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La bande dessinée, cela vous a pris il
y a longtemps? Etes-vous de ceux qui dessinaient des
crobards dans les marges des cahiers?
Moi, je dessinais des crobards sur les vestes de mes
copines.
Ce sont elles qui vous le demandaient?
J'ai grandi dans une cité à Genève,
une espèce de banlieue. Et je crois que c'est
comme ça partout dans
les écoles, il y a celui qui est mus-clé,
celui qui est fort en math, ce-lui qui fait du foot,
celui qui fait du judo, celui qui dessine... Moi, j'étais
celui qui dessine. Et, alors qu'il y en avait qui s'oc-cupaient
des devoirs de math, de mon cô-té, je réalisais
des dessins pour mes co-pains et copines de classe...
Vous avez suivi des études de dessin?
J'ai fait les arts décoratifs à Genève.
A la base c'est une école académique de
des-sin, pas de bande dessinée. Mais au moment
où j'y étais, ils ont décidé
d'ouvrir une section bande dessinée sur l'idée
de ce qui se fait à Saint-Luc. Cela a tenu deux
ans. Pendant ces années, j'ai donc bénéficié
de ce traite-ment un peu particulier où on nous
as-sommait moins avec des travaux tech-niques. Quelques
auteurs genevois venaient de temps en temps donner des
cours. Des gens comme Ceppi, Ab'Aigre, Vepi... Ce sont
des dessinateurs très connus à Genève,
mais assez peu en Belgique et en France.
Léon Coquillard
© Zep, GSSA Editions
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Comment cela se fait-il?
A Genève, il y a une espèce de commu-nauté
de dessinateurs où tout le monde se connaît
bien. Ils habitent tous à peu près dans
le même quartier. Ils sont principa-lement connus
pour leurs travaux d'af-fiches. En Suisse, on vote pour
tout. Toute décision législative doit
être votée. Ce qui donne en moyenne un
vote par mois. Et chaque fois qu'il y a des votations,
il y a des campagnes d'affichages. Alors plu-tôt
que de faire des trucs sérieux avec des têtes
de candidats, les partis politiques -sur-tout les partis
de gauche- demandent aux dessinateurs de bande dessinée
de réali-ser les affiches. Cela permet de nous
roder. C'est ainsi que j'ai réalisé une
quantité assez importante de sérigra-phies.
Ce qui fait que, main-tenant quand je dois faire un
ex--libris, je connais bien la technique... J'ai dû
en imprimer moi-même... (Rires). Parce que le
groupuscule politique n'avait pas as-sez de sous pour
donner le travail à un imprimeur, ils avaient
une petite presse à sérigraphie à
la cave. Cela m'a fait un ap-prentissage très
instructif.
Pas mal de lecteurs se souviennent des aventures
de Victor dans le journal de Spirou.
Comment en êtes-vous arrivé à travailler
pour Spirou?
En fait, Victor existait avant qu'il ne soit pu-blié
dans Spirou. J'en avais réalisé 70 pages
qui avaient été publiées dans la
presse suisse. II était question d'en faire deux
albums. Les couvertures étaient dessinées.
Finalement, un seul album
(Victor n'en rate pas une) est sorti chez Kesselring,
qui est un peu le Michel Deligne suisse si j'ai bien
compris.
Pourquoi avoir tant attendu pour proposer Victor chez
Dupuis? La première fois que j'ai voulu pré-senter
mes travaux chez Spirou, j'avais deux pages de Victor,
une affiche, une page en noir et blanc... Le dossier
typique du jeune qui va dans une rédac-tion et
qui montre un peu tout ce qu'il a fait: un croquis réaliste,
une aquarelle, l'image d'un pot de fleur, un collage,
une sculpture... (Rires). Puis j'ai rencontré
Derib qui m'a conseillé de présenter quelque
chose de plus conséquent. "II faut au moins
que tu aies 40 pages de la même série dessinée
pour qu'ils voient ce que tu peux faire, que tu peux
tenir la dis-tance" m'avait-il dit. Je suis donc
arrivé à la rédaction avec ma pile
de planches de Victor publiées. C'est clair que
cela avait tout de suite un plus grand impact.
