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Olivier Grenson et Jean Dufaux
Olivier Grenson et Jean Dufaux

Au fil de ses albums, Jean Dufaux s'impose de plus en plus comme l'un des grands scénaristes actuels. Son succès est sans doute dû, en partie, au talent des dessinateurs qui s'associent à lui.
Olivier Grenson, n'est plus à un défi près : ancien journaliste auprès d'une chaîne télévisée belge, l'homme n'a pas hésité à laisser décanter son dessin, à apurer son trait pour passer d'un style semi-réaliste à un réalisme "ludique". Ce duo choc nous livre le troisième opus de
Niklos Koda, une série chic et emplie d'atmosphère…

Ex-libris pour la librairie Durango

Jean Dufaux, vous m'aviez confié lors de l'une de nos précédentes entrevues, que vous ne collaboriez qu'avec des dessinateurs qui vous faisaient vibrer. Quels sont les éléments du dessin d'Olivier Grenson que vous appréciez ?
Jean Dufaux : Ce que j'y voyais et ce que je n'y voyais pas ! Je distinguais beaucoup de charme dans son graphisme. L'élégance était déjà présente dans les précédents albums d'Olivier, mais n'était pas encore totalement aboutie… Ce que je n'y voyais pas : c'est justement le potentiel graphique d'Olivier qui se révélera au cours de notre collaboration…

Justement, le graphisme d'Olivier Grenson se rapprochait jusqu'alors d'un style semi-réaliste…
Olivier Grenson : Cette évolution a été amorcée bien avant Carland Cross. Mon enfance a été bercée par les bandes dessinées humoristiques : les Schtroumpfs, Lucky Luke ou Spirou et Fantasio. Mes premières planches publiées dans le journal Tintin, les histoires d'Aldose & Glucose, étaient d'ailleurs humoristiques! J'avais envie de quitter cette atmosphère pour aller vers un univers plus adulte, plus réaliste.
Carland Cross a été une série de transition. A l'époque, je pensais naïvement que mon style était déjà réaliste…
Aujourd'hui encore, je m'efforce de travailler mon graphisme pour qu'il soit plus mature, pour y faire passer plus d'émotion, plus de vie et plus de force..

Pourquoi pensiez-vous, à cette époque, que votre style était réaliste ?
O.G. : La raison est simple: je dessinais auparavant des personnages humoristiques. Les scénarii de Carland Cross étaient dans la lignée de Blake & Mortimer et des histoires de Jean Ray. Les décors et les personnages principaux se voulaient réalistes, mais j'appréciais dessiner mes personnages secondaires d'une manière plus excentrique, presque caricaturale…
J.D. : Je ne suis pas tout à fait d'accord lorsque l'on associe le style graphique d'Olivier au réalisme. Son style est personnel et sensible. Il n'est ni réaliste, ni caricatural. Son trait est plus imagé, fluide et ludique…

Il y a eu une longue période d'attente entre la Goule de Shadwell et le dernier, Les Pendus de Manathan.
O.G. : Les éditions Lefrancq traversaient une période difficile. Je souhaitais travailler parallèlement pour une autre maison d'édition. J'avais réalisé un projet avec Stephen Desberg. D'un commun accord, nous avons décidé d'arrêter notre collaboration. Nous n'avions pas suffisamment d'atomes crochus. Cela se ressentait dans notre travail…
Pour ne pas rester sans travail après cette expérience, j'ai entamé Les Pendus de Manathan avec Michel Oleffe… Je croisais régulièrement Jean Dufaux lors de cocktails ou autres événements liés à la bande dessinée. Nous parlions fréquemment d'une éventuelle collaboration. Je me suis donc décidé à l'appeler pour lui dire que j'étais prêt…

Niklos Koda : illustration pour la librairie Brüsel

Avez-vous eu une période de recherche graphique avant de commencer les premières planches du premier album de Koda?
O.G. : Oui. Mais je n'ai pas non plus recherché un nouveau style. Jean Dufaux appréciait déjà mon travail. Nous voulions une continuité, mais dans un autre univers, avec des personnages plus fouillés et surtout avec des jeux de séduction qu'apportent les personnages féminins…

L'univers de Niklos Koda ne vous offre-t-il pas la possibilité d'apporter plus d'importance aux décors?
O.G. : Oui. Cela coulait de source ! Je m'attarde beaucoup plus sur mes carnets de croquis qu'auparavant. J'aime explorer cet univers. Je ne le connais pas très bien, car Jean en est l'architecte. Mais, je le ressens! Jean m'insuffle les effluves de cet univers lors de nos discussions. Je l'exprime à travers les personnages, les décors, les ambiances et aussi dans mes travaux en couleurs directes, qui sont aussi un prolongement de l'histoire. Cela permet de faire vivre Koda au-delà de l'album…

Ces travaux en couleurs directes sont-ils réalisés pour des ex-libris ?
O.G. : Oui, bien sûr. Mais je les réalise avant tout pour le plaisir ! Ces illustrations me sont nécessaires car j'y explore certaines atmosphères qui n'ont pas été incluses à l'album…

Vous maintenez un certain flou concernant le métier de Niklos Koda…
J.D. : Je préfère que le lecteur approche mes personnages par étapes successives, pour mieux les connaître! Je fais partie de ceux qui ne veulent pas tout dire, directement. Chacun de mes personnages a droit à sa vie privée… Celle-ci sera sans doute dévoilée au fil des albums…
Dans la vie de tous les jours, vous apprenez à connaître les personnes qui vous entourent au fil de vos rencontres avec elles. Etapes par étapes, donc… Il en va de même avec Niklos Koda !

 
 
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