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Extrait de la couverture du T2 de Mic Mac Adam

Vous publiez également le deuxième tome de Mic Mac Adam. Qu'est ce qui vous a séduit lorsque André Benn vous a proposé de reprendre ce personnage ?
Adolescent, j'étais plutôt porté sur les comics book américain. Je n'ouvrais jamais le journal de Spirou et ne connaissais donc pas cette série, crée par André et Desberg. J'ai découvert sur le tard que le créateur de Woogee avait réalisé une autre série… J'étais intéressé d'écrire une histoire que je ne m'attendais pas à faire. Je voulais me surprendre moi-même. Je me suis documenté sur le personnage. J'ai vite pris conscience qu'il n'était pas trop plombé par un univers trop affirmé. J'ai donc accepté la proposition d'André.

Finalement, ce personnage n'a jamais eu qu'un succès d'estime. Donc, vous ne risquiez pas grand chose…
Le succès ou le risque n'ont rien à voir là-dedans. Si on me proposait de reprendre La Jeunesse de Blueberry, j'accepterai volontiers l'offre ! Laurent Hirn et moi-même sommes des amateurs de cette série et pensons que cette déviation n'est pas traité à sa juste valeur…

Vous avez amené Mic Mac Adam vers plus de réalisme…
Il me fallait poser les bases du personnage, savoir pourquoi il s'intéressait à l'étrange et écrivait sur ce genre. Les deux premiers albums peuvent être déroutants, puisque le personnage central subit l'aventure et reste assez passif. Mais en même temps, on ne l'a jamais autant senti impliqué dans une de ses histoires.

Le récit contient un côté poétique, même si l'ambiance est également sombre…
Je voulais emmener Mic Mac dans un univers proche de l'enfance. La vie actuelle du personnage est une prolongation de ses rêves, des conversations avec son père. Le lecteur comprendra dans le second tome la raison de son attirance pour le fantastique. C'est une nouvelle aventure de Mic Mac Adam, mais en même temps, on ouvre des portes vers d'autres voies…

Extrait du T2 de Mic Mac Adam

Son caractère est fort différent de la série originelle, écrite par Desberg…
Effectivement. Les premiers récits étaient plus humoristiques, puis sont devenus fort sombres. Mais il est toujours resté hiératique, froid et surtout très british. Je ne vais pas critiquer le travail de Desberg, surtout qu'à l'époque, on écrivait fort différemment. Peu de scénaristes européens s'intéressaient à la psychologie des personnages. C'est d'ailleurs pour cette raison que je dévorais les comics américains.

André Benn intervient- il dans l'histoire ?
Non. Il réalisait un album tous les deux ans lorsqu'il dessinait sa précédente série. Il a aujourd'hui la volonté de réaliser un album par an. Pour cela, il a décidé de faire confiance aux Color Twins pour les couleurs et à moi-même.

Extrait du T2 de Mic Mac Adam

Pour le troisième album, vous changerez quelque peu votre manière de travailler …
Je le cosigne avec mon frère, Yves. André vient de lire le synopsis et semble l'apprécier. Le deuxième album boucle le cycle du marais. Un des personnages, Vicky, s'en échappe. Dans le troisième tome, Mic Mac Adam part à sa recherche en France. L'histoire se déroule au cœur de la première guerre mondiale. La vie sentimentale du héros sera bousculée, au cœur d'une intrigue où les événements ne sont apparemment pas liés au fantastique. Il s'agira d'une histoire en un volume, mais prolongé par une autre. J'aime la continuité entre chacune des histoires, entre chaque album.

La légende prétend que votre frère vous a poussé à devenir scénariste…
C'est un bien grand mot (rires). Un jour, alors que nous avions respectivement 6 et 8 ans, nous regardions un dessin animé, narrant les aventures d'un extraterrestre. Celui-ci avait des petits tiroirs dans le ventre. Yves a aussitôt commencé à remplir les pages d'un cahier d'écolier en s'inspirant de ce personnage. Ses premières BD furent donc Les Aventures de Takor l'extraterrestre. Cette expérience a quand même duré quatre ans. Il les lisait à ses amis et ceux-ci en redemandaient. Un peu jaloux de son succès, je lui ai emboîté le pas. A l'époque, je passais mon temps à copier les dessinateurs américains. J'étais assez frustré de ne pas me trouver un style. J'ai donc abandonné le dessin pour écrire des histoires. J'ai rapidement pris conscience que je fournissais des scénarios à tous mes amis. De fil en aiguille, j'ai commencé à lire et à écrire des choses plus littéraires…

Extrait du T2 de Mic Mac Adam

Le principe du co-scénario vous est-il agréable ?
Nous avons bâti le synopsis ensemble. Notre manière de travailler ressemble à une partie de ping-pong. J'émets une idée et il en rajoute une autre. J'ai bien évidemment un regard plus technique sur notre travail, puisque je suis dans le métier depuis dix ans. Lorsque l'on travaille seul, il faut apprendre à s'auto-critiquer. C'est un art assez difficile. Là, si mes idées sont mauvaises, mon frère va me le faire remarquer. A force d'avoir lu des bandes dessinées, Yves a acquit une bonne connaissance de la technique du scénario. Il me force aussi à essayer de dépasser mes limites… Le synopsis du troisième Mic Mac Adam a été établi en quatre ou cinq séances de travail. Si mon frère n'était pas expert-comptable, on ferrait probablement quinze albums par an (rires).