Zep ne croyait pas si bien dire
dans ce dessin datant de 1995...
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Ces pages ont-elles été republiées
dans Spirou?
Ce n'est pas tellement la politique de la maison. Ils
veulent avant tout des choses nouvelles. Je n'ai d'ailleurs
pas tout de sui-te commencé avec Victor dans
Spirou. J'ai été "bizuté"
avec autre chose. C'était un peu la tradition
quand Vandooren était en-core rédacteur
en chef. C'était un peu le syndrome «Oncle
Paul». Quand quelqu'un venait avec un projet,
même si on l'ac-ceptait, il fallait d'abord faire
autre cho-se. Je dessinais des gags en une planche.
Ils m'ont dit « c'est bien, mais faites-nous des
histoires en 5 planches ». Je n'avais jamais fait
ça. C'était tellement catastro-phique
qu'au bout de deux ou trois his-toires, ils m'ont dit
« OK, on prend vos gags. Arrêtez tout! »
Ces histoires courtes ont tout de même
été publiées?
Oui, dans le journal. Cela s'appelait "Au bout
du Monde", c'était des histoires un peu
poétiques, rigolotes, mettant en scè-ne
un explorateur dans une forêt qui res-semble à
une forêt palombienne. A cette époque,
je travaillais tout en couleur di-recte.
Après cela, j'ai dessiné des nouveaux
gags de Victor. Les rares gags que j'ai repris, je les
ai redessinés. Etant chez Spirou, j'avais l'impression
d'être au Panthéon de la bande des-sinée.
Je n'avais même pas envie de publier des pages
que j'avais réalisées avant. Elles me
semblaient un peu mal foutues. J'avais vraiment envie
que ce soit des nouvelles choses, de donner le meilleur
de moi-même.
Quel souvenir gardez-vous de cette période?
J'ai beaucoup appris. Ce fut une expérience très
enrichissante. Ce qui est rigolo chez Spirou, c'est
cette tradition du contact lecteur et auteur. J'avais
à peine trois gags de Victor publiés que
je recevais déjà des lettres de lecteurs,
quand elles n'étaient pas
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Depuis quatre albums, vous animez un petit personnage
nommé "Titeuf".
Comment est-il né?
II est né dans une période de crise. Je
travaillais chez Spirou depuis 5 ans et il n'y avait
visiblement pas un désir d'éditer des
albums de Victor. C'était "Oui. Peut-être.
Non..." Le flou absolu. II n'y avait pas de volonté
claire. Alors j'ai commencé à proposer
d'autres projets. J'ai dessiné des pages et des
pages d'autres séries potentielles, mais toujours
sans rencontrer les goûts de la rédaction.
J'étais complètement perdu. J'ai même
réalisé des planches en réaliste.
Et,quand je les ai montrées à la rédaction,
ils m'ont alors dit: "Ah, mais ça c'est
ton truc! Si on avait su... Tu es vraiment un dessinateur
réaliste. En fait, tu n'es pas du tout un dessinateur
d'humour». Cela faisait deux mois que je dessinais
en réaliste ! (Rires). J'ai donc continué
un moment dans cette voie. J'ai ainsi commencé
à dessiner une histoire sur scénario de
Le Tendre. Mais j'en étais à peine à
la deuxième case de la première planche
que je me faisais déjà chier. C'était
vraiment du boulot de commande. Cela me désintéressait
totalement.
Alors sans conviction, j'ai continué à
chercher.
Et vous avez trouvé Titeuf?
Depuis toujours, j'ai l'habitude de faire des espèces
de petits journaux dessinés. J'y illustre des
choses qui me touchent particulièrement. A cette
époque-là, j'ai commencé à
dessiner des souvenirs d'enfance. C'était assez
cruel en général, mais il y en avait deux
ou trois qui étaient drôles. Là-dessus,
je me suis dit que j'allais dessiner quelques planches
sur ce sujet, juste comme ça, pour me faire plaisir.
Ces pages se sont retrouvées dans un fanzine
suisse qui est tombé sous les yeux de Jean-Claude
Camano, le directeur de collection de Glénat.
