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Alix est une série classique. Comment la situez-vous
aujourd'hui dans le paysage de la bande dessinée ?
J'estime qu'il y a de la place pour tout le monde. Peut
être à tort, certains nous considèrent comme
des dinosaures ringards ! Angoulême est un bon exemple :
on y constate un snobisme prônant un modernisme à
tout crin. On est considéré comme des has been par
certains, mais cela dit, le public nous suit. Nous faisons ce
que nous savons et aimons faire. On ne cherche pas à savoir
si nous sommes modernes ou anciens. Nous cherchons à faire
plaisir à nos lecteurs. J'ai 32 ans, je ne me sens pas
vieux, et suis très fier de faire Alix. Nous n'avons
aucun complexe à ce niveau-là.
Et la critique
Quelques personnes nous détestent, écrivent des
choses assez méchantes sur nous, parce qu'on les embête
à être encore là. Ils doivent se demander
ce que nous faisons toujours dans la bd alors qu'il y a plein
de jeunes auteurs réalisant de nouvelles séries.
Astérix, Blake et Mortimer, Blueberry
devraient alors aussi disparaître ?... Ils ne comprennent
pas notre travail, n'admettent pas que le public soit attaché
à nos personnages et ne nous pardonnent pas de beaucoup
vendre. Mais attention, ne croyez pas qu'il n'y ait que des vieux
à lire Alix, notre public se renouvelle.
Les critiques négatives vous touchent-elles ?
Oui et non. Les critiques négatives sont somme toute assez
rares. Les gens appartenant aux milieux branchés de la
BD ne s'intéressent pas à nous, et l'inverse est
vrai aussi. Mais vous savez, la presse sur La Chute d'Icare
est très bonne. Je n'ai pas le complexe de vouloir "moderniser"
Alix, il faut respecter le travail de son créateur
et sa volonté.
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A la différence de Lefranc qui évolue,
suit l'actualité
C'est différent avec Lefranc. Jacques Martin avait
deux possibilités : figer Lefranc dans le temps
ou le faire évoluer. Quand la série était
chez Dargaud, cet éditeur lui avait demandé de revenir
à l'époque de La Grande Menace, dans les
années 1950. Pour Martin, Lefranc est un personnage contemporain.
Il évolue forcément avec les années. Alix,
lui, est figé dans le temps, en dehors du temps en quelque
sorte.
Vous vous voyez parti pour longtemps sur cette série
?
Tant que j'aurai plaisir à le faire et que le public nous
suivra. Je serais comblé si je pouvais continuer en parallèle
des albums dans la collection des Voyages d'Alix qui me satisfont
énormément.
Pouvez-vous nous parler du prochain album ?
Nous allons retrouver Cléopâtre à Alexandrie
dans Le Fleuve de Jade. Elle va vendre, entre guillemets,
Alix et Enak à un prince africain pour de sombres raisons
de pouvoir. Alix et Enak vivront de nombreuses aventures dans
un cadre un peu fantastique. Ils seront confrontés à
d'étranges créatures, mi-humaines, mi-animales
Je ne peux pas vous en dire plus, mais ce sera encore une histoire
très différente des précédentes. J'en
ai crayonné huit pages, l'album devrait sortir à
la rentrée 2003.
Pour la réalisation de La Chute d'Icare, vous n'êtes
pas le seul dessinateur
C'est pour des raisons de calendrier. Cet album a été
réalisé en dix mois. Afin de le publier plus rapidement,
j'ai pris des assistants, d'autant plus qu'il s'agit d'un album
assez complexe avec de nombreux décors, des scènes
de bataille. Seul, il m'aurait fallu un an et demi pour le dessiner.
Marc Henniquiau m'a ainsi assisté. Il va peut être
reprendre une autre série de Jacques Martin : Jhen
ou Orion, mais ce n'est pas encore décidé.
Cédric Hervan m'a également aidé. Il s'agit
d'un jeune dessinateur. Il va réaliser un album des Voyages
d'Alix consacré à Persépolis, à
l'empire perse. Lui aussi reprendra ensuite une des séries
actuellement interrompues : Jhen, Orion ou Kéos.
Quel effet cela vous fait-il, en tant que jeune dessinateur,
de travailler auprès d'un très grand nom de la bande
dessinée ?
C'est un privilège. Il nous apprend tout le temps. Bien
que travaillant depuis douze années avec lui, j'en apprends
tous les jours. Il est très dur, très exigeant mais
il a raison. Vous savez, un éditeur nous poussait à
faire un album d'Alix tous les six mois en nous y mettant tous.
Jacques Martin a refusé, afin de garder une certaine qualité.
Il ne veut pas tuer la collection. Il y a eu 22 albums d'Alix
en 53 ans, ce n'est pas pléthorique. Jacques Martin préfère
que nous nous consacrions chacun à une série, pour
garder cette qualité, et pour que chacun y trouve son compte
artistiquement. Travailler dans un studio, il connaît cette
situation, et il en a souffert. Lorsqu'il était au Studio
Hergé, il ne trouvait pas cela très gratifiant.
Certes, il a bien gagné sa vie, il a côtoyé
Hergé, mais il ne veut pas nous imposer cela.
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Comment voyez-vous la formidable volonté qu'a Jacques
Martin de continuer son uvre en recrutant des jeunes talents
?
Jacques Martin cherche à désigner des dessinateurs
pour chacune de ses séries, beaucoup d'histoires sont déjà
écrites sous la forme de synopsis plus ou moins développés.
Il sait où il veut aller. Il a 80 ans mais il est en pleine
forme. Mais c'est vrai, contrairement à Hergé par
exemple, il désire que son uvre se poursuivre. Les
dernières années où il travaillait au Studio
Hergé l'ont marqué, lorsque Hergé se désintéressait
de Tintin, conservant une équipe désuvrée.
Cette attitude l'a choqué, et il ne veut pas reproduire
cela. C'est un homme profondément honnête, il met
nos noms sur les albums, il nous amène en séances
de dédicace, il ne veut pas nous cacher. Il est content
et fier que son uvre se poursuivre, grâce à
lui, et grâce à nous aussi.
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