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Pourquoi j'ai tué Pierre, par Olivier Ka, Alfred, collection Mirages (Delcourt)

Pourquoi j'ai tué Pierre

Scénario : Olivier Ka
Dessins : Alfred
Couleurs : Henri Meunier

Delcourt, collection Mirages

Il suffit parfois de quelques gestes pour marquer une vie. C’est ce qu’Olivier Ka nous rapporte dans Pourquoi j’ai tué Pierre. Il s’ouvre sur une déchirure qu’il portait depuis son enfance, une histoire d’attouchement qui, avec l’âge, pesait de plus en plus lourd : « Ça faisait des années que cette histoire me tourmentait. C’est le genre de choses qui finit en psychothérapie. Moi, j’ai la chance d’écrire. » Pas d’agression physique, pas de viol, juste, si l’on peut s’exprimer ainsi, une manipulation (en vue d’attouchement) dont le lecteur se dit, page après page, qu’elle fut planifiée ou, à tout le moins, rêvée longtemps à l’avance par un homme qui avait les moyens de la mettre sur pied et qui a (ab)usé de la confiance de son entourage.

Pierre, donc, prêtre libéral, ouvert, entre dans la vie d’un Olivier très jeune, fait copain-copain avec ses parents, des babas dans les années 70, et, petit à petit, au fil des années, devient un référent pour Olivier. Puis vient le temps de la colo, et le dérapage – l’attouchement.

L’idée d’un écrit faisait son chemin depuis un moment dans l’esprit d’Olivier Ka, mais il lui a fallu passer quelques étapes, comme le fait de devenir père, qui impose souvent de clarifier ou de nier sa situation vis-à-vis de ses parents ou de son enfance. Puis le souci est devenu problème quand sa fille a eu ses 12 ans, l’âge où lui-même a subi cet attouchement : « J’ai saisi toute la saleté du geste de Pierre. » Et il y a un dessinateur, Alfred, avec lequel il a déjà réalisé plusieurs albums (notamment chez l’éditeur normand Petit à Petit), qui a su l’écouter et lui proposer un crayon attentif et sensible qui permette à un souvenir douloureux de l’enfance de redevenir palpable, donc « thérapeutique ». Le dernier chapitre se clôt sur la rencontre avec Pierre, qui découvre le livre… Très fort.

L’un des points de cet ouvrage est qu’il n’émet pas de jugement, qu’il reste « digne », qu’il pose des questions tant aux auteurs qu’au lecteur. À lire et à faire lire.

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Mickael du Gouret

Du même dessinateur :

Octave - T3Octave - T4Le Désespoir du Singe - T1
29/09/2006