II m'a proposé de venir le voir à Paris
pour discuter de cela. Dans un premier temps, je n'y
suis pas allé. Ca me faisait chier d'aller voir
des gens qui allait me dire "oui, c'est bien ce
que vous dessinez, mais faites-les en bleu parce que
c'est ce qui marche en ce moment". J'étais
allé trois fois à Bruxelles pour rien.
Pif m'avait contacté un an avant, je n'y étais
pas allé non plus. Je ne savais pas trop ce que
j'allais faire. Je ne dessinais quasiment plus de bande
dessinée. Je n'avais pas besoin de cela pour
vivre car j'avais toujours des commandes d'affiches,
de prospectus, etc. Finalement, j'ai rencontré
Jean-Claude Camano qui m'a demandé de lui proposer
des story-boards. Ce que j'ai fait, tranquillement sans
conviction. Je m'amusais bien mais je me disais que
forcément si ça m'amusait, ça ne
leur plairait pas car, généralement, cela
ne plaît qu'à moi. C'est ainsi que cela
a démarré.
Physiquement, le personnage de Titeuf, c'est du crobard
dessiné dans des petits cahiers sans réfléchir.
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Il a un look assez inhabituel...
J'apprécie beaucoup la bande dessinée
américaine. Je ne connaissais pas les Simpson
à l'époque, mais je connaissais les autres
bandes dessinées de Matt Groening. Ses personnages
ont des stigmates très poussés: l'un a
des oreilles comme ça, l'autre a des yeux énormes,
l'autre n'a qu'un seul oeil. Déjà, ça
me faisait rigoler. J'aime ce côté à
mi-chemin entre la mascotte et le dessin BD plus belge.
Le dessinateur d'humour fait parfois un complexe: on
veut quand même faire des belles choses, des beaux
décors, des cadrages pour pouvoir montrer ses
planches originales. Pour que les gens disent «bon
dieu que c'est bien dessiné» (Rires). Mais
en réalité, ce qui compte c'est d'avoir
une grande efficacité. Pour moi, Bill Waterson
est un sublime dessinateur. C'est incontestablement
un dessinateur qui techniquement est très fort,
mais peu de gens prennent le bouquin de Calvin &
Hobbes en disant "tcheu comme c'est bien dessiné".
C'est agréable, cela se lit facilement. Alors
que lorsqu'on prend un bouquin, la première chose
qu'on regarde ce sont les dessins, les couleurs. On
est un peu à côté de l'objectif
premier d'un livre, c'est-à-dire raconter une
histoire. A moins que ce ne soit un livre de bande dessinée
plutôt réaliste, démonstratif ou
des choses comme fait Moebius qui tient plus du domaine
de l'exposition de dessins.
Pour la bande dessinée humoristique, on a toujours
tendance à vouloir en faire plus que nécessaire.
On veut rajouter des croisillons, un premier plan avec...
On garde en mémoire toute une série de
références de ce genre. On dessine les
bagnoles comme Franquin, les réverbères
comme machin... On ne dessine pas les immeubles comme
ils sont maintenant. C'est toujours référentiel
à de la bande dessinée. Et ça,
c'est un peu dommage.
Cela signifie que la bande dessinée européenne
a du mal à évoluer?
II y a peut-être aussi des nouvelles formules
à trouver. Si on regarde depuis 50 ans, les codes
sont restés les mêmes dans la bande dessinée:
un gars qui a peur, il a des gouttes de sueurs, il est
vert, il a des grands yeux... Je dis pas que c'est nul,
moi je le fais aussi. Mais je pense qu'on peut petit
à petit adapter, innover. Il y a des choses qui
ne veulent plus rien dire. Quelqu'un qui est ivre a
cette espère de spirale au-dessus de la tête,
c'est un code lié à une certaine époque,
maintenant ça fait rétro. II faut trouver
des nouvelles manières de faire passer des émotions.
A ce niveau, la BD américaine d'humour est assez
pionnière. Elle n'a pas ces codes. Les auteurs
américains n'ont pas grandi là-dedans.