Ne vous sentez vous pas trop étroit dans le domaine de la bande dessinée ?
Mon rêve d'enfance était de vivre de la BD. Je n'étais déjà pas certain de pouvoir y parvenir. Savoir que les éditeurs de France et de Belgique apprécient mes histoires, cela suffit à mon bonheur. C'est un média qui nous laisse une très grande liberté. Le livre représente 90 % des choses auxquels nous voulons arriver. Laurent Hirn et moi-même sommes tentés par une expérience cinématographique. Mais en même temps, nous savons que nous allons nous heurter aux avis des producteurs, réalisateurs, etc. Nous devrons donc mettre trop d'eau dans notre vin. Et le film ne représentera plus que 40 % de nos envies. Travailler pour le cinéma serait donc assez décourageant !

Le cinéma permet de faire passer plus d'émotion…
Les moyens y sont plus importants pour arriver à cette fin : musique, image, les talents du comédien et du metteur en scène. Les auteurs d'une BD ne peuvent compter que sur leur deux talents pour exprimer cette émotion (mais parfois, cela peut suffire). Je ne me suis jamais senti à l'étroit dans ce genre. La bande dessinée permet également d'émoustiller l'imaginaire des lecteurs. Par exemple, le troisième album de L'Esprit de Warren commence six ans après le précédent. C'est au lecteur de combler le vide…

Mais en même temps, le lecteur aime être guidé, non ?
J'adore les dérouter. Je ne réalise pas des bandes dessinées pour gagner de l'argent, mais plutôt pour surprendre et émouvoir le lecteur. Certaines personnes ont pleuré en lisant les dernières pages du Pouvoir des Innocents. Cela m'a ému lorsque je l'ai su.
En fait, je n'ai pas de plan de carrière pré-établi. Pourquoi n'ai-je pas fait toute ma carrière chez Guy Delcourt ? Parce qu'il me faisait trop confiance.
Guy aurait été capable de signer un contrat sur base d'un synopsis de trois lignes. Lorsque Sébastien Gnaedig a quitté son poste de chef de fabrication des éditions Delcourt pour devenir directeur artistique aux Humanoïdes Associées, je lui ai envoyé deux synopsis. Malgré l'envie de travailler avec moi et la fragilité due à son inexpérience, il m'a dit qu'il voyait des erreurs dans mon histoire !… Cela m'a soulagé de rencontrer quelqu'un capable de me dire que je pouvais faire mieux et qui savait me fournir des pistes pour améliorer et réorienter mon histoire. Il s'agissait de l'histoire que je ferrais probablement avec Ralph Meyer.

Extrait du T2 de Mic Mac Adam

Après une longue période de réflexion, suite au désistement du dessinateur, vous reprenez Urban Games
Autant je peux être fier des différents albums que j'ai scénarisé, autant j'ai nourri beaucoup de doute et d'appréhension à l'égard de cette série. A l'époque, je fréquentais beaucoup Jean-David Morvan. Il m'avait poussé à écrire une histoire dont la narration se rapprocherait de Nomad. Cette idée me séduisait. J'ai appliqué ce principe au synopsis d'Urban Games. En fait, cette manière de diluer l'histoire, d'étendre la narration ne me convient pas du tout. Même si le premier album fait quatre-vingt pages, il reste néanmoins la moitié de ce que nous avions prévu au départ. C'était assez déstabilisant : en règle générale, j'écris des 46 pages très denses, et là, j'ai un 80 pages dilués. Raufflet, le dessinateur, a abandonné à la fin du premier album car cela représentait un trop gros investissement pour lui. Hirn et Cagniat devaient reprendre la série, mais étaient démotivés par le fait de travailler dans le style d'un autre… Nous avons tous relu le scénario et on c'est dit que l'histoire méritait une seconde chance. Nous allons donc reprendre l'histoire depuis le début et recommencer le premier album (avec une nouvelle approche tant graphique que scénaristique). Celui-ci devrait paraître en septembre 2003. Laurent Hirn découpera l'histoire. Le dessin sera finalisé par Laurent Cagniat.

Vous avez également un projet pour la prestigieuse collection Aire Libre des éditions Dupuis. Laurent Hirn a t'il déjà entamé les premières planches ?
J'aimerai bien. Mais il a tellement vécu avec Le Pouvoir des Innocents qu'il lui est difficile de dessiner un autre univers (rires). Il est vrai que l'univers du Sourire du Clown sera à l'opposé de notre précédente série. Cette histoire contemporaine traitera de la banlieue, en France, mais sous un regard particulier : un jeune garçon est victime d'une paralysie faciale depuis l'âge de huit ans. Il a vu sa mère assassiner devant lui un clown, ce qui l'a profondément marqué. Le partenaire du clown assassiné prend alors l'enfant sous son aile et lui apprend à s'exprimer au travers du maquillage, de ses gestes, etc. Les problèmes de la banlieue seront bien sûr abordés, mais sous le regard de l'enfant. Le Sourire du Clown devrait faire trois albums.

Pas d'autres projets ?
Il y a l'histoire avec Ralph Meyer, mais c'est encore trop tôt pour en parler. Je réfléchis actuellement à une histoire pour Cécil (ndlr. Le réseau Bombyce) revisitant le mythe de Sherlock Holmes.


Propos recueillis par Nicolas Anspach en août 2002
Reproduction interdite sans autorisation préalable
© Auracan 2002

Les images de Vauriens sont © Brunschwig, Cagniat & Delcourt
Les images de Mic Mac Adam sont © Brunschwig, Benn & Dargaud.

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