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Rodolphe

A l'occasion de la parution de Kenya, nous devions rencontrer Léo et Rodolphe. Malheureusement, l'auteur des Mondes d'Aldébaran est resté cloué au lit par une mauvaise grippe. Ceci explique que nous retrouvions une nouvelle fois Rodolphe.

Cet entretien est ainsi un complément à celui réalisé en janvier dernier.

En plus de Kenya, nous avons abordé la très riche actualité de ce scénariste : avec des reprises d'anciennes séries, des rééditions et de nombreuses nouveautés, Rodolphe nous promet une fois encore de bien belles heures de lecture…

Rodolphe, vous venez de publier Kenya avec Léo. Vous êtes déjà auteurs ensemble de Trent. On a envie de vous demander si votre nouvelle série marque l'arrêt de Trent
Trent est en vacances. C'est une parenthèse, après avoir réalisé huit albums en dix ans. N'oublions pas qu'en même temps, Léo réalisait sept albums en solo des cycles d'Aldébaran et Bételgeuse. On ne peut pas nous reprocher de ne pas avoir une production importante, du moins au niveau quantitatif. Nous craignions de saturer, de s'ennuyer avec Trent après ces huit albums. Cela dit, Trent n'est pas mort comme personnage. Comme il s'agit d'histoires indépendantes, en un volume, il n'y a pas de frustrations pour le lecteur, au contraire de Kenya qui est une histoire se déroulant sur cinq tomes. Nous avons décidé de réaliser trois albums de Kenya, à la suite desquels nous ferrons un nouveau Trent. On se vide la tête et on attend que le plaisir revienne.


© Léo, Rodolphe, Dargaud

N'y a-t-il pas aussi un aspect éditorial ? Dargaud ne vous a pas demandé de faire autre chose, Trent ne rencontrant pas un assez large public ?
Pour donner des chiffres, Trent est une série qui se vend dans les 15.000 exemplaires par tome. Dargaud est satisfait de ces chiffres.

A titre de comparaison, quelle est la mise en place de Kenya ?
Elle est de 30.000. Il apparaît que Trent a fait son plein de lecteurs car c'est un sujet relativement classique qui touche un public donné. On ne ferra jamais 80.000 exemplaires. Il n'y a pas eu de pression de la part de l'éditeur. De notre côté, il ne s'agit pas d'une opération "marketing", on avait juste envie de se faire plaisir et de ne pas ressentir une lassitude sur Trent.

Kenya n'est-il pas un moyen pour Léo de s'évader du monde de Bételgeuse ?
Je ne pense pas… dans la mesure où Bételgeuse continue en parallèle. Il va alterner les albums : un album en solo, un album avec moi.


Remington: détestable et désagréable...
© Léo, Rodolphe, Dargaud

Comment présenteriez-vous Kenya ? Récit d'aventures, roman d'espionnage, aventure fantastique ?…
Absolument inclassable ! On ne peut définir cette série dans un seul genre. Ça tient de tout. Kenya peut apparaître comme un roman d'espionnage. L'action se situe au début de la guerre froide, en 1947. Il s'agit d'une période qui nous intéressait parce qu'elle a été peu traitée en bande dessinée. Kenya relève du roman d'espionnage avec des clins d'œil du côté de William Somerset Maugham. C'est aussi une comédie à l'américaine : j'aime bien les personnages qui sont un peu légers, qui jouent sur l'ambiguïté. Kenya est également un roman d'aventures qui débute sur un safari mené par une sorte de cousin d'Hemingway dans un univers très viril, de chasse. Ce personnage, Remington, je l'ai voulu assez proche de certains héros d'Hemingway pour lesquels la virilité est capitale. Il est lié à la création, à l'écriture, aux armes, à un prototype d'homme chef de clan, détestable et désagréable. Mais qui reste néanmoins intéressant.

Ce premier album n'apporte aucune réponse. Vous lancez de nombreuses pistes…
On comprend à demi mot qu'il s'est passé quelque chose dans ce pays. A cette époque-là, le Kenya est une sorte de plaque-tournante où on retrouve des gens de divers horizons qui s'observent les uns les autres. Les questions posées sont toujours plus passionnantes pour le lecteur que les réponses.

Kenya est une histoire se déroulant sur cinq tomes…
Il y aura cinq albums avec une nouveauté tous les 18 mois. Léo travaille avec une régularité métronomique ! Le second tome de Kenya paraîtra donc en mars 2003.

Vous étiez le scénariste de Trent et Léo le dessinateur. Pour la première fois, avec Kenya, vous cosignez ensemble le scénario…
En effet, comme précisé sur la page de titre, nous cosignons le scénario de Kenya. Léo, en plus d'assumer les scénarios de Bételgeuse, a d'ailleurs un projet chez Dargaud en tant que scénariste. Pour en revenir à Kenya, pour créer cette série, on s'est retrouvé autour d'une bonne table et on s'est demandé ce qu'on avait envie de faire. Ainsi ont surgi plein d'éléments, parfois incongrus ou contradictoires, puis peu à peu on a assemblé ce qui allait devenir la trame de Kenya. C'est vraiment une histoire pensée à deux. Nous avons construit l'histoire ensemble, et je me suis chargé du découpage et des dialogues, et Léo du dessin. Sans oublier Scarlett Smulkowski qui assume les couleurs.


© Léo, Rodolphe, Dargaud

Savez-vous exactement où vous allez ? Les cinq tomes sont-ils écrits ?
On connaît l'armature générale, on sait où on va, mais on ne sait pas encore comment on y va ! On se garde une grosse part d'invention, de liberté. Si tout était déjà défini, on ne serait plus que les simples exécutants de notre histoire. Il reste toute la matière à mettre en forme. Les personnages, à partir du moment où ils existent, induisent des comportements. Un personnage comme le baron, cet Italien fou qui s'est fait construire un palais en plein désert, va avoir un rôle plus important que prévu. En le créant, d'heures en heures, de cases en cases, sa réalité est devenue plus tangible.

Le prochain tome est-il déjà écrit ?
Non, on s'y met en décembre.

Et vous en avez déjà le titre ?
Non, d'ailleurs au début, on voulait juste les appeler Kenya 1, Kenya 2, etc.

Sans nous dévoiler les prochains albums, que pouvez-vous nous promettre ?
Quatre autres tomes sur les six années qui viennent (rires). Je ne peux pas dire grand chose, l'histoire est en train de se faire, nous en avons encore une vision imprécise. Il y a des choses qui s'imposent d'elles-mêmes comme ce baron italien, comme le personnage de Remington… c'est obligé qu'on le retrouve. Il n'est pas exclu qu'il puisse y avoir une sorte d'affrontements entre Miss Austin et Remington…

Les membres du safari Remington ne sont donc que disparus…
Oui, certains peuvent avoir définitivement disparus, et d'autres revenir… Et s'ils reviennent, dans quel état seront-ils ?

Rendez-vous est donc pris en mars 2003...

 
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