S'ils veulent exprimer une émotion, ils vont
se dire « comment vaIs-je faire ». Ils partent
de rien. Le gars a peur comment vais-je le montrer.
Ils ne vont pas dessiner ces petits traits autour du
personnage pour indiquer que le gars tremble. On va
plutôt voir ses gencives, le blanc de ses yeux,
les petites veines... II y a pas mal de choses à
trouver.
Le cinéma a énormément évolué
depuis 50 ans, toutes les techniques de narrations ont
été bouleversées. Les cinéastes
ont leur propre technique de narration. J'ai l'impression
que ce n'est pas vrai en BD. En lisant Blueberry et
Achile Talon, dans certains cas, on va s'apercevoir
qu'on utilise les mêmes interprétations,
les mêmes codes. Ce qui est quand même bizarre...
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Où puisez-vous votre inspiration pour
créer les gags de Titeuf?
Dans le premier album, la plupart des histoires sont
issues de mes souvenirs. Evidemment pas à la
virgule près. Quand je raconte des choses qui
me sont arrivées, j'ai tendance à les
aménager, donc là c'est aménagé
à l'extrême. Petit à petit le personnage
a pris de l'indépendance. II a un peu sa propre
vie. Donc, je peux partir d'un événement
que j'ai vécu et faire réagir Titeuf à
sa manière. Je peux me dire "Je me souviens
quand mon oncle et ma tante ont divorcé du bordel
que cela faisait". Les histoires que Titeuf et
la cousine Julie vivent ne me sont pas arrivées,
mais ça aurait pu.
Maintenant, Titeuf évolue tout seul. Tant mieux,
car il arrive un moment où l'on n'a plus envie
de parler de ses histoires d'enfance.
Que devient Titeuf pour
l'instant?
Ben, il va se marier. (Rires). Je travaille sur
le prochain album.
Vous avez publié d'autres albums mis â
part Victor et Titeuf?
Récemment, le BD Club de Genève a édité
un album intitulé "Calin et Labelle".
II s'agit d'un recueil de gags publiés initialement
dans le mensuel catholique suisse "Vie". C'était
une série mettant en scène une femme-ange
et un diable qui étaient amoureux. Ils devaient
se voir en cachette et ils imaginaient pour ce faire
toutes sortes de moyens. II y avait plein de questionnements
par rapport à la tolérance en général.
J'y abordais divers sujets liés à l'actualité:
les réfugiés, les fiches (en Suisse, on
a une espèce de police des polices qui fiche
absolument tout le monde), les dirigeants africains
qui venaient planquer leur fric en Suisse... La rédaction
a reçu des réactions de lecteurs scandalisés.
"Qu'est-ce que c'est que cette espèce de
gauchiste qui essaie de conscientiser jusque dans notre
journal de l'église! Foutez-le dehorsl"
C'était très rigolo. Parce qu'en plus
le journal a publié ces lettres et pendant quelques
mois il y a eu un dialogue entre les lecteurs, ceux
qui aimaient et ceux qui détestaient.
C'est bon signe quand les gens réagissent. Le
pire c'est l'indifférence.
Avant Titeuf, j'ai également dessiné un
album commandé par un groupe politique qui souhaitait
éradiquer l'armée. Cette idée de
supprimer l'armée en Suisse a donné lieu
à une votation et cela a été à
deux doigts de passer. Cela commençait comme
un Astérix: A l'aube du XXIe siècle,
le peuple suisse, aveuglé par la propagande pacifiste,
a voté OUI à la suppression de l'armée.
Toute la Suisse est désormais sans défense...
Toute? Non! Un irréductible officier résiste
encore et toujours... L'ennemi peut venir... Léon
Coquillard l'attend !!! Cela racontait l'histoire
d'un officier qui refusait de quitter son uniforme.
II était suivi par un psychologue familial qui
essayait de le réinsérer dans la société
civile. Mais le gars était tellement militaire
qu'il ne pouvait rien faire. C'est un bouquin qui a
eu un monstre succès en Suisse. II se vend encore
sous le manteau dans les casernes militaires. Je dois
être surfiché à cause de ça,
j'imagine. (Rires).
