par Kana, je
dessine une ou deux planches de gags où, je
me caricature. On m'y découvre peinant sur mon
travail de lettrage et ne songeant qu'à une
seule chose aller jouer ou golf. C'est ma passion.
J'apparais ainsi dans certains ouvrages d'Angel Dick
et Armagedon. Voilà pour l'anecdote...
Avez-vous d'autres projets plus ou moins
immédiats
?
Oui, je participe à un ouvrage collectif ayant
pour thème: "Le Père Noël dans
tous ses Etats" (N.D.L.R. Le Père Noël
dans ses petits Souliers est le titre définitif)
. Celui-ci devrait bien entendu sortir pour les fêtes
de fin d'année. J'y ai signé trois petites
histoires: une au niveau graphique, ainsi que deux
participations actives aux scénarios de celles
dessinées par Philippe Delaby et Eddy Paape.
Il y aura également bientôt un ou deux
petits volumes chez Point Image, reprenant des épisodes
de Tom Appelpie, un héros que j'animais naguère
dans les pages du journal Tintin.
Il se chuchote qu'André Benn serait présent
sur un site internet...
C'est exact. Un site portant mon nom est développé par
un ami : Stéphane Lemaire. Il m'a contacté à cette
fin et y a fait du très bon travail. On y retrouve
divers aspects de ma carrière: actualités,
photos, interviews, bibliographie, liens avec mes collaborateurs...
Ce site est finalement assez complet et me satisfait
pleinement. Au travers de certaines correspondances
internautes, nous avons d'ailleurs appris que le nom "Woogee" existe
bel et bien. Je croyais l'avoir imaginé, mais
nous avons constaté, en "surfant",
qu'il existait un tableau, visible dans un hôtel
américain, représentant un Indien comanche
prénommé comme mon héros. Une
petite anecdote amusante. En tout cas, je suis curieux
d'apprendre s'il existe également des Mic Adam
en Ecosse...
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Vous avouez avoir besoin d'une moyenne
de deux ans pour réaliser un album. Ne subissez-vous pas
certaines pressions de votre éditeur afin d'alléger
votre part du travail ?
Malheureusement oui. Ils ont tenté de me conseiller à l'époque...
Je tiens cependant à assumer toute l'élaboration
de la série Woogee. J'établis les scénarios,
les dessine et mets le tout en couleurs. J'ai créé seul
ce personnage et je n'accepte rais pas de concessions
si je devais collaborer avec quelqu'un d'autre. De
plus, je perçois bien que mon public me soutient.
Lors des séances de dédicaces, beaucoup
de lecteurs m'avouent ne pas être déçus
d'avoir dû patienter car le résultat les
satisfait amplement. Je ne pourrais pas leur offrir
la même qualité, ceci dit sans prétention,
si je devais moduler mes exigences et mes goûts
avec ceux d'un collaborateur.
Par contre, n'envisageriez-vous pas d'établir
un scénario pour le compte d'un collègue
dessinateur ?
J'aimerais bien. Le sujet a d'ailleurs déjà été abordé avec
certains mais ne s'est jamais concrétisé.
Je reste lucide: je me considère comme un auteur,
mais pas comme un scénariste à part entière.
A travers ses récits, un auteur peut aborder
tous les sujets que lui dicte sa sensibilité.
Par contre un scénariste doit se mettre au service
d'un dessinateur et veiller à ce que son récit
soit partagé par son collègue, tout en
laissant à ce dernier la possibilité de
le dessiner. Ce n'est pas si simple...
Votre trait fait
plutôt référence
au style humoristique, tandis que vos scénarios
sont très réalistes. Cette particularité ne
vous dessert-elle pas lorsqu'il s'agit d'intéresser
de nouveaux lecteurs qui ne connaissent pas votre œuvre
?
C'est vrai que ce public ne peut pas me juger sur la
seule vue de mon graphisme. Pour ma part, je trouve
qu'il est très difficile de réussir à marier
harmonieusement ces deux styles. Je n'aime pas dessiner
d'une manière réaliste, par contre j'adore
imaginer des récits qui sont crédibles
et bien ancrés dans la réalité.
Je suis bien obligé de composer avec ce fait.
Et ça me plaît, d'ailleurs. Le challenge
est intéressant. Cependant, Régis Loisel
est également confronté à ce dilemme.
La seule différence qu'il y a sans doute entre
lui et moi, c'est que ses albums se vendent magistralement
bien. Je rame peut-être un peu plus. (rires).
Ses récits sont plus portés vers l'imaginaire,
mais son graphisme est lui aussi situé entre
deux styles. J'attirerais sans doute plus facilement
un nouveau lectorat si j'adaptais mon trait au scénario,
mais dans ce cas, je ne dessinerais plus d'une manière
instinctive. Ca serait trop laborieux que pour m'amuser.
Or, c'est essentiel, non ?
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Propos recueillis par Eric Vermeulen
et Cedric Lang
Reproduction interdite sans autorisation préalable
Interview publiée dans Auracan n°19, Octobre-décembre
1997
© Auracan 2004 - Graphic Strip 1997
Illustrations © Benn, Dargaud
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