Léon Coquillard ©
Zep, GSSA Editions
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Il y a eu aussi un certain "Kradok"...
Oui. II s'agissait d'un punk, lui aussi suivi, par un
éducateur qui veux le, réinsérer
dans la société. A la base, cet éducateur
est commandité par le Ministère de l'Education
qui souhaite faire un exemple de réinsertion.
Alors, ils prennent le pire des pires -Kradok- pour
en faire un brave garçon. Tout cela étant
suivi par les média. C'était la période
où j'étais complètement fan de
Yann et de ses scénarios à tiroirs pleins
de personnages historiques. C'est un exercice de style.
J'avais essayé de faire quelque chose comme cela.
C'est complètement raté, m'enfin... Construire
une histoire avec toutes les deux cases un nouveau personnage
qui fait référence à un événement
historique, cela peut amener une certaine confusion...
Avez-vous de nouveaux projets?
Je prépare une nouvelle série pour Dupuis.
Elle fera partie d'une nouvelle collection "humour".
Pour l'instant, cela s'appelle Les Filles Electriques.
Un jeune garçon y raconte, à travers ses
yeux d'adolescent, toutes les filles dont il est amoureux.
A chaque histoire correspond un prénom de fille.
Ce sera un travail hors case en couleur directe.
Cela part aussi de votre vécu?
Je pars sur du vécu mais j'élargirai par
la suite sinon je n'arriverai jamais à faire
52 filles. Ce sont souvent des histoires assez foireuses.
Ca ne marche jamais. Ce sont des histoires d'amour très
courtes. En moyenne, elles durent entre 1 seconde et
3 minutes. (Rires).
Les Filles Electriques ©
Zep, Dupuis
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Ce sera toujours des gags en une planche?
Je passe à deux planches. Quelle promotion !
N'y a-t-il pas des moments air vous éprouvez
des difficultés â trouver des nouveaux
gags?
Oui. Par exemple, avec cette nouvelle série,
c'est un peu plus difficile. Je dois me mettre dans
l'ambiance. Si je viens de travailler sur Titeuf pendant
une semaine et que je me mets à imaginer des
gags pour l'autre série, pendant un jour, c'est
nul. J'arrive à construire vaguement un gag mais
quand je le relis, je me rends compte que je ne le dessinerai
jamais parce que ce n'est pas assez bon. J'ai besoin
d'une espèce de sas. II faut que je m'habitue
à jongler des enfants aux ados.
Pour Titeuf, cela va un peu. tout seul. Souvent ce sont
les sujets les plus tristes qui m'amusent ou me touchent
le plus.
Je crois que les lecteurs retrouvent dans mes récits
des situations qu'ils ont vécues. Et même
si elles sont parfois cruelles, cela les amuse aujourd'hui.
Je me souviens qu'une jeune femme m'avait dit en dédicace
que lorsqu'elle était petite, on l'appelait Dumbo
à l'école parce qu'elle avait les oreilles
décollées. C'était terrible à
l'époque mais en lisant le gag, elle s'était
bien marrée. Sur le moment, c'est l'enfer. Ensuite,
on oublie. Et si quand on s'en souvient, on arrivé,
à en rire c'est encore mieux.
Pas d'autres projets?
Avec ces deux séries, j'ai assez pour l'instant.
Mais je continue à dessiner des journaux intimes
en bande dessinée. Parfois il y a des choses
qui en sortent. Je suis un fan de musique rock et je
réalise des chroniques et des strips pour des
journaux rock. Pour l'instant, je rassemble ces dessins.
Peut-être qu'un jour j'en ferai quelque chose.
Je ne sais pas encore. II faut du temps...
L'Enfer des Concerts ©
Zep, Dupuis
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Propos recueillis par Marc
Carlot en octobre 1995
Reproduction interdite sans autorisation préalable
Interview publiée dans Auracan n°13, Mars-Avril
1996
© Auracan 2002 - Graphic Strip 1996
Illustrations "Titeuf" extraites
de l'agenda Titeuf 1995-1996 © Zep, Glénat
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